Une foule immense est attendue à l’extérieur du Metropolitan Opera à New York lundi soir lors de la première de l’opéra controversé sur une attaque terroriste palestinienne.

Les manifestants, associés dans un premier temps à des groupes juifs, comptent se réunir devant l’entrée du Lincoln Center avec 100 fauteuils roulants, en l’honneur de Leon Klinghoffer, un handicapé tué. L’opéra « The Death of Klinghoffer » [« La Mort de Klinghoffer »] s’inspire de son histoire.

Klinghoffer a été jeté par-dessus bord du navire de croisière Achille Lauro par les terroristes de l’OLP en 1985 suite à une prise d’assaut du navire. L’opéra, qui se concentre sur les terroristes auteurs du meurtre, a été accusé de faire l’apologie du terrorisme et d’inclure des tropes antisémites.

La première aura lieu lundi soir et le Met a promis de poursuivre la représentation de l’opéra, qu’il qualifie d’œuvre d’art. Cela dit, les protestations ont tout de même eu des conséquences.

La compagnie a annulé une représentation en Haute-Définition et une diffusion à la radio de son spectacle. Elle a aussi abandonné l’idée d’organiser un panel de discussion à cause de problèmes liés à la sécurité et a accepté d’inclure dans le programme une déclaration des filles de Klinghoffer qui dénoncent la représentation de cet opéra.

Des mesures de sécurité ont été prises en vue des manifestations qui se préparent. Il y aura « une forte présence policière » à la première lundi soir, indique le New York Post qui cite des sources policières.

« On reçoit constamment des e-mails, des appels et des lettres au cours des derniers mois », raconte le directeur du Met, Peter Gelb, au Sunday Times. « Les gens qui ne veulent pas de la représentation de l’opéra ne sont pas idiots, ils sont seulement en colère ».

Cette manifestation est organisée par une cinquantaine de groupes juifs et catholiques, dont l’Organisation sioniste américaine, One Fund Israel, One Family Fund, le Centre Simon Wiesenthal, et la Ligue catholique. L’ancien maire de New York, Rudolph Giuliani, serait le principal intervenant de cet événement.

Parmi les politiciens qui seraient présents à la manifestation lundi, on attend l’ancien gouverneur de New York George Paraki, le membre du Congrès, Eliot Engel, ainsi que l’ancien gouverneur, David Paterson, la présidente du district du Queens, Melinda Katz et le membre du Congrès, Peter King, selon le New York Observer.

Dimanche, les deux filles de Klinghoffer, ont publié un communiqué condamnant l’opéra. Ce communiqué sera aussi imprimé sur le programme de l’opéra.

Le spectacle qui raconte le meurtre de leur père « rationalise, romance et légitime » ce meurtre, écrivent Lisa et Ilsa Klinghoffer.

« Les terroristes, représentés par quatre grands chanteurs d’opéra, auront une histoire, une ‘explication’ pour leur acte brutal de terrorisme et de violence », s’insurge-t-elle.

« Nous soutenons l’art, et sommes persuadées que la théâtre et la musique jouent un rôle important pour étudier et comprendre les événements mondiaux cruciaux. ‘La Mort de Klighoffer’ ne joue en aucun cas ce rôle. Il présente de fausses équivalences morales hors de leur contexte et ne donne aucun éclairage sur la réalité historique et le meurtre gratuit d’un Juif américain. Il rationalise, romance et légitime le meurtre terroriste de notre père ».

« Klinghoffer » était déjà controversé lors de sa première représentation en 1991 à Bruxelles en Belgique. Quelque temps après, les représentations furent annulées. Les représentations qui devaient avoir eu lieu ont déclenché des manifestations. Le Met espérait que 23 ans après, la fureur se serait dissipée. Bien au contraire.

Le mois dernier, des milliers de manifestants se sont réunis devant le Met lors de la soirée d’ouverture.

Ils scandaient : « Honte au Met » et « Dites non au spectacle » pour protester contre la décision prise par le Met de produire cet opéra.