Les nations arabes rejoignent Israël, se déclarant, dans des entretiens privés, préoccupées des détails d’un accord nucléaire international avec l’Iran, mené par les Etats-Unis, rapporte le Wall Street Journal samedi.

Si les responsables arabes ont pris soin de ne pas officiellement s’allier avec Israël dans leurs positions, leurs inquiétudes sur la possibilité d’un Téhéran doté de l’arme nucléaire sont en fait similaires à celles de Jérusalem, et tout aussi pessimistes, selon le rapport.

Les dirigeants d’Etats sunnites comme l’Egypte, le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite craignent qu’un mauvais accord avec Téhéran lui permette, avec la levée des sanctions, de devenir un Etat de seuil nucléaire, selon le WSJ. Selon eux, il pourrait également conduire à une course régionale aux armements nucléaires.

« A ce stade, nous préférons un effondrement du processus diplomatique à un mauvais accord », a déclaré une source d’une nation arabe, restée anonyme dans l’article.

Des responsables arabes auraient également débattu avec Washington de la possibilité d’être placés sous son « parapluie nucléaire » – un engagement à prendre des mesures militaires, même nucléaires, pour protéger un État allié dans certaines circonstances.

L’article du WSJ a été publié dans le contexte d’une prochaine rencontre entre le président américain Barack Obama et le dirigeant du Qatar, l’Emir Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, pour traiter des préoccupations communes en matière de stabilité et de prospérité au Moyen-Orient.

Obama a refusé de rencontrer le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de sa visite à Washington début mars, citant la proximité du voyage avec les élections israéliennes du 17 mars.

Netanyahu a déclaré vendredi qu’un rapport critique de l’ONU sur un Iran resté évasif sur son programme nucléaire était une nouvelle preuve que la communauté internationale doit reconsidérer la direction de ses négociations avec Téhéran.

« Le rapport de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) démontre de nouveau que l’Iran refuse de jouer franc jeu avec la communauté internationale sur ses perspectives de production d’armes nucléaires », a déclaré Netanyahu.

Les puissances mondiales ne devraient pas « courtiser l’Iran pour aboutir à un accord » qui lui permettrait de poursuivre l’enrichissement d’uranium, a-t-il dit.

Le rapport de l’AIEA déclare que Téhéran est restée évasive et ambiguë dans ses liens avec l’agence de surveillance nucléaire de l’ONU, empêchant l’organisation d’effectuer une évaluation approfondie de son programme nucléaire.

Les États-Unis et cinq autres puissances insistent pour que Téhéran coopère pleinement avec l’enquête de l’AIEA pour tout accord nucléaire qui allègerait les sanctions iraniennes.

« L’Iran n’a pas fourni toutes les explications », selon une copie confidentielle du rapport de l’AIEA obtenu par l’Associated Press. L’agence souligne toutefois que l’Iran respecte son engagement à réduire temporairement ses activités atomiques.

Netanyahu a déclaré jeudi qu’il connaît les détails de l’accord, demandant « Qu’y a-t-il à cacher ? ». En effet, l’administration Obama a reconnu publiquement qu’elle dissimule à Israël certains détails de l’accord, craignant qu’il diffuse des informations sensibles pour faire échouer les pourparlers.

« Nous savons que Téhéran connaît les détails des pourparlers. Maintenant, je vous dis qu’Israël a également connaissance des détails de l’accord proposé », a déclaré Netanyahu.

« Je pense que c’est un mauvais accord, dangereux pour l’Etat d’Israël, et pas seulement pour lui. »

La porte-parole du Département d’Etat américain Jen Psaki a contesté jeudi la demande de Netanyahu de connaître les détails des pourparlers. « Alors le fait est qu’il en sait plus que les négociateurs, car il n’y a toujours pas d’accord », dit-elle.

« De toute évidence, s’il y a un accord, nous l’expliquerons, et pourquoi et comment il empêche l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Et si c’est le cas et que nous arrivons à un accord, difficile de voir comment quiconque peut considérer qu’il ne bénéficierait pas à la communauté internationale. »

Israël considère un Iran nucléaire comme une menace pour son existence même, citant les appels répétés de Téhéran à la destruction d’Israël, son programme de missiles de longue portée et de son soutien aux groupes terroristes anti-israéliens comme le Hezbollah au Liban. L’Iran maintient que son programme nucléaire a des objectifs purement civils.

Le conseiller de sécurité nationale de Netanyahu, Yossi Cohen, se trouve à Washington pour des entretiens avec de hauts responsables américains, malgré les tensions entre les alliés.

Mercredi, il a rencontré la principale négociatrice d’Obama, Wendy Sherman, et Kerry a fait une irruption imprévue dans la rencontre, manifestement pour indiquer que la communication entre les deux dirigeants se poursuivait à une importante échelle.

De hauts responsables nucléaires iraniens et américains ont rejoint les pourparlers entre les sept nations samedi, pour aider à résoudre les différends techniques.

Samedi, le responsable iranien de l’énergie atomique Ali Akbar Salehi et le secrétaire américain de l’Energie Ernest Moniz se sont également joints à la réunion.

Selon les responsables occidentaux, les États-Unis ont décidé d’envoyer Moniz seulement après l’annonce de l’arrivée de Salehi. Pourtant, leur présence pourrait améliorer les chances d’un accord, accélérant la résolution de détails techniques complexes.

Les sujets à l’ordre du jour : le nombre de centrifugeuses pouvant enrichir de l’uranium ; le nombre de matériaux enrichis pouvant être stockés ; la recherche et développement ; un réacteur à eau lourde qui pourrait produire des quantités importantes de plutonium – comme de l’uranium enrichi, qui pourrait déboucher sur un armement nucléaire.

L’AP et l’AFP ont contribué à cet article.