Samedi soir, la police a empêché des orthodoxes de participer à un rassemblement anti-violence au Kikar Sion à Jérusalem, selon la Deuxième chaîne.

La manifestation dans la capitale a été organisée après deux attaques au cours des derniers jours : l’une à la Gay Pride de Jérusalem jeudi par un agresseur ultra-orthodoxe, et la bombe incendiaire vendredi lancée sur une maison palestinienne, prétendument par des extrémistes juifs, qui a tué un bébé palestinien. Des rassemblements similaires ont eu lieu à Tel-Aviv, Haïfa et Beer sheva.

La Deuxième chaîne a obtenu des images de la police empêchant des hommes ultra-orthodoxes et orthodoxes d’approcher la manifestation.

Dans le clip, un homme ultra-orthodoxe demande à la police de franchir la barrière pour accéder à un kiosque à proximité. Le policier refuse. « Pourquoi ? Parce que je suis religieux ? Parce que je suis haredi ? », demande l’homme. « Oui », répond le policier.

Pendant ce temps, d’autres manifestants laïcs franchissaient la ligne sans aucune inspection.

La police israélienne a nié les accusations, disant qu’elle avait permis à des dizaines d’ultra-orthodoxes de passer.

« Nous sommes sortis pour célébrer l’anniversaire de notre fils à Jérusalem, et tout à coup la police à l’entrée nous a bloqués, parce que mon mari portait une kippa », a déclaré Efrat Potash. « Ils ont laissé les laïcs passer, mais moi – une femme avec une poussette et des enfants, qui, manifestement, ne correspond pas au profil d’une meurtrière – je n’ai pas été autorisée à entrer. »

Potash a dénoncé le traitement « honteux » de la police, tout en soulignant que les spectateurs étaient intervenus pour les laisser passer.

« Il est scandaleux qu’une communauté entière soit vilipendée en raison d’actes d’un homme qui est un malade mental », a déclaré Potash, se référant à l’attaquant au couteau de la Gay Pride, Yishai Schlissel. Schlissel a effectué une attaque similaire il y a 10 ans, et a été libéré de prison il y a seulement trois semaines. « Ce fut une terrible sensation, les enfants pleuraient, et nous sommes partis. »

Un autre homme, «  Yaakov », a dit qu’il avait voulu rejoindre la manifestation avec un ami, mais a été arrêté par la police. En fin de compte, les deux ont retiré leurs kippot et ont été autorisés à passer.

« Ce qui était honteux était que les personnes sans kippot sont passées, » dit-il. « Quand les religieux insistaient vraiment, ils ont pu entrer encadrés [par la police]. L’officier nous a dit d’imaginer ce qui se passerait si c’était l’opposé, si un homme laïc du défilé de la Gay Pride essayait d’entrer à Kikar Hashabbat [place du quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem, où se déroulent généralement les manifestations des haredim].

« Mais je ne suis pas Yishai Schlissel, » a-t-il poursuivi. « Je ne suis pas un extrémiste, et je suis loin d’être un fanatique haredi. »

En réponse au rapport la police a indiqué avoir reçu l’ordre d’être en état d’alerte.

« Les policiers sécurisant la zone ont reçu l’ordre d’être en état d’alerte et d’examiner soigneusement [les manifestants]. Ils contrôlaient les laïcs, haredim et tout individu qui éveillait les soupçons. Plusieurs dizaines d’ultra-orthodoxes ont franchi les barrières », indiquait un communiqué. « En outre, quelques-uns ont voulu être provocateurs, ou arrivaient sans pièce d’identité, ou chahutaient les manifestants. Parmi eux, certains ont été interdits dans la zone de manifestation, et certains ont été arrêtés. »

Le « profilage » a été dénoncé dimanche par la députée Meretz Tamar Zandberg, qui a également dénoncé la détention de suspects sans procès – largement appliquée aux suspects palestiniens en Cisjordanie – concernant les Israéliens.

« Les droits de l’Homme sont pour tout le monde, » dit-elle. « La détention administrative sans procès, le profilage fondé sur la race ou la religion, violent les droits de l’Homme et ne doivent pas être mis en application. Peu importe contre qui. Ni la détention de Juifs comme moyen de dissuasion ou de vengeance, ni l’interdiction faite aux haredim de passer près de la démonstration, n’apportera la réforme nécessaire de la société israélienne. Plutôt l’inverse. Ce changement doit venir de la préservation méticuleuse des droits de chacun, et en particulier des groupes minoritaires qui sont généralement exclus par les détenteurs du pouvoir. Les Arabes, les haredim – les droits de l’Homme sont pour tout le monde ».

Le ministre de l’Éducation Naftali Bennett et Yinon Magal, député de HaBayit HaYehudi, ont été empêchés de parler lors d’un rassemblement de Tel Aviv samedi soir contre la violence et l’incitation, après avoir refusé de signer un formulaire établi par les organisateurs, dans lequel ils devaient s’engager à un activisme législatif pour les droits des LGBT. Lors du même événement, le ministre de l’Énergie Youval Steinitz du Likud a été chahuté et hué par des manifestants venus protester contre les crimes haineux de ces derniers jours.