Dimanche soir, sur la pelouse de la maison du ministre des Transports Yisrael Katz dans la petite ville de Kfar Achim près d’Ashdod, ce sont près de 2 000 personnes qui se sont réunies pour manger des hamburgers et serrer des mains.

Chaque année, pendant Souccot, Yisrael Katz organise un rassemblement similaire, présenté comme « ouvert au public » mais en fait presque entièrement composé de fidèles du Likud. Et chaque année, Katz utilise l’événement comme une plate-forme pour renforcer sa position dans l’appareil du parti.

« Je pense que le Likud a besoin d’être préparé à toute éventualité » a déclaré Katz lors du meeting. « La coalition s’est sortie de la crise budgétaire [la lutte au cours des dernières semaines entre Netanyahu et Lapid sur le budget 2015 de l’Etat] mais il faut être prêt. Je suppose qu’après la fête, il y aura une date fixée pour une réunion du Comité central du Likud, afin de choisir le futur candidat au poste de Premier ministre. »

Yisrael Katz, le puissant ministre des Transports, numéro 5 sur la liste du parti, et président du secrétariat du Likud a donc appelé ouvertement à la tenue de primaires.

Le ministre des Transports Yisrael Katz (à gauche), le ministre des Finances Yair Lapid (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Crédit : Noam Revkin Fenton/FLASH90)

Le ministre des Transports Yisrael Katz (à gauche), le ministre des Finances Yair Lapid (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Crédit : Noam Revkin Fenton/FLASH90)

Katz s’est tenu aux côtés de Netanyahu au cours de la dernière année, il s’est aussi employé au sein du Comité central du Likud à le priver d’une partie de son contrôle sur les institutions du parti. L’appel public de Katz pour les primaires aurait pu être un défi lancé à Netanyahu, mais il a probablement été donné au moins avec son accord.

Ce n’est un secret pour personne que Netanyahu cherche à monter les primaires du parti, qui sont nécessaires avant que le parti ne participe à la prochaine élection nationale. Mais l’objectif à atteindre n’est pas vraiment clair.

Cette décision a suscité une fiévreuse spéculation dans les médias israéliens selon laquelle Netanyahu pourrait préparer des élections anticipées – et qu’au lieu de tenir jusqu’aux prochaines élections à la fin de 2017, la Knesset actuelle pourrait bientôt être dissoute et des élections se profiler dès le printemps.

Netanyahu est habile dans les manœuvres politiques, et peut faire beaucoup de choses à la fois en accélérant les primaires. Mais un examen attentif de l’état de délabrement du parti au pouvoir suggère aussi que le chef de l’exécutif va davantage se fixer sur les défis au sein de son parti plutôt que vers ses compétiteurs à l’extérieur.

Le moment est délicat pour le Likud. Netanyahu mène dans les sondages nationaux ; il est clairement inattaquable en tant que chef du parti au pouvoir. Il a apporté de la stabilité, mais au prix du renouvellement. Les « princes », ceux qui ont vu leur popularité grimper, en particulier l’ancien ministre de la Communication, Moshe Kahlon, et le ministre de l’Intérieur sortant Gideon Saar, ont tous deux quitté les premiers rangs du parti au zénith de leur popularité. Dans certains cas, ils ont contesté les choix de leur ancienne formation politique.

Le ministre de l'Intérieur Gideon Sa’ar alors de la conférence de presse annonçant sa démission de son poste et de la Knesset pour faire un "break", le 17 septembre 2014 (Crédit : Flash90)

Le ministre de l’Intérieur Gideon Saar alors de la conférence de presse annonçant sa démission de son poste et de la Knesset pour faire un « break », le 17 septembre 2014 (Crédit : Flash90)

Netanyahu est également confronté à une agitation sur son aile droite, avec des députés comme Moshe Feiglin, Danny Danon et Miri Regev qui estiment que la popularité du parti devrait être mise à profit pour faire avancer un programme davantage nationaliste. Et le Premier ministre croit aussi que sa popularité est aussi écornée par cet excès de zèle rhétorique.

A la Knesset, l’empreinte du Likud est en baisse de façon alarmante. Avec le départ imminent de Saar dans les prochains jours, la faction sous le contrôle de Netanyahu s’est effondrée dans la liste de 31 places qu’il partageait avec Israël Beytenu en passant à 18 sièges, soit moins que Yesh Atid.

Les « princes », ceux qui ont vu leur popularité grimper, en particulier Moshe Kahlon et Gideon Saar, ont tous deux quitté les premiers rangs du parti au zénith de leur popularité

Cette baisse survient à un mauvais moment pour Netanyahu. La Knesset sera de retour de son congé d’été le 22 octobre pour une session qui verra plusieurs votes critiques – le premier d’entre eux étant le budget 2015 – pour laquelle le Premier ministre aura besoin de tous les soutiens qu’il peut obtenir.

Le départ de Saar, n°2 du Likud lors des dernières primaires, a ouvert le puissant poste de ministre de l’Intérieur. Netanyahu l’a offert au ministre de la Communication Gilad Erdan, un homme capable et populaire, n°3 sur la liste de la Knesset, mais aussi un homme que Netanyahu tient à garder sous son aile ne serait-ce que pour endiguer l’hémorragie des talents ayant quitté son parti.

D’où une lutte acharnée en cours… pour le ministère de la Communication. Au moins trois députés estiment qu’ils sont dans la course pour ce poste : Gila Gamliel, Yariv Levin et Ofir Akunis. Tous trois sont considérés comme des alliés proches du Premier ministre.

