Les Palestiniens ont afflué par milliers à Ramallah aux funérailles d’un de leurs hauts responsables, Ziad Abou Eïn, mort mercredi à la suite de heurts avec les soldats israéliens.

La foule d’anonymes et d’officiels a accompagné la dépouille de Ziad Abou Eïn jusqu’au cimetière de Ramallah où elle a été inhumée aux cris de « Nous te vengerons avec notre propre sang, Dieu est le plus grand ! » et « Nous poursuivons ton combat ».

Auparavant, ils s’étaient pressés à la Mouqataa, le siège de l’Autorité palestinienne, pour se recueillir devant le cercueil recouvert du drapeau palestinien. « Vengeance », scandaient certains, d’autres proclamant : « Ton sang n’aura pas été versé en vain » tandis que les haut-parleurs diffusaient des chants patriotiques.

Le président de l’AP Mahmoud Abbas a décrété trois jours de deuil. Les écoles et les commerces étaient fermés et les murs de la ville recouverts de portraits de l’homme.

Ziad Abou Eïn, 55 ans, ancien vice-ministre du parti nationaliste laïc Fatah et ancien prisonnier des Israéliens qui a été échangé dans le cadre d’un échange de prisonniers. Il a été responsable d’un attentat qui a tué deux adolescents israéliens.

Il est mort mercredi alors qu’il participait à une manifestation qui se voulait pacifique contre la « colonisation israélienne » en Cisjordanie.

Les manifestants ont été arrêtés par un barrage de soldats israéliens dont certains ont repoussé brutalement Ziad Abou Eïn l’empoignant au col et à la gorge.

Des images montrent une empoignade confuse et véhémente, et sur une vidéo on peut voir une bombe lacrymogène exploser au pied du responsable palestinien, qui semble ensuite respirer à grande peine. Quelque minutes après, il s’affaisse en se tenant la poitrine.

Enterrement de Ziad Abou Eïn à Ramallah, sa famille aux côtés de Mahmoud Abbas  - 11 décembre 2014 AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI

Enterrement de Ziad Abou Eïn à Ramallah, sa famille aux côtés de Mahmoud Abbas – 11 décembre 2014 AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI

Des renforts de troupes israéliens

Le porte-parole du gouvernement palestinien Ehab Bessaiso, se fondant sur l’autopsie, a parlé de « meurtre » dont Israël est tenu pour « entièrement responsable ». Sur la foi de la même autopsie, Israël évoque un accident cardiaque peut-être causé par le stress chez un homme ayant déjà des antécédents cardiaques.

Dans un climat de tensions déjà vives depuis l’été entre Palestiniens et Israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, cet évènement fait redouter un nouvel accès de violences.

L’armée israélienne a annoncé avoir déployé en Cisjordanie deux bataillons de soldats et deux compagnies de garde-frontières. Le risque pourrait être particulièrement élevé vendredi, jour de la grande prière musulmane hebdomadaire, souvent suivie de manifestations.

La mort de Ziad Abou Eïn a immédiatement soulevé la question capitale de la poursuite de la coopération entre l’Autorité palestinienne et Israël en matière de sécurité.

Les dirigeants palestiniens ont discuté d’une telle éventualité mercredi soir, a dit à l’AFP un responsable, Wassel Abou Youssef, selon qui une décision sera annoncée vendredi soir. Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a lui affirmé que toutes les options étaient sur la table.

« Agir de manière responsable »

Israël s’est employé à l’apaisement. Le ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon, a dit « regretter » la mort du responsable palestinien tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a adressé à l’Autorité palestinienne un message assurant qu’Israël mènerait l’enquête sur son décès. Il a affirmé la nécessité de « calmer les choses et d’agir de manière responsable ».

Les responsables israéliens ont souligné que la coopération sécuritaire était « de l’intérêt d’Israël, mais aussi de l’Autorité palestinienne », le vice-ministre israélien des Affaires étrangères Tzahi Hanegbi, disant « espérer que cette considération sera plus forte que la tentation d’enflammer les esprits ».

La mort de Ziad Abou Eïn est survenue dans une situation très tendue, Jérusalem-Est a été le théâtre depuis l’été d’une flambée de violences qui ont fait au moins 18 morts.

Les perspectives de reprise des efforts diplomatiques pour résoudre le conflit ont rarement paru plus sombres. Elles sont rendues encore plus incertaines avec l’annonce récente de législatives anticipées en mars en Israël.

Avec la mort de Ziad Abou Eïn, Israël se retrouve sous pression internationale tandis que l’Autorité palestinienne poursuit ses efforts au Conseil de sécurité des Nations unies avec l’espoir d’un vote avant Noël sur une résolution qui fixerait un terme à la présence israélienne en Cisjordanie.