Plusieurs milliers de personnes ont participé samedi soir à Tel Aviv à un rassemblement pour protester contre les récents appels à la violence contre le chef d’Etat-major de l’armée israélienne et les membres du tribunal militaire qui ont jugé le sergent Elor Azaria coupable d’homicide la semaine dernière.

Le rassemblement avait été lancé par Ziv Shilon, un officier de l’armée israélienne qui a perdu un bras dans une explosion dans la bande de Gaza, en 2012. Il a écrit la semaine dernière un émouvant post publié sur Facebook, qui condamnait la radicalisation du discours entourant l’affaire profondément clivante.

La police a estimé qu’environ 3 000 personnes étaient présentes sur la place Rabin de Tel Aviv.

Isaac Herzog, le dirigeant de l’Union sioniste, Yair Lapid, président de Yesh Atid, et les familles de trois adolescents israéliens enlevés et assassinés en Cisjordanie en 2014, Gil-ad Shaar, Eyal Yifrach et Naftali Fraenkel, étaient notamment présents.

Le député du Likud Yehuda Glick s’est exprimé pendant le rassemblement. Il a appelé à « l’amour inconditionnel » et au « respect des opinions de tout le spectre politique ».

Manifestation contre la haine et la violence sur la place Rabin de Tel Aviv, le 7 janvier 2015. (Crédit : Dr. Micha Breakstone)

Manifestation contre la haine et la violence sur la place Rabin de Tel Aviv, le 7 janvier 2015. (Crédit : Dr. Micha Breakstone)

Sur Facebook, Shilon avait écrit que « Moi, qui n’ai pas pleuré à des moments durs que je ne souhaite à personne, je n’ai pu aujourd’hui retenir mes larmes. »

Shilon a déclaré qu’il avait le sentiment que les Israéliens étaient désespérés. « Mon père de 70 ans s’est assis dans le salon à côté de moi et m’a dit ‘je n’ai jamais vu tant de haine dans le pays de toute ma vie’. »

« J’ai pleuré pour les mains que j’ai laissées à Gaza et je me suis demandé, peut-être pour la première fois, s’il valait la peine de se battre pour un peuple qui se hait ? »

Shilon a alors promis de venir place Rabin samedi soir « avec un grand panneau appelant à la solidarité et à l’amour mutuel […] même si je dois le faire seul. »

« Ce soir, de droite, du centre ou de gauche, nous sommes ensemble », a-t-il également écrit.

Capt. Ziv Shilon, who lost an arm in a Gaza border bombing, recovers in hospital (photo credit: image capture from Channel 10)

Le capitaine Ziv Shilon, qui a perdu un bras dans une l’explosion d’une bombe à la frontière de la bande de Gaza en 2012. (Crédit : capture d’écran Dixième chaîne)

Herzog avait également appelé les Israéliens à venir au rassemblement. « Nous devons tous y aller ce soir pour lancer un appel clair et sans équivoque à l’arrêt de la folie et de la ferveur, et à la restauration d’un esprit sain et de la tolérance dans ce pays », a écrit Herzog sur Facebook.

Après le verdict de culpabilité d’homicide d’Azaria mercredi, pour avoir tué un terroriste palestinien blessé et neutralisé à Hébron en mars dernier, beaucoup de politiques ont demandé que le soldat de 19 ans soit gracié. L’affaire a profondément divisé le pays.

Suite à la forte condamnation des actes d’Azaria par le gratin militaire, dont le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot et le ministre de la Défense de l’époque Moshe Yaalon, des partisans d’extrême-droite et certains politiques ont accusé l’establishment militaire d’abandonner l’un des siens.

Le verdict a également entraîné des menaces contre la juge militaire Maya Heller, qui présidait le tribunal qui a jugé Azaria coupable.

La sécurité de la colonel Heller et des deux autres juges du jury, les lieutenants colonels Carmel Wahabi et Yaron Sitbo, a été renforcée mercredi, après des milliers de messages de menaces de violence contre eux publiés sur les réseaux sociaux.

Jeudi, le procureur général Avichai Mandelblit a ordonné à la police de lancer une enquête sur un groupe de manifestants qui ont été filmés en train de menacer Eizenkot après le verdict d’Azaria.

Les partisans d'Elor Azaria, le soldat israélien jugé coupable d'homicide pour avoir abattu un terroriste palestinien neutralisé à Hébron, devant la cour militaire de Tel Aviv pendant le prononcé du verdict, le 4 janvier 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Les partisans d’Elor Azaria, le soldat israélien jugé coupable d’homicide pour avoir abattu un terroriste palestinien neutralisé à Hébron, devant la cour militaire de Tel Aviv pendant le prononcé du verdict, le 4 janvier 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des manifestants ont verbalement attaqué Eizenkot devant les quartiers généraux de l’armée à Tel Aviv, la Kirya, où le verdit d’Azaria a été prononcé, criant des slogans comme « Gadi, sois prudent, Rabin cherche un ami ». Ce slogan fait référence à l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, qui a été assassiné par un extrémiste de droite en 1995.

La police a également arrêté deux personnes soupçonnées d’avoir appelé à des attaques contre les juges. Elles ont toutes les deux été assignées à domicile jeudi, à condition de rester éloignées des réseaux sociaux et d’Heller.

Selon Vigo, une entreprise de suivi des réseaux sociaux, en plus des slogans criés au procès, quelque 2 500 posts publiés entre le verdict et jeudi après-midi menaçaient Eizenkot.

Selon le président de la Knesset, Yuli Edelstein, un grand nombre de responsables ont aussi été la cible de menaces en ligne.

L’AFP a contribué à cet article.