Ofir Akunis (Crédit : CC-BY-SA Shay Hayak/Wikipedia)

Ofir Akunis (Crédit : CC-BY-SA Shay Hayak/Wikipedia)

Netanyahu ne peut se permettre de prendre trop de risques quant à la loyauté des députés déçus du Likud, mais il est difficile de voir comment il pourrait éviter de le faire.

« Nous allons attendre quelques jours patiemment, » a affirmé cette semaine à la radio Ofir Akunis, l’ancien porte-parole de Netanyahu. « Je suis sûr que le Premier ministre prendra la meilleure décision possible et nommera les candidats les plus adaptés aux postes ministériels, » a-t-il dit, magnanime, avant de souligner qu’il était resté fidèle au Premier ministre dans les « jours sombres » de 2006, quand la scission entre le Likud et Kadima avait conduit à l’effondrement du premier, le faisant passer de 38 à 12 sièges.

Yariv Levin, lui aussi, estime que le job lui revient. « Il y a un accord clair, qui a été mis en place au début du mandat [du gouvernement], » a-t-il déclaré cette semaine. « Je n’ai aucun doute qu’il sera respecté et mis en œuvre. Pas besoin de déclarations là-dessus. »

Levin a été le président de la coalition (Likud-Yisrael Beytenu) et devrait être le prochain président de la puissante commission des affaires étrangères et de la défense. L’ « accord » en question est la promesse de Netanyahu qu’il ne reste pas président de la coalition pour longtemps, mais qu’il soit promu dès que l’occasion se présentera.

Le député Yariv Levin à la Knesset (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Le député Yariv Levin à la Knesset (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

C’est donc dans ce contexte – une présence rétrécie à la Knesset, une pression soutenue de l’aile droite de son parti, et une lutte politique acharnée entre ses alliés les plus proches – que Netanyahu pourrait appeler de ses voeux des primaires. Avant de se tourner vers de nouvelles élections nationales, Netanyahu peut tout simplement chercher à réaffirmer son contrôle sur le parti.

Fin décembre ou début janvier (la date exacte n’a pas été fixée), le Comité central du Likud se rencontrera pour voter une série de changements sur la constitution et les statuts du parti. Netanyahu peut chercher à monter une primaire rapide afin de consolider sa position en tant que chef du parti avant ce même Comité central.

On ne sait s’il sera en mesure de pousser les obstacles institutionnels et juridiques mais un regard sur les changements proposés révèle quelque chose sur les intentions de Netanyahu : parmi les amendements, on trouve celui qui permet au chef du parti de choisir un des dix membres de la Knesset sur la liste du parti, sans avoir recours à des primaires.

S’il peut à travers une élection primaire dans les prochaines semaines (et, bien sûr, la gagner) passer au moins une partie de ses propositions au vote du Comité central, Netanyahu jouira d’une année supplémentaire en toute sécurité à la tête du Likud et en tant que chef du gouvernement ; et des élections législatives anticipées seraient alors contre-productives.

La réaction d’une députée Likud sur la course des prétendants en dit long. La vice-ministre des Transports, Tzipi Hotovely, qui est mieux classée sur la liste du parti que Levin, Gamliel ou Akunis, a, elle, refusé de participer au concours.

« Il est très clair de voir ce qui se jouera au cours des prochains rounds, » a-t-elle déclaré à la radio cette semaine. « Gilad Erdan sera ministre de l’Intérieur, et il y a bien des chances que personne n’obtienne le portefeuille restant [de la communication], parce que Netanyahu voudra garder Gilad [Erdan] afin qu’il puisse continuer sa réforme de l’Autorité de radiodiffusion, ou il décidera qu’elle soit réalisée par l’un des ministres actuels. Donc, je ne fais pas partie de ce festival et de ce cirque. Je pense que tout le monde saute sur la peau d’un ours qui n’a pas encore été tué. »

La députée Tzipi Hotovely (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)

La députée Tzipi Hotovely (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)

S’il peut agir de manière calme, Netanyahu pourrait bien retarder des nominations fatidiques dans son cabinet après tous ces votes à venir au Comité central de son parti. De cette façon, les concurrents pour le poste seront probablement plus accommodants…

Enfin, on peut se tourner vers l’histoire. Et là aussi, les signes pointent vers des élections anticipées. En d’autres termes, Netanyahu a l’habitude de lancer des primaires bien avant une élection nationale. Tant en 2007, quand il était à la tête de l’opposition que dans la dernière Knesset quand il occupait déjà le poste de Premier ministre.

Les Primaires sont importantes pour assurer la compétitivité d’un parti à long terme, mais le spectacle des dirigeants d’un parti se dénigrant les uns et les autres peut aussi endommager une élection nationale. Netanyahu préfère gérer les deux courses l’une à l’abri de l’autre.

Le Likud aura ses élections plus tôt que prévu. Le pays, probablement pas. Même s’il n’y a pas d’élections en 2015, cela ne signifie pas que la Knesset actuelle va durer jusqu’à la fin de 2017.

Alors qu’il est raisonnable de supposer que le gouvernement tienne une autre année, cela est une longue période dans la politique israélienne.

Il est pratiquement impossible de se projeter sérieusement au-delà de cet horizon. En effet, plusieurs Knesset, surtout ces dernières années, ont terminé leurs mandats complets de quatre ans.

Comme les élections approchent, les partis de la coalition ont souvent des raisons de se chamailler dans un effort pour se distinguer les uns des autres et pour aboutir finalement à se retirer de la coalition et à précipiter des élections anticipées.

Le mieux serait donc de placer les prochaines élections nationales après 2015, mais probablement bien avant la fin 2017, en bref, dans le courant de l’année 2016.