A 10 heures, le jour du souvenir de la Shoah, les Juifs israéliens s’immobilisent. Les conducteurs arrêtent leurs véhicules sur l’autoroute lorsque la sirène résonne à travers le petit pays. Les écoles organisent leurs propres cérémonies et rassemblements pour coïncider avec ce moment de silence partagé par la nation toute entière.

L’observance presque totale de cet acte de commémoration par les six millions de Juifs israéliens rend cette minute de silence l’un des rituels juifs les plus suivis.

Les commentateurs suggèrent parfois que ce rare exemple d’unité juive est une réponse à l’horrible constance avec laquelle les humains ont été catégorisés et exterminés par les nazis. La Shoah était trop vaste – trop généralisée, trop totale dans son ambition de criminaliser le fait d’être un Juif en vie – pour souffrir de l’étroite chamaillerie qui caractérise les autres guerres culturelles des Juifs.

Mais le souvenir des morts – qui étaient trop nombreux, et tués avec un but trop sombre, pour permettre à aucun Juif qui vécut ensuite le confort de la distance psychologique – prête un pouvoir primordial aux manières contradictoires dont les Juifs comprennent la signification du massacre.

La Shoah est certainement vaste, tant dans sa réalité historique que dans sa façon de planer sur le présent – comme dit le célèbre sociologue Theodor Adorno, personne « dont l’organe de l’expérience n’a pas été totalement atrophié » ne peut croire que « le monde après Auschwitz, si tant est que le monde après Auschwitz soit possible, est le même monde d’avant ». Mais, à la fin, cela demeure une expérience humaine, vouée à modeler les intuitions et identités de ceux qui viennent après.

Jouets retrouvés appartenant aux enfants de la Shoah (Crédit : AFP/MENAHEM KAHANA)

Jouets retrouvés appartenant aux enfants de la Shoah (Crédit : AFP/MENAHEM KAHANA)

Ceci est une horreur à part entière. L’insoutenable réalité humaine de la Shoah – essayez de supporter la pensée des six dernières minutes de vie accordées aux enfants nus et tremblants, menés par les Juifs émaciés esclaves des SS dans les chambres à gaz avant que le gaz Zyklon B ne termine son travail ; et répétez cette tentative des centaines de milliers de fois – a souffert du destin abject de toutes les agonies dont on se souvient : elle est devenue une histoire.

Ou, plutôt, de nombreuses histoires, toutes gratifiées d’une urgence absolue au vu de la souffrance qu’elles essaient d’expliquer.

Histoires

Au début des années 1950, un Etat d’Israël jeune, pauvre et assiégé a débattu de la façon dont le génocide devait être commémoré ; l’horreur était encore trop proche pour être englobée par les récits familiers racontés aux enfants juifs aujourd’hui.

Pour les survivants européens à l’esprit religieux, l’extermination des Juifs d’Europe était seulement différente en échelle et non en essence des catastrophes du passé – la conquête romaine de Judée, l’expulsion d’Espagne. Ils souhaitaient commémorer les enfants gazés d’Auschwitz le jour de Tisha Beav, le jour de jeûne de fin d’été que la tradition juive associe à ces désastres fondamentaux.

La chambre à gaz était pour eux une partie familière de l’histoire juive, une nouvelle entrée dans la litanie déjà établie de souffrances que les Juifs doivent porter dans leur exil, une fonction, comme ces autres tragédies, de l’aliénation de l’humanité de la pitié divine, et un crime qui, comme les autres, serait réparé à la fin messianique du monde.

Un survivants juif de l'Holocauste lit la Torah pendant sa bar mitzvah au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 2 mai 2016. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

Un survivants juif de l’Holocauste lit la Torah pendant sa bar mitzvah au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 2 mai 2016. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

Mais les Israéliens laïcs, de leur côté, plaidaient en faveur du 14 Nissan, au printemps, et la date du début du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943, la plus grande rébellion des juifs contre les nazis.

