Cela fait 12 ans que le fils aîné de Jawdat Salame, Rujayah, a été tué par un sniper du Hamas, alors qu’il montait la garde à la frontière de Gaza.

« Ce n’est pas facile d’être une famille endeuillée. Vous n’êtes plus ce que vous étiez… mais dans leur mort, ils nous ordonnent de vivre », a affirmé Salame, un vétéran de la police israélienne.

Salame, un arabe chrétien du village de Turaan, a raconté qu’il a pu « partager sa douleur » avec 29 autres israéliens arabophones du nord d’Israël, notamment des druzes, des circassiens, et des arabes musulmans qui ont perdu des enfants au cours d’attaques terroristes ou durant leur service militaire.

Le groupe a visité Hamat Gader, un site touristique israélien près des frontières jordanienne et syrienne, où les sources chaudes se mêlent aux collines vertes de la Galilée.

Le voyage a été organisé par la fondation One Family, une ONG financée par des donateurs, qui, depuis 2002, aide les familles israéliennes qui ont perdu des membres de leur famille à cause du terrorisme ou durant leur service militaire. (L’ONG considère que les soldats israéliens tués pendant le service sont des victimes du terrorisme parce que les conflits menés par Israël l’opposent au Hezbollah et au Hamas).

Après un bain dans les sources chaudes de Hamat Gader, Jawdat Salame montre la carte d'identité militaire de son fils Rujayah, tué par un sniper palestinien près de Rafah, dans la bande de Gaza, en 2001, son épouse Nadra est à ses côtés, le 20 février 2017. (Crédit : autorisation)

Après un bain dans les sources chaudes de Hamat Gader, Jawdat Salame montre la carte d’identité militaire de son fils Rujayah, tué par un sniper palestinien près de Rafah, dans la bande de Gaza, en 2001, son épouse Nadra est à ses côtés, le 20 février 2017. (Crédit : autorisation)

Plusieurs fois par an, One Family organise des évènements spécifiquement dédiés aux familles arabophones. Basmat Oren, l’un des employés de la fondation, a expliqué que ces retraites profitent aux familles endeuillées parce qu’un certain nombre de leurs proches, et notamment les femmes, qui ne parlent pas suffisamment bien l’hébreu pour leur permettre de socialiser dans cette langue. Les familles arabophones participent également à ces retraites.

Les participants affirment que ces rassemblements sont l’une des rares occasions données aux différents groupes arabophones d’Israël dans lesquels ils peuvent créer des liens et parler de leur douleur.

De plus, ce séjour permet aux familles arabes chrétiennes et arabes musulmanes de faire un deuil public, parce que dans leurs communautés, le service militaire israélien est un véritable tabou social.

Amudi Ali, 67 ans, est un musulman du village de Bo’eyan. Il est père de 10 enfants, parmi lesquels 4 ont servi dans l’armée israélienne. L’un d’eux, Amudi Ahmad Ali, a été tué durant son service à Gaza en 2003.

Après un bain dans les sources chaudes de Hamat Gader, Hamudi Ali, 67 ans, montre la photo de son fils Ahmad, tué dans la bande de Gaza, en 2003 ; le 20 février 2017. (Crédit : autorisation)

Après un bain dans les sources chaudes de Hamat Gader, Hamudi Ali, 67 ans, montre la photo de son fils Ahmad, tué dans la bande de Gaza, en 2003 ; le 20 février 2017. (Crédit : autorisation)

Ali a raconté que lorsque son fils a été tué, peu de ses voisins ont assisté à l’enterrement. Il dit se sentir marginalisé par sa communauté, – encore aujourd’hui.

« Ma communauté est musulmane, et j’en suis fier. Je suis israélien et j’en suis fier aussi », assure Ali.

La douleur de cette perte ne s‘est jamais dissipée. « Je le pleure encore chaque soir », dit-il.

Ali affirme avoir aimé l’idée d’une excursion vers les sources chaudes, que c’est une chance pour ces groupes pour interagir dans un espace ouvert et détendu.

Le groupe a reçu un repas copieux de poisson et de poulet grillé au restaurant du parc. Ils ont ensuite pris part à une conférence du psychologue Dr Yakov Wienberg sur la gestion de la tristesse.

Ali et Salame affirment que la perte de leurs fils, tous deux soldats de l’armée israélienne dans Le bataillon de reconnaissance de la Brigade Givati a eu un impat négatif sur les finances de leurs familles. Malgré une indemnité mensuelle de la part du ministère de la Défense, Salame explique que « nos vivons dans la précarité parce que nos finances ne sont plus notre priorité, nous nous inquiétons pour l’unité de la famille ». One Family aide financièrement les familles qui sont dans le besoin.

« J’apprécie vraiment ce que fait One Family. C’est un travail pieux. Et ils ont une relation exceptionnelle avec chaque famille », a salué Salame.

One Family assiste actuellement près de 45 familles arabophones. Selon Oren, ses employés rendent visite aux familles endeuillées durant la période de deuil pour les intégrer.

Afifa Ghanam, 67 ans, à droite, montre à Basmat Oren, de One Family, la photo de son fils Roni, tué dans un attentat suicide dans un bus en 2002 ; le 20 février 2017. (Crédit : autorisation)

Afifa Ghanam, 67 ans, à droite, montre à Basmat Oren, de One Family, la photo de son fils Roni, tué dans un attentat suicide dans un bus en 2002 ; le 20 février 2017. (Crédit : autorisation)

Elle affirme que les familles arabophones sont très reconnaissantes quand en employé de One Family frappe à leur porte.

Ahmed Haid, de la communauté circassienne de Rehaniya, près de Safed, se souvient avoir reçu la visite d’un membre de One Family peu après la mort de son fils Ibrahim. Ibrahim a été tué durant son service au sein du bataillon de reconnaissance de la Brigade Givati en 2002.

« Je me suis senti très honoré quand ils sont venus chez moi », a-t-il dit.

Il y a près de 4 800 circassiens en Israël. Ils vivent principalement dans deux villages en Galilée, et ils sont, chaque année, une quarantaine à s’enrôler dans l’armée. Bien que les circassiens soient arabophones, explique Hamid, ils ne sont pas habitués à interagir avec la communauté arabe d’Israël.

Mais, il affirme que One Family leur a donné la possibilté de faire leur deuil en dehors de cette petite communauté, ce qui rend le processus moins douloureux. Ça aide « à nous donner la force de surmonter notre douleur », dit-il.