Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées samedi soir devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem contre le projet de loi d' »Etat juif » proposé par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le projet de loi, s’il devient loi, consacrerait Israël comme Etat-nation juif et garantirait l’autodétermination nationale et des droits individuels aux Juifs, et seulement des droits individuels aux citoyens non juifs.

Avec des sondages montrant que le Likud de Netanyahu et d’autres partis de droite bénéficient du soutien de la majorité des électeurs israéliens, un sentiment d’urgence a contraint les travaillistes, Meretz, Hadash et l’ONG La Paix maintenant à sortir protester contre le projet de loi « Etat juif », et contre les récents appels de politiciens et militants de droite à changer le statu quo sur le mont du Temple.

« Je suis sceptique sur la force de la gauche, c’est pourquoi j’ai senti que je devais venir ce soir », a déclaré Sharon Rosenfelder de Jérusalem.

« Je ne suis pas sûre que nous puissions changer quelque chose, mais nous devons continuer d’essayer. Rester chez soi n’aide pas à quoi que ce soit », a déclaré la résidente de Jérusalem Hila Peleg, qui assistait à la manifestation avec son mari et ses jeunes enfants. « Israël est à la lisière. C’est notre chance d’opérer un changement », dit-elle.

L’impression de Peleg selon laquelle c’est une situation « ça passe ou ça casse » pour la gauche, et pour le pays dans son ensemble, a été relayée par un grand nombre d’orateurs.

« C’est maintenant notre grand test », a déclaré l’ancien chef du Meretz, Yossi Sarid. « Si nous nous dressons ensemble, la gauche se renforcera. Sinon, la gauche disparaîtra. »

« Si Israël n’est pas démocratique, il ne continuera tout simplement pas à exister », a-t-il ajouté.
Selon Sarid, ancien ministre de l’Education, l’heure n’est pas à la modération. Avec le brusque virage à droite du gouvernement, la gauche doit pencher encore plus dans cette direction comme un contrepoids.

Dans un discours passionné, le député Meretz Issawi Freij a parlé de discrimination de facto dont lui et d’autres Arabes israéliens souffrent, et de sa colère si Netanyahu transformait cette discrimination en loi.

« Au moins, nous nous accrochions à l’espoir d’égalité inscrit dans la Déclaration d’Indépendance. Bibi nous dépouille de cet espoir », a scandé Freij, utilisant le surnom de Netanyahu.

« Après s’en être pris aux Arabes, Bibi s’en prendra à vous aussi. La loi de l’‘Etat juif’ est un feu vert au fascisme », a averti Freij, s’adressant aux gauchistes de la foule.

Freij n’était pas le seul orateur à faire des critiques acerbes et menaçantes à Netanyahu.

L’ancien directeur du Shin Bet Carmi Gillon a averti que, ensemble, la loi de l’ »Etat juif » et la tentative de modifier le statu quo sur le mont du Temple pourraient détruire l’Etat d’Israël.

« La première dévorera l’Etat comme un cancer, et la seconde déclenchera l’Armageddon, une guerre des Musulmans contre tous les Juifs, dont Israël est le responsable », a déclaré Gillon.

La chef du Meretz Zehava Gal-On a souligné que le rassemblement avait lieu le 29 novembre, au 67e anniversaire du vote des Nations unies pour la partition de la Palestine mandataire, qui a conduit à la création d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique.

Tandis qu’elle déclarait que Jérusalem était assise sur un baril de poudre et que Premier ministre menait le pays vers une guerre de religion, la rumeur se répandait à travers la foule que l’école bilingue (hébreu et arabe) Yad Beyad de Jérusalem avait été incendiée et couverte de graffitis anti-arabes.

La députée Meretz Tamar Zandberg a affirmé que, contrairement à l’impression générale, le pays ne penche pas à droite. La loi de l’« Etat juif » et les autres lois de droite proposées par le gouvernement Netanyahu sont juste un écran de fumée, un stratagème cynique d’un Premier ministre sous pression pour conclure des affaires de coalition avec les partis de droite afin de rester au pouvoir, a-t-elle dit.

« Le gouvernement de droite vit sa dernière heure », a proclamé Zandberg à la foule qui scandait encore et encore « Bibi, rentre à la maison ! »

Hila Peleg est réaliste sur les chances de Netanyahu de quitter la résidence du Premier ministre.
« A moins qu’un vrai leader ne se lève et conduise Israël, les choses ne changeront pas », dit-elle.
Et qui pourrait être ce leader ?

De l’avis de Peleg, pas forcément une personnalité de gauche. Elle aimerait voir la ministre de la Justice Tzipi Livni, de parti centriste Hatnua, prendre les rênes.

« Si elle était sérieuse, s’en tenait à ses convictions et principes et ne jouait pas des jeux politiques, ce pourrait être elle, » dit Peleg.