Ici, le message était également profond, et diamétralement opposé à la vision religieuse. Le meurtre industriel de millions de personnes, la soumission de la civilisation, de la science, de l’industrie et de la politique allemandes à cette extermination méticuleusement planifiée de classes entières d’êtres humains, était simplement l’état par défaut de la condition humaine. Les êtres humains sont cruels, donc dépendre de leurs remords est immoral.

Pour les Juifs israéliens de cette génération – qui étaient presque tous des réfugiés, d’une manière ou d’une autre, et héritiers de l’avertissement d’Herzl sur le fait que la croissance des sociétés de masse européennes et des identités nationales ne laisserait aucune place pour les minorités – la Shoah est la catastrophique preuve finale du fait que la vieille stratégie juive de la résilience n’est pas un bon moyen de survivre à l’âge du meurtre par des bureaucraties totalitaires.

Les pogroms de la fin du 19e siècle, sous la pression desquels les premiers sionistes se sont unis, n’étaient plus seulement un danger pour quelques juifs ; les innovations technologiques avaient transformé l’impulsion du pogrom en un danger existentiel pour tous les juifs.

Stroop_Report_-_Warsaw_Ghetto_Uprising_09 (Photo from Jürgen Stroop Report to Heinrich Himmler from May 1943, Wikimedia Commons )

Les Juifs du ghetto de Varsovie sont rassemblés par les nazis avant d’être déportés (domaine public)

Les sionistes ont, eux aussi, vu en la Shoah une sorte de continuité. Les compétences de la bureaucratie allemande, et non l’innovation idéologique, avaient permis à ce « pogrom » de faire six millions de victimes au lieu de six milliers.

Ainsi, ce qu’il faut savoir à propos de la Shoah, ce n’est pas que des Juifs sont morts, mais que des Juifs, au moins certains d’entre eux, à certaines périodes, ont résisté.

Le nom officiel de la Journée du Souvenir, depuis sa création en 1953, est « le jour du souvenir de la Shoah et de l’héroïsme ». Dans les années 50, c’était un héroïsme particulier : pas celui des victimes qui ont lutté pour maintenir leur dignité face à l’extermination, mais celui des combattants, qui ont embrassé le sionisme même depuis les profondeurs de leur désespoir, clamant que l’on ne change pas l’histoire en acceptant son destin, mais en agissant.

Les laïcs ont gagné la bataille du calendrier : le jour du souvenir de la Shoah fut décalé 13 jours plus tard, le 27 Nissan, mais ce déplacement, qui permet d’éviter un conflit avec la fête de Pessah qui commence le 15, ne fait que souligner l’histoire sioniste.

La Journée du Souvenir de la Shoah est maintenant une semaine avant la Journée du Souvenir des soldats et victimes du terrorisme, et huit jours avant la fête de l’Indépendance, le 5 Iyar. Tout comme la semaine de Pessah rejoue l’exode biblique des Juifs, de l’esclavage à la rédemption dans le Sinaï, la semaine du 27 Nissan au 5 Iyar recrée le passage des Juifs de leur situation en Diaspora comme les victimes de l’inextinguible capacité humaine à la cruauté, à leur nouveau statut, une nation autonome qui obtient sa sécurité et sa liberté par ses propres efforts.

Edward Mossberg (à droite), survivant de la Shoah, et d'autres participent à la "marche des vivants", organisée chaque année sur les restes du camp de la mort nazi d'Auschwitz-Birkenau, à Brzezinka (Birkenau), près d'Oswiecim (Auschwitz), en Pologne, le 5 mai 2016. (Crédits : AFP Photo/Wojtek Radwanski)

Edward Mossberg (à droite), survivant de la Shoah, et d’autres participent à la « marche des vivants », organisée chaque année sur les restes du camp de la mort nazi d’Auschwitz-Birkenau, à Brzezinka (Birkenau), près d’Oswiecim (Auschwitz), en Pologne, le 5 mai 2016. (Crédits : AFP Photo/Wojtek Radwanski)

Pour les Israéliens, ce vœu de « plus jamais ça” est essentiellement une vision stratégique.

