Des partisans de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), une milice extrémiste qui contrôle une large bande de l’est de la Syrie, ont récemment confisqué et détruit des antiquités provenant de fouilles illicites d’un site mésopotamien antique.

Dans un acte de génocide culturel, semblable à la démolition des Bouddhas de Bamiyan par les talibans en 2001, des combattants de l’EIIL ont brisé une statue néo-assyrienne de 3 000 ans d’âge, capturée illégalement d’un site archéologique à proximité.

L’acte apparaît dans des photos téléchargées par l’Association pour la protection de l’archéologie syrienne. Sur une autre photo, un homme place son pied – acte d’irrespect dans la culture arabe – sur le visage de la statue assyrienne avant sa destruction.

Le mois dernier, l’autorité syrienne des antiquités déclarait dans un communiqué avoir reçu un avis selon lequel des artefacts qui « semblent provenir d’une fouille non autorisée » avaient été pillés de Tell Ajaja, site des ruines de la capitale de la province assyrienne Shadikanni sur la rivière Khabur, un affluent de l’Euphrate.

Au moins l’un des éléments photographiés et publiés par Association pour la protection de l’archéologie syrienne semble faire partie du butin de l’EIIL.

Les photos, prises dans la province extrême-orientale de Hasakeh en Syrie, montreraient également des objets pris à Tell Ajaja. Le site se trouve à environ 30 kilomètres au sud de la capitale de Hasakeh, et à 50 kilomètres de la frontière irakienne.

Les photographies n’indiquaient pas clairement si la statue brisée est authentique. Selon Dr Yoram Cohen, assyriologue de l’université de Tel Aviv, d’après les photos, la statue semble authentique, « même si ce pourrait être une copie placée à l’extérieur du musée [à Hasakeh], » a-t-il ajouté avec prudence.

Gaston Maspero, l’archéologue français du 19ème siècle, a écrit qu’au neuvième siècle avant notre ère, les palais de Shadikanni « étaient décorés de taureaux ailés, lions, stèles et bas-reliefs sculptés dans du marbre provenant des collines de Singar ».

Le pillage et la destruction des antiquités de Tell Ajaja entrent dans le cadre d’une terrible tragédie qui frappe le patrimoine ancien syrien, depuis les trois ans de guerre civile qui ravage le pays. Selon le New York Times, les fouilles illégales se sont multipliées et les six sites syriens recensés au patrimoine mondial de l’UNESCO seraient en péril.

Mais la Syrie, située dans le Croissant fertile et qui abrite des vestiges de la civilisation humaine de plus de 5 000 ans d’âge, regorge de sites archéologiques moins réputés – dont certains n’ont pas été fouillés jusqu’à récemment, car ils étaient tout à fait inconnus.

Ce n’est pas la première attaque contre des trésors archéologiques syriens commise par l’EIIL. En janvier 2014, le groupe islamiste radical a détruit une mosaïque byzantine du VIe siècle près de la ville de Raqqa, a rapporté The Independent. La mosaïque de style romain primitif n’avait été mise au jour qu’en 2007.

« Nul besoin d’être un expert pour dire que c’est infect, car chaque artefact contribue à notre compréhension du passé, d’autant plus quand il porte une inscription », a confié au Times of Israel Jack Sasson, professeur d’humanités et d’études juives à l’université Vanderbilt.

L’EIIL, ou selon ses initiales arabes Daash, a pris le contrôle d’une grande partie de la Syrie, des frontières turque et irakienne à l’est comme à l’ouest jusqu’à la ville d’Al Bab, dans la province d’Alep.

« L’EIIL n’existe plus sous forme de petites cellules qui peuvent être neutralisées par des missiles ou des petits groupes de commandos. C’est aujourd’hui un acteur officiel, réel, quoique naissant et non reconnu, plus proche des talibans à la fin des années 1990 que d’Al-Qaïda », ont écrit mercredi les analystes de sécurité Doug Ollivant et Brian Fishman dans le magazine de politique étrangère en ligne War on the Rocks.

L’emprise de plus en plus étendue de l’EIIL sur la moitié est de la Syrie et les provinces de l’ouest de l’Irak pourrait s’avérer fatale pour les vestiges archéologiques de la région.