Comment savez-vous quand une révolution technologique est en marche ? Voici une définition d’un dirigeant israélien de logiciels : « Quand un article dont la fabrication coûtait des centaines ou même des milliers de dollars peut être confectionné à la maison pour une valeur de dix dollars de matériaux, grâce aux nouvelles technologies. »

Eitan Tsarfati, directeur des bureaux israéliens de la société de conception de logiciels Autodesk, ajoute : « L’idée d’utiliser une nouvelle technologie, comme des imprimantes 3D, pour créer des dispositifs personnalisés au service de ceux qui nécessitent une assistance médicale ou autre va révolutionner le marché, tout comme les machines ou les voitures l’ont fait par le passé. »

Cette révolution était sous les feux de la rampe, la semaine dernière, au cours du TOM :TLV Hackathon For Good, une réunion d’entrepreneurs, de lycéens et de créatifs pour construire le meilleur dispositif au service des handicapés et des personnes ayant besoin d’aide médicale.

TOM (Tikkun Olam Makers – Fabriquants de la Réparation du monde) fut un événement « spécial », où les participants devaient utiliser des produits bon marché ou facilement disponibles, les moderniser avec une technologie de pointe et créer quelque chose qui sera utile à quelqu’un quelque part.

C’est un type de piratage – pas de code informatique, mais de biens physiques, où les Makers [fabricants] « combinent » des produits à des technologies existantes pour créer quelque chose de nouveau.

Le mouvement Maker remonte à 1995, avec l’avènement du magazine Make, qui, chaque mois, montre aux lecteurs comment fabriquer des objets comme une imprimante 3D, une fusée et un lanceur, une guitare à partir d’une boîte à guitare, un amplificateur à l’aide d’une boîte de biscuit, etc.

Dans le passé, « fabriquer » était considéré comme l’apparat des as en informatique qui aimaient, par exemple, le défi de transformer un vieux boîtier d’ordinateur en chauffage portatif. Mais avec l’avènement de l’impression 3D, explique Tsarfati, l’un des juges qui a choisi les meilleurs projets au Hackathon, la fabrication prendra une tout autre signification.

« Pour la première fois, les produits manufacturés seront facilement créés pour correspondre aux besoins de l’utilisateur, au lieu que l’utilisateur ajuste ses besoins à ce que la machine produit », explique-t-il.

Cette possibilité changera drastiquement la façon dont les gens achètent et utilisent des dispositifs de toutes sortes, en particulier médicaux, qui doivent être faits sur mesure, et généralement à un coût très élevé. Grâce à la révolution 3D, explique Tsarfati, chaque produit sera du « sur-mesure » pour chaque utilisateur, sans besoin d’ajustements et de changements coûteux.

Seize projets ont été exposés lors de la finale de TOM, jeudi dernier, l’apogée d’un marathon de technologie de trois jours au cours duquel les participants ont construit des modèles et des prototypes d’assistance aux personnes handicapées. Parmi les participants figuraient des technologues, des designers, des thérapeutes et des handicapés, qui ont développé des idées et des produits répondant aux défis des personnes vivant avec un handicap, à ceux de leurs proches et des professionnels de la santé.

Si de nombreux matériaux utilisés pour créer les dispositifs construits par les Makers étaient facilement disponibles – en plastique, bois, capteurs trouvables dans le  commerce et même Lego – les équipements de pointe, y compris les imprimantes 3D, machines de découpe au laser et machines CNC (machine-outil à commande numérique) devaient transformer ces matières en quelque chose d’utile.

Un des projets créés lors de l’événement, la « main rapace » mécanique, aide déjà des milliers de personnes à travers le monde, explique Yoav Medan, un Israélien qui travaille sur un projet de fabrication de membres artificiels pour les quelque 1 200 enfants israéliens nés avec une main gravement endommagée.

« En Israël, les enfants nés avec ce défaut, ainsi que les adultes qui perdent un membre, ont droit à un membre artificiel, mais qui ne sert qu’à des fins cosmétiques, affirme Medan. En outre, l’Etat met beaucoup de temps à rembourser ces prothèses. » Une solution bien meilleure, dit-il, est la « main rapace », développée par un groupe américain appelé e-Nable, qui fournit des plans gratuits en ligne pour fabriquer toutes sortes de membres artificiels au moyen d’imprimantes 3D.