Les victimes juives d’Auschwitz n’étaient pas les seuls symboles universellement applicables à émerger des camps de la mort ; les responsables nazis l’étaient aussi. Le fait même que les nazis aient existé montre que les nazis peuvent exister, existent, et existeront dans le futur.

Le fait même que les nazis aient existé montre que les nazis peuvent exister, existent, et existeront dans le futur

Certains raillent les Juifs comme vivant dans un « post-trauma » de la Shoah, et trop enclins à voir des nazis réincarnés dans chaque critique d’Israël. Ce type de moquerie réductrice est noyée dans la continuelle tolérance des meurtres de masse, même par les Occidentaux les plus libéraux. Rwanda, Syrie, Congo, Soudan – que des actes de meurtres systématiques qui, dans toute leur diversité de contextes et de causes, partagent une caractéristique importante avec la Shoah : ils révèlent le mensonge dans le cœur du discours libéral de « l’humanité partagée » ou de la « communauté internationale ».

Pourtant, ce genre de propos constitue le troisième récit juif majeur à propos de la Shoah.

Pour les Occidentaux libéraux, y compris beaucoup de juifs du monde anglophone, “plus jamais ça” n’est pas une philosophie d’autonomie ou le besoin d’assurer sa propre défense, mais l’esprit des coûts élevés et insondables de l’immoralité et des compromis moraux, et du manque d’alternatives tolérables pour la recherche de valeurs libérales.

Dachau, Allemagne. Des prisonniers du camp de concentration brandissent le drapeau américain après leur libération (Crédits : archives de Yad Vashem)

Dachau, Allemagne. Des prisonniers du camp de concentration brandissent le drapeau américain après leur libération (Crédits : archives de Yad Vashem)

Ainsi, “plus jamais ça” devient l’affirmation de l’univers moral pour lesquels les Israéliens se sont effondrés à Auschwitz.

Les libéraux anglophones, qui se souviennent de la Seconde Guerre mondiale depuis la perspective des vainqueurs plutôt que de celles des vaincus ou des coupables, racontent l’histoire de la Shoah comme le moment où le vieux débat sur le besoin d’une moralité en politique s’est finalement terminé.

Il n’est pas difficile de voir comment ces différents Holocaustes – le mot lui-même étant une interprétation, une histoire, et donc inévitablement dessert la chose dont il porte le nom – rentrent en conflit. Quand la vision des Haredis accepte et prête même une signification spirituelle à l’expérience de la brutalité, les sionistes rejettent l’impuissance qui permet cette acceptation. Quand l’instinct des sionistes revient à redouter la dépendance aux autres, celui des libéraux consiste à craindre l’intolérance des autres.

Tensions

Les hommes ne sont jamais simples. Ces récits de la Shoah ne se divisent pas clairement entre les Juifs. Les généraux israéliens, qui vouent leur vie à maintenir la version sioniste du « plus jamais ça », incitent souvent à adhérer à sa signification libérale.

La plupart des Juifs américains, qui voient en fin de compte le libéralisme à l’américaine comme le moyen le plus sûr d’empêcher un autre Holocauste, acceptent de tout cœur l’argument israélien pour l’indépendance. Et beaucoup d’Israéliens haredi, bien que soumis au rejet officiel de l’hérétique obsession sioniste pour l’autonomie, sont décidément belliqueux quant aux questions de la défense nationale du pays.

Pourtant, chaque groupe résout les tensions entre ces récits d’une façon très différente.

Le musée de Yad Vashem mène les visiteurs à travers une exposition sombre et sinueuse des horreurs de la Shoah, qui se termine par une sortie ensoleillée avec vue sur les paisibles et vertes collines de la Jérusalem juive souveraine.

Sans cette nouvelle souveraineté, est-on amené à penser, le tunnel obscur n’aurait pas eu de fin. Le libéralisme est une qualité morale, c’est certain, mais s’il y a une leçon à retenir des angoisses du 20e siècle, c’est que se reposer sur un humanitarisme magnanime ne pourra contrer l’annihilation.

