WASHINGTON — Des milliers de Juifs se sont joints aux 500 000 manifestants, selon des estimations, qui se sont rassemblés lors de la Marche des Femmes de Washington pour protester contre les politiques et la rhétorique du nouveau président américain Donald Trump.

La marche, organisée samedi, s’est focalisée sur le repositionnement anticipé de la nouvelle administration sur l’avortement et de plus larges questions comme la discrimination contre les minorités et la préservation des réformes du système de santé de l’ancien Président Barack Obama.

Un certain nombre d’organisations juives figurIENT parmi les partenaires officiels de cette marche.

Les organisateurs, qui attendaient 250 000 personnes, estiment que l’événement en aura attiré finalement quelques 500 000. Encombrant les rues de la ville et le système de métro pendant des heures, le cortège a semblé amenuiser encore la foule qui s’était réunie pour assister à l’investiture de Trump vingt-quatre heures auparavant.

Des cortèges similaires ont été organisés à travers tout le pays et dans le monde entier, attirant, selon les médias, des millions de femmes – ainsi que des milliers d’hommes – simplement désireux de protester contre Trump.

Le Conseil National des femmes juives (NCJW), l’un des partenaires officiels de la manifestation, a réuni au moins mille manifestants de tout le pays à Washington et le Mouvement réformé, qui n’était pas formellement affilié à la marche, a rassemblé plus de mille participants.

Des membres de Bend the Arc et de Jews United for Justice et de l’organisation Truah étaient eux aussi présents dans le cortège.

Le NCJW avait organisé des rassemblements juifs dans les marches qui ont eu lieu dans tous les Etats-Unis, notamment à Boston, New York, Chicago et Los Angeles.

A Washington, des dirigeants laïcs et spirituels ont défilé avec le groupe en entonnant de manière impromptue des chants religieux comme Oseh Shalom (« Fabriquant de paix ») et Hineh Ma Tov (« Que c’est bon »), mais également des chansons américaines de protestation dont « If I had a hammer » et « We shall overcome », attirant autour d’eux une foule de plus en plus compacte.

La directrice-générale du NCJW Nancy Kaufman a expliqué que son association avait aidé à définir le ton et le message général de la protestation. « Nous avons aidé à déterminer le contenu de ce message », a-t-elle expliqué.

Kaufman a indiqué que le NCJW avait pensé qu’il était important pour les Juifs d’être représentés à la marche par les organisations communautaires et pas simplement en tant que participants individuels. « Nous avons une vision : nous voulons que la communauté marche ensemble et en tant que Juifs », a-t-elle expliqué.

Des manifestantes de l'Upper West Side à New-York arrivent à la marche des femmes anti-Trump à Washington, le 21 janvier 2017 (Crédit : Jeffrey Singerman)

Des manifestantes de l’Upper West Side à New-York arrivent à la marche des femmes anti-Trump à Washington, le 21 janvier 2017 (Crédit : Jeffrey Singerman)

La rabbin Jill Jacobs, qui dirige Truah, un groupe rabbinique de défense des droits de l’Homme, a indiqué que la marche était l’opportunité pour les Juifs d’exprimer leur identification avec d’autres communautés rendues vulnérables par la croissance d’une rhétorique bigote apparue pendant les élections.

« Comme nous l’avons vu avec la hausse de l’antisémitisme, nous sommes encore vulnérables en tant que communauté, a-t-elle dit. Nous avons incontestablement un accès à la société, nous sommes parvenus à nous intégrer, mais nous sommes vulnérables, nous devons quitter notre place privilégiée et rejoindre le mouvement de libération. »

Parmi les manifestantes à la tête du mouvement, Gloria Steinem, fondatrice du Mouvement féministe américain moderne, Randi Weingarten, présidente de la Fédération américaine des enseignants et Ilyse Hogue, qui dirige le groupe NARAL, une organisation de défense du droit à l’avortement.

La rabbin Sharon Brous, qui a fondé et dirigé Ikar, une congrégation basée à Los Angeles, s’est exprimée parmi d’autres célébrités juives dont Scarlett Johansson et Patricia Arquette.

La rhétorique de Trump pendant sa campagne a été largement dénoncée lors de cette marche ainsi que les commentaires désobligeants en direction des femmes que le nouveau président a pu faire au cours de ses carrières d’animateur et de magnat de l’immobilier.

Des dizaines de milliers de manifestantes arboraient des chapeaux en forme d’oreilles de chat, une référence à un enregistrement audio de 2006 et révélé pendant les élections où Trump se vantait devant un collègue du milieu de la télé-réalité d’avoir agressé des femmes en les saisissant par les parties les plus intimes de leur corps.

Il avait démenti plus tard ces agressions, même si un certain nombre de femmes avaient fait savoir qu’elles avaient en effet subi cette expérience.

« Pussy grabs back », (la revanche de la chatte), illustrée par des chats au regard vicieux, a été l’une des pancartes stars de la manifestation.

Le ton des affiches juives a été plus feutré. Les manifestantes du NCJW ont brandi des panneaux attestant que « les Juifs soutiennent les droits des femmes et les droits de l’homme ». Du côté du mouvement réformé, des affiches clamant « faites la justice, aimez la miséricorde, marchez avec fierté ».

Deux groupes juifs libéraux – les organisations Jews United for Justice et Truah – ont rejoint Sixth and I, une synagogue du centre-ville, pour organiser des services religieux et des conférences pour ceux qui venaient de l’extérieur de la ville.

Les services religieux de la soirée du vendredi ont fait salle comble, remplissant les 500 sièges de la synagogue historique.

Trump, pour sa part, a assisté au service multiconfessionnel de la cathédrale nationale qui se déroule habituellement vingt-quatre heures après l’investiture. Etaient présents deux religieux juifs : le rabbin Fred Raskind du Temple Bet Yam de St. Augustine, en Floride, et le chantre Mikhail Manevich, de la Washington Hebrew Congregation, voisine de la cathédrale, qui a chanté la prière Ve’Ahavta.

Trump s’est démarqué de la tradition en réclamant que les religieux ne fassent que des prières et non des sermons. Le rabbin Marvin Hier du Centre Simon Wiesenthal de Los Angeles figurait parmi les religieux qui ont fait une bénédiction lors de l’investiture de Trump sur les marches du Capitole vendredi.