Un homme en fauteuil roulant utilise un tourneur automatique de page de livre  développé par TOM: TLV (Crédit : Autorisation)

Un homme en fauteuil roulant utilise un tourneur automatique de page de livre développé par TOM : TLV (Crédit : Autorisation)

Avec des alliages de plastique, un peu comme un jeu de construction Lego, les bénévoles ont confectionné des mains artificielles pour plusieurs enfants présents à l’événement, sans capteurs ni moteurs – seulement avec des fils et des cordes que l’utilisateur peut tirer pour animer les doigts, leur permettant de ramasser et de déplacer des objets en utilisant leur membre endommagé pour la première fois de leur vie. « C’est déjà très efficace comme tel, alors imaginez à quel point cela pourrait l’être si nous ajoutions un moteur », s’enthousiaste Medan.

D’autres projets comprenaient un tourneur de pages automatique, pour permettre aux personnes paralysées incapables de bouger les bras ou les mains de lire un livre de façon indépendante, un jeu vidéo développé par un groupe de volontaires d’Intel – qui « anime » les techniques de physiothérapie que les patients trouvent souvent monotones-, une paire de béquilles qui soulagent la pression des épaules et permettent de répondre facilement au téléphone portable et un système permettant aux sourds et malentendants de déterminer quand quelqu’un, de l’autre côté d’une porte, entend leur coup, un projet qui selon ses Makers pourrait aider les malentendants à trouver un emploi comme personnel d’entretien dans un hôtel.

Des bénévoles d'Intel travaillant sur un projet rendre amusante les routines de physiothérapie (Crédit : Autorisation)

Des bénévoles d’Intel travaillant sur un projet qui vise à rendre amusantes les routines de la physiothérapie (Crédit : Autorisation)

TOM :TLV est une initiative de l’Institut Reut, de la communauté ROI (la Fondation de la famille Ruderman) et de partenariats de dizaines d’organisations israéliennes et internationales, y compris Intel, Autodesk, Makerbot, Deloitte, Stratasys, Uber, la Fondation Shusterman et bien d’autres.

Les sociétés sont certes importantes, reconnaît Arnon Zamir, chef de projet de TOM :TLV pour l’Institut Reut, mais nul besoin d’un conglomérat derrière vous pour effectuer un travail positif.

« La technologie peut aider les gens à résoudre des problèmes, et l’argent ou le statut social ne sont pas une barrière. La communauté de TOM que nous développons est composée de personnes de tous les milieux, y compris de la technologie et du design, de gens qui se soucient de la communauté, et veulent aider. »

Une photo prise au TOM: TLV (Crédit : Autorisation)

Pendant le TOM: TLV (Crédit : Autorisation)

« La prospérité partagée est le défi de tous les pays développés », déclare le président de l’Institut Reut, Gidi Grinstein. « Nous, à Reut, sommes déterminés à améliorer la vie de millions de personnes grâce à la combinaison explosive de technologies de pointe et de nouvelles opportunités, à collaborer à l’échelle mondiale, en vue de créer des produits très abordables qui aideront de nombreuses personnes à rester employables, productives et heureuses. C’est notre contribution à la mission du Tikkun Olam (réparation du monde, ndlr). »

« La Fondation de la famille Ruderman attache une grande importance à des collaborations stratégiques, notamment avec des collègues tels que la Fondation Shusterman et l’Institut Reut », affirme Shira Ruderman, directrice en Israël  de la Fondation de la famille Ruderman.

« Nous croyons que la pleine intégration des personnes handicapées dans la société peut être atteinte par le développement d’une technologie accessible, et par conséquent nous pensons qu’il est important d’être partenaire de l’initiative TOM :TLV. C’est notre espoir qu’un jour ces technologies soient développées indépendamment et ne reposent pas sur le financement de fondations et d’autres bailleurs de fonds. »