A bird’s eye view of Yad Vashem and Mount Herzl in Jerusalem. (Yossi Zamir/Flash90) Une vue aérienne de Yad Vashem et du mont Herzl à Jérusalem (Crédits : Yossi Zamir / Flash 90)

Une vue aérienne de Yad Vashem et du mont Herzl à Jérusalem (Crédits : Yossi Zamir / Flash 90)

A Washington, le musée américain du souvenir de l’Holocauste s’attarde sur le rôle des bonnes gens pendant les heures sombres de l’Histoire et publie des communiqués de presse se lamentant sur l’inaction de la communauté internationale alors que des centaines de milliers de personnes sont massacrées en Syrie. Tout comme l’histoire américaine est universelle, le récit américain de l’Holocauste est universaliste. Les fondateurs et les donateurs du musée ne sont pas des opposants au sionisme, c’est certain, mais croient tout de même que le fléau nazi fut détruit par la volonté de nations libres à se sacrifier pour leur propre liberté et celle des autres. L’élan nazi en Afrique du Nord envers la communauté juive naissante en Palestine ne fut pas stoppé par les fiers sionistes, mais par le sang et l’argent de la Grande-Bretagne de Churchill. Seule l’expansion de la liberté humaine, et le dévouement des futures générations à se battre pour cette liberté, peuvent empêcher un nouvel Holocauste.

Et dans les séminaires haredi de Jérusalem et de New York, on sent une réelle gratitude pour la bienfaisance du libéralisme américain et le sacrifice des guerriers israéliens, mais ils sont éclipsés par la peur de ce qui pourrait être perdu en succombant à ces solutions modernes.

Dans un éditorial publié plus tôt cette semaine [la semaine du 1er mai, NDLR], le journal israélien haredi Yated Ne’eman a pesté contre « la typique ignorance israélienne » démontrée par cette Journée du Souvenir. Le 27 Nissan est un « sale jour pour le deuil », se plaint l’éditorial. « De tous les mois de l’année, ils ont trouvé le mois de Nissan, pendant lequel personne n’est en deuil », car c’est un temps généralement associé à la joyeuse célébration de rédemption de Pessah.

L’éditorial s’est attiré la foudre de nombreux Israéliens, et il n’est pas difficile de voir pourquoi. Il ne mâchait pas ses mots.

“Aussi terrible que cela puisse paraître, il faut le dire et le redire : la guerre de la laïcité [sioniste] pour l’indépendance comme une solution à la question juive est un prétexte. Ce n’est pas naturel. Même si cela semble « diasporique », c’est la douloureuse vérité, et il n’y a pas de solution : ‘Israël fut créé pour l’exil… mais quand ils accomplissent la volonté de Dieu, Dieu promet [Lévitique, 26] : « et je briserai les liens de votre joug ».

Le rabbin Herschel Schachter mène le service pour les survivants de la Shoah lors du festival de Shavouot, dans le camp de concentration de Buchenwald, le 16 mai 1945 (Crédits : Wikimedia Commons)

Le rabbin Herschel Schachter mène le service pour les survivants de la Shoah lors du festival de Shavouot, dans le camp de concentration de Buchenwald, le 16 mai 1945 (Crédits : Wikimedia Commons)

« La condition naturelle du peuple juif est l’exil ! Son état normal est dans la marmite en ébullition de la haine et du harcèlement. Ceux qui essaient de contourner [cette réalité] se briseront contre la barrière séparatrice » de la haine antisémite.

La persécution est une part nécessaire de la condition juive, explique le journal, “car Dieu veut que tout le monde comprenne que ce n’est pas par notre force, ni par notre indépendance que nous pouvons arrêter la haine. Il veut que nous admettions qu’il n’y a pas de solution naturelle au phénomène inexplicable de l’antisémitisme, dont une nouvelle vague déferle actuellement sur l’Europe ».

Au contraire, “seule la providence peut nous sauver”, et ce salut, affirme-t-il, « dépend d’une seule condition – que la volonté de Dieu soit faite ».

