JTA – Même parmi toutes les horreurs incessantes dont ils sont témoins depuis le début de l’épidémie du virus Ebola en Sierra Leone, ce cas-là les a frappés.

Un petit garçon de 5 ans a été retrouvé dans un village isolé. Il était le seul survivant dans une maison jonchée de cadavres de sa famille victime du virus Ebola. Il avait besoin d’être extrait de la maison, les corps devaient être enterrés.

Les opérateurs qui répondent aux appels de la hotline de Freetown qui dépêche les ambulances, la police et les équipes d’inhumations, étaient bouleversés.

Entre alors IsraAID, le loup solitaire israélien ou l’organisation juive spécialisée dans l’aide d’urgence, sur le terrain touché par le virus Ebola. IsraAID propose un soutien psychologique et une formation aux prestataires humanitaires – le personnel de santé, les travailleurs sociaux, les enseignants, la police – qui s’occupent des patients victimes d’Ebola en Sierra Leone. Le personnel local de la hotline Ebola de Freetown fait partie des personnes qui reçoivent ce soutien psychologique.

« Traiter les traumatismes psychologiques est un versant essentiel de la lutte contre l’épidémie d’Ebola », explique Shachar Zahavi, le directeur fondateur d’IsraAID, à JTA lors d’une interview.

« Ce qui peut décourager les personnes à accepter les traitements est le fait qu’elles n’ont pas confiance. Si vous ne vous sentez pas bien, votre famille essaie de vous cacher immédiatement et vous infectez toute votre famille. Nous essayons d’éduquer la police, les assistants sociaux, les professionnels de la santé et de leur enseigner comment traiter avec des personnes qui ont peur d’eux – et comment gérer leur propre stress et leur peur ».

Le mois dernier, les efforts d’IsraAID leurs ont valu une lettre de remerciement faisant l’éloge de leur travail de la Première dame de Sierra Leone, Sia Nyama Koroma. Il s’avère qu’elle est une infirmière psychiatrique. Lorsqu’IsraAID a organisé un séminaire psychosocial de deux jours, Koroma a annulé tout ce qu’elle avait prévu pour y assister, raconte Zahavi.

Une organisation qui a maintenant 13 ans, financée en partie par des institutions et des fédérations juives américaines et soutenue par le gouvernement israélien, IsraAID a affuté ses techniques lors de désastres précédent comme le tremblement de terre et le tsunami au Japon en 2011 et le typhon aux Philippines en 2013. Mais les membres d’IsraAID admettent qu’Ebola est la crise plus dure à laquelle ils ont dû faire face.

« Ce désastre est plus effrayant que les autres, surtout parce que c’est une épidémie en cours et cela fait peur », explique Yotam Polizer, le directeur régional de l’Asie et maintenant la personne en charge de l’Afrique. Polizer a passé la majorité du mois d’octobre en Sierra Leone. Il doit y retourner la semaine prochaine.

IsraAID est parti au Sierra Leone avec 4 Israéliens – 2 spécialistes des traumatismes psychologiques et 2 experts en logistiques. La semaine prochaine six autres vont arriver et Polizer travaille pour mettre en place une équipe locale.

Il est difficile de recruter des Israéliens, précise les responsables de l’organisation, parce qu’ils doivent d’une part, s’adapter aux conditions de travail extrêmement difficiles requises par les protocoles Ebola et d’autre part, ils doivent pouvoir être disponible pendant six semaines – une semaine de formation, trois à quatre semaines sur le terrain et deux ou trois semaines après pour s’assurer qu’ils n’ont pas contracté le virus.

Et il y a la peur.

« Au moins deux ou trois fois par jour les personnes commencent à paniquer, persuadées qu’elles ont de la fièvre. On doit les calmer », raconte Polizer. « C’est un véritable défi ».

Lorsqu’il retournera en Sierra Leone la semaine prochaine, Polizer confie qu’il devra se réhabituer aux restrictions exigeantes de la vie quotidienne en zone Ebola. Cela signifie qu’il devra prendre sa température plusieurs fois par jours, se laver les mains au chlore 20 à 30 fois par jour, éviter tout contact physique, même les poignées de main, et ne manger que dans 3 ou 4 restaurants soigneusement passés au crible.

