Des Maccabées musclés brandissant des épées ou des esclaves israélites nus ne sont pas l’accompagnement typique de votre séder. Pas plus que les prières agnostiques pour la protection contre la divinité de vos ancêtres.

Composé en 1944, le texte traditionnel de la haggadah de la Brigade juive est agrémenté de passages non conventionnels qui reflètent l’ethos du « Nouveau Juif » des pionniers sionistes qui ont rejoint l’armée britannique pour lutter contre l’Allemagne nazie.

C’est l’une des 10 000 haggadot de la collection de la Bibliothèque nationale d’Israël – la plus grande du monde. Un échantillon a été exposé lundi soir dans le cadre d’un festival célébrant les poèmes liturgiques en l’honneur de Sion.

La laïcité, le nationalisme passionné et la détermination à prendre les armes ne suffisent pas à définir les illustrations qui ornent les pages de la hagaddah de la Brigade juive ; le texte lui-même est résolument israélien.

Une page de la Haggadah de la Brigade juive datant de 1944, avec des soldats marchant côté à côte. (Crédit : Ilan Ben Zion / Times of Israel)

Une page de la Haggadah de la Brigade juive datant de 1944, avec des soldats marchant côté à côte. (Crédit : Ilan Ben Zion / Times of Israel)

« Puisse le Seigneur dans les Cieux, qui a entendu les prières de mes ancêtres, et leur a donné la force et le courage de supporter et subir tous les difficultés, la disgrâce et le mal dans le monde, et l’espoir pour le salut, entendre aussi mes prières et mes plaintes, et être mon protecteur », dit un passage du texte des soldats.

La haggadah, le texte récité pendant le repas du séder de la Pâque qui raconte l’histoire de l’exode des Israélites d’Egypte est une pierre angulaire de la liturgie juive. Contrairement au rouleau de la Torah, la tradition juive permet un énorme espace d’expression créatif dans le manuscrit de la haggadah, comme on le voit dans les exemples présentés qui brassent les siècles.

Le résultat, a expliqué le Dr Yoel Finkelman, le conservateur de la collection Judaïca à la Bibliothèque nationale, est une injection constante de personnalité – à travers les images et les passages ajoutés, chaque haggadah offre un « instantané » d’une communauté à un moment donné.

« Je pense qu’une partie de la magie de la haggadah est dans cette base qui est essentiellement vieille de plus de 1 000 ans et dans chaque communauté, il y a ce besoin constant de le mettre à jour, d’exprimer quelque chose sur les valeurs de la communauté », explique-t-il. Cela découle, peut-être, du passage de la Haggadah qui exhorte les Juifs « à chaque génération … à se considérer comme s’ils étaient eux-mêmes sortis d’Egypte ».

Une page de la haggadah de Rothschild exposée à la Bibliothèque nationale. (Crédit autorisation Bibliothèque nationale d'Israël)

Une page de la haggadah de Rothschild exposée à la Bibliothèque nationale. (Crédit autorisation Bibliothèque nationale d’Israël)

Dans une salle à température contrôlée de la bibliothèque, au campus Givat Ram de l’université hébraïque, Finkelman a extrait d’une boîte quelques-unes des haggadot les plus anciennes et les plus uniques de l’institution.

La collection de la bibliothèque s’étend des fragments de la plus ancienne haggadah connue – quelques morceaux déchirés d’un parchemin du 12e siècle de la Guenizah du Caire – aux éditions modernes dans des langues aussi diverses que le polonais, le serbo-croate, le ladino, le grec ou le marathi.

La bibliothèque possède également la première édition de la haggadah traduite en une langue étrangère – le latin -, en 1512, et un exemplaire de la première édition traduite en anglais, qui date de 1787.

Parmi les articles les plus remarquables de la collection, on signalera des manuscrits médiévaux de la liturgie pascale dont les auteurs ont enluminé les pages avec de magnifiques dessins. La haggadah Wolff, écrite dans la France du 14e siècle, avait été volée par les nazis, a fini à Varsovie et a ensuite été remise à la Bibliothèque nationale par le gouvernement polonais.

Ses pages, comme beaucoup de haggadot de la collection, présentent des traces d’utilisation – des annotations dans les marges et des taches rouges délavées là où les participants du séder, en état d’ébriété, ont renversé du vin. Les titres des rubriques sont entourés de motifs floraux brillants et des personnages aux allures médiévales habitent les marges à côté du texte, en tenant des herbes amères et des matsot (pains azymes).

La haggadah Rothschild, un manuscrit du 15e siècle enluminé, peut-être la plus impressionnante de la collection, a également été spoliée par l’Allemagne nazie.

Selon la bibliothèque, « après la guerre, il a été acheté par le Dr Fred Murphy, diplômé de l’Université de Yale, qui l’a léguée à l’Université en 1948. En 1980, la haggadah a été identifiée comme appartenant à la famille Rothschild et a été restituée à ses propriétaires, qui en ont fait don à la Bibliothèque nationale ».

Ses personnages et bâtiments reflètent les styles médiévaux en matière d’habillement et d’architecture.

Le papier beige ordinaire et épais de la haggadah Guadalajara porte des impressions brutes de lettres hébraïques, comme dans une brochure ou un dépliant imprimé à la hâte. Aussi inélégantes que puissent être ses pages sans fioritures et sa police de caractères simple, le texte de 1480 est remarquable car il est le premier texte de Pâque à avoir été imprimé.

Imprimée seulement 12 ans avant l’Inquisition espagnole et l’expulsion, la haggadah de Guadalajara est un des rares exemplaires a avoir survécu à la catastrophe marquant la fin de l’âge d’or des Juifs espagnols.

« Une grande partie des incunables en hébreu d’Espagne n’ont pas survécu », a expliqué Finkelman, en désignant les premiers livres imprimés par leur nom technique. « Nous en avons quelques uns, mais presque autant que ceux d’Italie. »

Beaucoup de manuscrits ont déjà été numérisées en haute résolution et mis en ligne sur le site de la Bibliothèque nationale dans le cadre de son projet visant à créer un catalogue numérique de sa collection.

Ces haggadot ne sont pas seulement des œuvres d’art, elles sont des œuvres d’amour.

Pages de la Haggadah de Guadalajara, la première édition imprimée connue d'Espagne, 1480, actuellement à la Bibliothèque nationale. (Crédit : autorisation de la Bibliothèque nationale d'Israël)

Pages de la Haggadah de Guadalajara, la première édition imprimée connue d’Espagne – elle date de 1480 – actuellement à la Bibliothèque nationale. (Crédit : autorisation de la Bibliothèque nationale d’Israël)

« Si vous pensez à la personne qui a commandé la haggadah Wolff, ou certains des [autres manuscrits enluminés] – ils y ont dépensé une fortune. Vous ne depensez pas de telles sommes pour rien « , a dit Finkelman.

« Vous le faites parce que c’est quelque chose qui compte vraiment pour vous. C’est un rituel auquel vous tenez vraiment. »