Des milliers de Libanais arméniens ont commémoré vendredi au nord de Beyrouth le centenaire du massacre de 1915, tandis qu’à Tripoli, la grande ville du nord à majorité musulmane, des drapeaux turcs ont été accrochés « en solidarité » avec Ankara, selon un correspondant de l’AFP.

« 100 ans d’impunité, Turquie criminelle » pouvait-on lire sur les pancartes portées par la foule qui a défilé du catholicossat arménien à Antélias à Bourj Hammoud, un des foyers de la communauté arménienne au Liban, estimée à 4% de la population.

« Génocide arménien 2015, la vérité triomphera », ou encore « Never forget, never forgive (Ne jamais oublier, ne jamais pardonner) » lisait-on également sur de nombreuses autres pancartes visibles dans la marée humaine qui a défilé le long d’une autoroute sous protection de l’armée et de la police.

Des jeunes ont également orné leurs cheveux ou leurs T-shirts d’un myosotis, la fleur du souvenir.

« Mon grand-père avait quatre ans quand il a échappé au génocide », raconte à l’AFP Rafi Isaakian, un arménien de 69 ans de Beyrouth. « Nous sommes là pour nous souvenir des 1,5 million d’Arméniens qui ont péri ».

« Je dis à mes petits-enfants de ne jamais oublier la cause arménienne. Nous devons recouvrer nos droits, il faut qu’ils (les Turcs) reconnaissent le génocide », affirme un autre homme, venu comme beaucoup d’autres avec ses enfants.

Le ministre libanais de l’Education avait décrété la fermeture de toutes les écoles du Liban, provoquant l’ire de certains milieux musulmans et islamistes.

A Tripoli, des drapeaux turcs ont été accrochés devant les magasins, sur les balcons des maisons et même sur les voitures en solidarité avec la Turquie, notamment dans les souks, a constaté le correspondant de l’AFP.

Le président de l’association d’amitié libano-turque, Zaher Sultan, a affirmé à l’AFP avoir distribué 10 000 drapeaux turcs dans la ville « en solidarité avec la Turquie et réponse aux accusations formulées à son égard » concernant le massacre.

Le bureau du mufti de Tripoli a critiqué de son côté la décision de fermeture d’écoles, estimant que la question du génocide était controversée et il ne fallait pas que le « Liban prenne partie ».

Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique entre 1915 et 1917, pendant les dernières années de l’Empire ottoman, et une vingtaine de pays ont reconnu qu’il s’agissait là d’un génocide.

La Turquie récuse ce terme et évoque pour sa part une guerre civile en Anatolie, doublée d’une famine, dans laquelle 300 000 à 500 000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.