Le plus difficile sera de ne pas se toucher les yeux. Les travailleurs humanitaires précise que les yeux sont la partie du corps le plus sensible au virus, et qui donc s’infectent facilement.

IsraAID est la seule présence israélienne officiellement en zone Ebola. Le ministre de la Défense, Moshe Yaalon, a refusé l’invitation des Américains visant à envoyer un contingent militaire en Afrique. Cependant, le ministère des Affaires étrangères israélien a envoyé l’équipement nécessaire pour mettre en place trois cliniques itinérantes dans la région affectée.

IsraAID a été chargée de recevoir les deux cargaisons destinées à la Sierra Leone et au Libéria. L’organisation a aussi participé à l’intégration des cliniques à l’aide internationale déjà en place comme International Medical Corps [organisation non gouvernementale composée de médecins et d’infirmières volontaires fondé en 1984], Médecins sans frontières, et les armées britannique et américaine.

Aux Etats Unis, l’American Jewish World Service (AJWS) [le Service mondial américain] est à la tête de l’aide financière juive dans les zones infectées. Il finance 10 groupes au Libéria et un au Sénégal qui travaillent à contenir l’épidémie.

Ces groupes utilisent entre autres les chaînes de radio et les organismes médiatiques ruraux pour faire passer des messages de santé publique pour combattre Ebola. Ils forment et équipent les volontaires pour qu’ils distribuent du matériel d’hygiène et des brochures de renseignement aux habitations locales. Ils proposent aussi un soutien psychologique aux survivants du virus Ebola et à leurs familles. Ils rénovent aussi une clinique qui servira de centre de quarantaine et de triage. Dans certains cas, ils fournissent même les premiers soins aux locaux en raison de l’effondrement du système de sécurité sociale.

« Lorsque l’épidémie s’est étendue cet été, nous avons consulté nos bénéficiaires au Libéria. Nous avons ainsi pu connaître l’étendue de leurs besoins pour répondre à l’épidémie dans leurs communautés », relate Ruth Messinger, la présidente d’American Jewish World Service. « Ces militants des groupes locaux sont les mieux placés pour faire ce travail car ils sont déjà sur place, bien établis, et les membres de la communauté ont confiance en eux ».

L’AJWS a déboursé 142 000 dollars qu’il a versé à ses organisations bénéficiaires et a recueilli 820 000 dollars de différents donateurs. La majorité de cette somme a été réunie ces six dernières semaines. L’AJWS souhaitait dans un premier temps réunir 200 000 dollars mais a décidé d’augmenter cet objectif à 1 million de dollars.

Malgré toutes les difficultés qu’il a pu éprouver en travaillant en zone Ebola, Polizer nuance ces propos en décrivant des moments de grande satisfaction.

Pendant l’atelier de gestion de stress de d’IsraAID pour les travailleurs humanitaires et les survivants d’Ebola, les dirigeants emploient différentes techniques pour détendre les personnes. Ils font des jeux de rôles pour permettre aux survivants à supporter le regard des autres qui les stigmatisent et les rejettent car ils ont eu le malheur d’avoir contracté le virus. Le personnel humanitaire suit une thérapie de danse et de mouvements pour retrouver le moral et des exercices de respiration pour les aider à se détendre.

Une infirmière en chef d’un hôpital en dehors de Freetown a participé à l’une des sessions de gestion du stress d’IsraAID. Elle faisait un burn out et était effrayée car elle avait perdu plus de 35 collègues à cause du virus Ebola, se remémore Polizer. Les instructeurs ont aidé l’infirmière grâce à la technique de relaxation où les participants ferment les yeux et imaginent qu’ils sont dans un endroit sûr.

L’infirmière s’est endormie et lorsqu’elle s’est réveillée, elle souriait. C’est la première depuis le début de l’épidémie, a-t-elle confié à Polizer, qu’elle a pu profiter d’un sommeil reposant.