Alors que les tensions sont au plus haut entre les autorités et la population bédouine d’Israël, plusieurs anciens policiers bédouins ont accusé le département de la police du sud de racisme systématisé, notamment dans le comportement de leurs collègues et commandants.

Deux policiers qui ont récemment été renvoyés des forces de police ont déclaré dimanche à la Deuxième chaîne que le racisme était responsable de leur renvoi par le commandant par intérim du département de la police de Netivot.

Un ancien policier, identifié comme « A. », a servi la police pendant 11 ans avant d’être récemment renvoyé, ses commandants affirmant qu’il n’était pas apte au devoir.

A., natif de la ville bédouine de Rahat, a déclaré à la Deuxième chaîne qu’il rêvait de servir l’Etat dans la police depuis son enfance. Il a reçu des citations pour service exemplaire pendant qu’il était dans l’armée israélienne et quand il était policier, selon la chaîne.

L’ancien policier a déclaré que ses subordonnés juifs avaient plusieurs fois parlé de lui comme du « Bédouin puant » et avec d’autres insultes. « Ils l’ont dit juste à côté des officiers, et les officiers n’ont rien fait », a-t-il déclaré.

Et le commandant par intérim, a-t-il affirmé, l’a traité lui et d’autres policiers bédouins avec brutalité, et a finalement demandé leur renvoi.

Police israélienne. Illustration. (Crédit : Moti Karelitz/Flash90)

Police israélienne. Illustration. (Crédit : Moti Karelitz/Flash90)

« Je ne peux pas croire que l’Etat, ou la police, m’ait fait ça à moi. C’est une trahison, a-t-il déclaré. Disons-le ainsi : ils n’auraient pas fait ça à des flics juifs. J’ai été renvoyé pour des raisons totalement illégitimes, à cause du racisme. Parce que je suis Bédouin. Alors pourquoi m’avoir recruté ? Après 11 ans, d’un coup, je ne suis plus apte ? »

Semblant renforcer les accusations de A., un message envoyé par le commandant par intérim à un autre policier juif du département, qui a été obtenu par la Deuxième chaîne, rejette catégoriquement l’idée de faire venir un autre policier bédouin au département.

« Un autre Bédouin au poste est une très mauvaise idée », a écrit le commandant, ajoutant ensuite ce qui semble être une blague : « commencez à enrôler des juifs, ou je vous vire. »

Le même policier juif qui a reçu ce message a affirmé que le commandant lui avait également dit pendant une conversation que « je ne veux pas faire venir des Bédouins dans la police. Tout ce qu’ils savent faire, c’est b*iser des femmes juives et ils ne font rien d’autre que des problèmes. »

Un autre policier bédouin récemment renvoyé a déclaré à la Deuxième chaîne que le commandant avait quelque chose contre les membres de la communauté bédouine. Il a lui aussi accusé les comportements racistes d’être responsables de son renvoi.

La ville bédouine de Rahat, dans le sud d'Israël, en octobre 2010. Illustration. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

La ville bédouine de Rahat, dans le sud d’Israël, en octobre 2010. Illustration. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

La police a déclaré à la Deuxième chaîne qu’elle enquêtait sur les accusations contre le commandant par intérim.

Elle a cependant rejeté « toute tentative de lier les accusations contre l’officier et la décision de renvoyer les deux policiers, qui a été prise en raison de problèmes comportementaux et fonctionnels sérieux. »

La police a ajouté qu’elle avait fait des « efforts exceptionnels pour enrôler des policiers musulmans dans les forces [de l’ordre] l’année dernière. » Un tel effort, a-t-elle affirmé, « est incompatible avec les [accusations de] comportement raciste. Les déclarations racistes contre une quelconque partie de la population n’ont pas de place dans la police israélienne et sont totalement opposées aux valeurs de la police. »

Erez Levi, policier de 34 ans, a été tué dans une attaque à la voiture bélier dans le village bédouin d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)

Erez Levi, policier de 34 ans, a été tué dans une attaque à la voiture bélier dans le village bédouin d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)

Les accusations ont déclenché des tensions supplémentaires entre les autorités et la communauté bédouine, après un profond désaccord sur un incident survenu ce mois-ci dans le village non reconnu d’Umm al-Hiran.

Un véhicule conduit par un habitant du village a renversé des policiers, déployés pour superviser la démolition ordonnée par la cour de maisons, et a tué le premier sergent Erez Levi, 34 ans, père de deux enfants qui habitant à Yavneh.

Les autorités ont affirmé qu’il s’agissait d’un attentat terroriste et que le conducteur, Ayoub Moussa Abu al-Qian, 47 ans, enseignant et père de 12 enfants, était lié à l’islam radical.

Les proches d’Abu al-Qian ont souligné qu’il n’était pas un attaquant, et qu’il ne contrôlait pas son véhicule au moment où celui-ci a renversé les policiers. Il a été abattu par la police.

Yaqoub Mousa Abu al-Qian (Crédit : autorisation)

Yaqoub Mousa Abu al-Qian (Crédit : autorisation)

Une vidéo fournie par la police semble montrer des policiers tirant sur lui avant que le véhicule n’accélère vers les policiers.

Dans les jours qui ont suivi l’incident, des manifestations ont été organisées par la communauté arabe israélienne pour protester contre la mort d’Abu al-Qian et la discrimination qui empêcherait les membres de la communauté d’obtenir des permis de construire.