Des milliers d’Arabes israéliens ont manifesté samedi à Wadi Ara, dans le nord du pays, contre des destructions de maisons par la police, qu’ils accusent d’être responsables de la mort d’un bédouin lors d’une de ces opérations à Umm al-Hiran mercredi dernier.

Brandissant des drapeaux palestiniens, les manifestants demandaient la fin de ce qu’ils affirment être « un racisme autorisé par l’Etat » et du « déploiement excessif des forces de police contre les Arabes ».

Ces manifestations pacifiques ont eu lieu trois jours après de violents affrontements à Umm al-Hiran, qui ont éclaté après qu’un habitant du village a renversé avec sa voiture le policier Erez Levi de 34 ans, entraînant sa mort.

Le conducteur, Yaqoub Mousa Abu al-Qian, a été abattu par la police. Les responsables israéliens ont rapidement affirmé que l’incident mortel était une attaque terroriste.

Mais des habitants du village ont affirmé que cet homme roulait doucement au volant de son véhicule quand des policiers ont tiré sur lui.

Manifestation d'Arabes israéliens contre les démolitions de maison, à Arara, le 21 janvier 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Manifestation d’Arabes israéliens contre les démolitions de maison, à Arara, le 21 janvier 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Selon un reportage diffusé vendredi par la Dixième chaîne, le rapport préliminaire de l’autopsie d’Abu al-Qian indique que l’homme de 47 ans, père de 12 enfants, a pu perdre le contrôle de son véhicule après avoir été blessé au genou par un tir de la police.

Les vidéos de surveillance de la police n’ont pas tranché les questions posées par l’incident mortel.

Les manifestants ont sévèrement critiqué samedi le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres responsables de la sécurité qui ont accusé Abu al-Qian d’être un terroriste islamiste.

« C’est le bon moment pour demander au gouvernement israélien de cesser les démolitions de maisons, parce que poursuivre cette politique ne fera qu’enflammer la situation ici, et les membres de ce gouvernement seront responsables des conséquences », a déclaré au site d’information Ynet Tawfik Mohammaed, habitant d’Arara.

« Il est malheureux que le gouvernement et la police continuent de calomnier la communauté arabe, comme pendant la vague d’incendies quand ils ont arrêté des Arabes accusés d’être des terroristes pyromanes, mais qu’ils les ont finalement tous relâchés. »

Ahmad Tibi, à droite, député de la Liste arabe unie, face aux policiers dans le village bédouin non reconnu d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Ahmad Tibi, à droite, député de la Liste arabe unie, face aux policiers dans le village bédouin non reconnu d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Ahmad Tibi, député de la Liste arabe unie, était présent aux manifestations. Il a juré que la minorité arabe d’Israël ne se soumettrait pas aux politiques du gouvernement Netanyahu définies par les « démolitions et les incitations [à la haine] ».

Tibi a demandé la démission ou le renvoi du ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, et du chef de la police israélienne, Roni Alsheich, en raison de la « campagne d’incitation [à la haine] et de calomnies contre Abu al-Qian et la population arabe en général. »

« Nous voulons un discours fondé sur le droit, pas sur les bulldozers », a déclaré Tibi.

Les avocats de la famille d’Abu al-Qian ont déposé vendredi une requête auprès de la Cour suprême exigeant la restitution de son corps sans conditions préalables.

Selon l’avocat Nadeem Shehadeh, les autorités veulent rendre le corps de nuit à la famille et exigent qu’un nombre limité à 40 ou 50 personnes assistent à l’enterrement et que ce dernier n’ait pas lieu dans le village de la victime mais dans la ville voisine de Hura.

La police a déclaré qu’elle ne rendrait pas le corps avant la fin d’une autopsie et n’a pas confirmé qu’elle posait des conditions à son retour.

Tibi a lui aussi demandé que le corps d’Abu al-Qian soit rendu à sa famille sans conditions préliminaires.

Un sondage publié vendredi a indiqué que la moitié des Arabes israéliens pensent que les démolitions de structures arabes illégales sont motivées par le racisme du gouvernement Netanyahu.

Dov Lieber et l’AFP ont contribué à cet article.