L’éditorial combine le désespoir haredi avec l’indépendance sioniste. Libéralisme et nationalisme laïc ne sont pas des planches de salut face au génocide. Les Juifs portent la flamme de la révélation, d’une alliance qui accorde une signification rédemptrice à l’histoire juive. Eteindre cette flamme est une mort encore plus totale qu’un simple meurtre. Car, après tout, que sont les porteurs sans la flamme ?

Deuil

Le Kaddish, la traditionnelle prière juive récitée pour les morts, est un cantique araméen et une louange expansive de Dieu, priant pour que « son magnifique nom soit béni pour toute l’éternité » et insistant sur le fait que le nom devrait être « loué, glorifié, exalté, chanté, honoré, adoré et prôné ». C’est une étrange prière pour un endeuillé, à qui on demande d’offrir un hommage si exubérant sur des lèvres mouillées par les larmes à un Dieu qui vient de le priver d’un être aimé.

Questionné sur cette dissonance, le renommé talmudiste et philosophe orthodoxe américain, le rabbin Joseph Dov Solovietchik, explique que la prière n’est pas pour Dieu, mais pour la personne en deuil, qui la formule à l’instant précis où il fait face au vide béant laissé par celui qui s’en va. La vie de la personne décédée était elle-même une « sanctification du nom de Dieu », enseigne Soloveitchik. Ainsi, la prière du Kaddish permet aux endeuillés d’affirmer l’énormité de ce qui a été perdu, et de faire le premier pas vers la vraie commémoration, celle qui remplit le vide des bienfaits et vertus laissés par le mort.

Le rabbin Joseph Dov Soloveitchik (Crédits : Yeshiva University)

Le rabbin Joseph Dov Soloveitchik (Crédits : Yeshiva University)

Dans la tradition juive, qui manque même d’une vraie articulation entre la vie et la mort, les rituels du deuil ne sont pas vraiment à propos du mort, mais sur la réparation de la brèche qu’ils laissent derrière eux, dans le monde des vivants.

Ainsi, il en est de même – comment pourrait-il en être autrement ? – avec la réponse juive à la Shoah.

Une vaste et diverse, mais pourtant cohérente, civilisation juive s’étendait autre fois sur des dizaines de communautés nationales en Asie, en Afrique et en Europe. Ce monde juif s’est éteint au 20e siècle. Les Juifs survivants durent se replier dans deux sociétés juives majeures : les Israéliens parlant hébreu et les anglophones de la diaspora. Ils sont profondément divisés par des différences fondamentales dans leur culture, leur histoire, leur expression religieuse, leur langage et leur politique. Cette brèche entre les civilisations, que certains enjambent grâce à des sensibilités religieuses communes, comme les Haredi, est le fait le plus basique du monde juif aujourd’hui.

Tout comme le juif en deuil qui doit formuler à voix haute la bénédiction qu’est une vie humaine, c’est précisément quand ces différents juifs font face à ce gouffre laissé derrière un monde disparu qu’ils expérimentent leur propre sens de ce qui est perdu, et donc la signification de l’histoire juive.

Au 21e siècle, cette histoire juive est une histoire fracturée, une série de conflits amers entre des points de vue radicalement différents sur ce que cela signifie d’être juif. Mais il y a un aspect positif. Comme déjà noté, les critiques des juifs se plaignent souvent du fait qu’ils vivent trop dans l’ombre de la Shoah. Mais ce qui est important à propos de cette critique, c’est ce qu’il oublie : que le monde juif mort au siècle dernier a vécu sous cette ombre d’une manière beaucoup plus forte, même s’il n’en était pas conscient jusqu’à la toute fin.

Peut-être peut-on tirer du réconfort, alors, du simple fait que la lutte actuelle des Juifs contre cette ombre est finalement une dispute entre les Juifs eux-mêmes. Pendant qu’ils se battent pour faire ressortir le sens de l’existence juive, ils le font contre et entre eux, et ne sont pas forcés de forger leur histoire comme la dernière et épuisée civilisation juive fut forcée de le faire, dans les étroites frontières autorisées par leurs bourreaux.