Au cours des deux dernières semaines, 20 000 nouveaux membres ont rejoint le Likud, dont la moitié a moins de 34 ans. Et de nouvelles modalités offrent de vastes pouvoirs à son chef charismatique. Chaque semaine, des personnalités connues ont pu déclarer leur candidature sur la liste du parti à la Knesset.

Prêt pour la bataille, confiant dans sa cause et dans la victoire finale, le Likud respire la confiance du parti au pouvoir.

Sauf que tout cela n’a pas lieu d’être. Le parti qui pourrait correspondre à cette description, c’est plutôt HaBayit HaYehudi, lui qui détient seulement 12 sièges dans la Knesset sortante mais à qui les sondages promettent d’en avoir 16.

Pourtant, alors que HaBayit HaYehudi a peu de chances de devenir le parti au pouvoir en Israël dans un avenir prévisible, il semble apporter une énergie remarquable à la droite politique.

Sous la direction dynamique de Naftali Bennett, la campagne d’adhésion en ligne qui s’est terminée cette semaine est venue grossir les rangs du parti sioniste-religieux à 77 000 membres, le deuxième après le Likud. Les adhésions révèlent un parti de plus en plus jeune, passionné et dévoué à sa cause.

Mais les manchettes politiques de mercredi en Israël ne se sont pas trop attardées sur le parti de Bennett, et ce pour une bonne raison. Le parti au pouvoir en Israël, le Likud, tenait ses propres primaires, et le contraste ne pouvait être plus frappant.

Le scrutin au Likud avait quelque chose de moribond, avec une base militante vieillissante. Au lieu d’être un pôle de ralliement, le Likud a offert le spectacle d’un parti étrangement distant de son chef.

Le Likud a ouvert mercredi 115 bureaux de vote à l’échelle nationale pour accueillir ses 96 000 électeurs aux primaires.

Au Centre international de conférences de Jérusalem, on n’a pas eu à chercher longtemps pour trouver des groupes d’électeurs qui ont admis qu’ils n’avaient pas l’intention de voter pour le Likud en mars, mais qui avaient rejoint le parti pour des considérations purement tactiques espérant influencer la future liste de la Knesset avant l’élection du 17 mars.

Avec peu de nouveaux candidats – l’ancien chef du Shin Bet, Avi Dichter, et l’ancien ministre Likud Michael Ratzon sont les seules vrais « nouveautés » avec une certaine renommée, mais ces deux-là sont des ex-députés – ces tactiques politiques ne donnent un nouveau souffle qu’à des personnes déjà connues. En effet, il est profondément révélateur que, tandis que HaBayit HaYehudi, Yesh Atid et les travaillistes attirent de nouveaux visages, le Likud, alors qu’il devrait bénéficier de six sièges en plus selon les sondages, évolue peu.

A son siège principal de Tel-Aviv, une bagarre a éclaté au moment de l’organisation du scrutin. Dans un effort pour réprimer le phénomène des groupes de pression dans les primaires, le parti a mis en place une nouvelle exigence au cours des dernières années : chaque électeur devait voter à l’endroit le plus proche de son domicile. Une exception a été faite pour les grandes villes, où les salariés se déplaçant pour le travail ont été autorisés à voter dans un bureau de vote unique.

Ainsi, lorsque des bus remplis de militants – dans notre cas, les travailleurs d’Israel Aerospace Industries – ont été contraints de faire la queue pour le seul bureau de vote disponible, l’affrontement entre les anciennes méthodes et la nouvelle a conduit à un accès de frustration.

Pourtant, ces moments de colère à Tel-Aviv montraient au moins un signe de vitalité. Partout où les journalistes ont pu aller, le rapport était le même. Les militants du Likud avaient vieilli. Les primaires étaient mornes. Un calme pour le moins étrange régnait. L’atmosphère manquait d’énergie.

Mais cet abattement au Likud n’est pas sans avantages pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Comme l’ancien ministre Danny Naveh l’a noté mercredi, il y a un écart important entre Netanyahu et la base militante de son parti. Le Premier ministre, comme beaucoup des électeurs de son parti, appuie en principe un Etat palestinien, sous une certaine forme, et a accepté des négociations dirigées par les Américains pour atteindre cet objectif. Mais la base des membres du Likud rejette largement cette idée et s’oppose à des négociations.

Et donc, au cours des dernières années, l’équation de Netanyahu était simple : plus la base du parti était active, plus limitée se trouvait sa marge de manœuvre face à la pression internationale sur la question palestinienne.

Cet écart entre le Premier ministre et les fidèles du parti a créé des tensions profondes au sein du Likud au cours des dernières années, tensions qui ont permis l’augmentation de relais de pouvoir importants qui ont cherché à contester à Netanyahu. Danny Danon incarne cela. C’est un populiste qui, même s’il n’est pas considéré comme une alternative crédible à Netanyahu – il n’a pas réussi à lui enlever la direction du parti (à 20 contre 80 %) – a réussi quelques opérations visant à contrôler l’agenda politique du parti au cours des deux dernières années.

Netanyahu s’inquiète aussi de ce que la base du parti élise une liste considérablement plus à droite que l’électorat du Likud, de centre-droit. Un écart qui risque de lui aliéner un grand nombre des électeurs centristes indécis dont Netanyahu aura besoin s’il veut former une coalition stable. Il suffit simplement de regarder les 10 sièges que les sondages prédisent à l’ex-ministre Likud, Moshé Kahlon, pour comprendre pourquoi Netanyahu considère l’attrait dont peut jouir son parti auprès des centristes comme un facteur clé dans l’élection.

Cette préoccupation a conduit le chef de l’exécutif israélien à pousser une réforme des règles du parti qui lui permettra de nommer personnellement deux députés sur la liste de la Knesset, les numéros 11 et 23, dans un effort visant à équilibrer une liste dont il craint que les électeurs de centre-droit – qu’il tente encore de courtiser – ne s’éloignent.

La question qui domine les primaires du Likud est la suivante : Netanyahu va-t-il émerger jeudi avec un Likud qu’il pourra conduire ? Sa liste de députés le suivra-t-elle dans des pourparlers de paix et le soutiendra-t-elle face à la pression internationale ? L’appel aux centristes indécis pourra-t-il être réalisé avec une base de droite qui peut sembler de plus en plus prête à se tourner vers le parti de Naftali Bennett ?

Les dernières rumeurs parmi les cadres politiques du parti suggèrent un résultat mitigé. La faction la plus à droite du Likud, celle conduite par Moshe Feiglin, aurait subi un coup d’arrêt – c’est une bonne nouvelle pour le Premier ministre. Le ministre de la Défense Moshe Yaalon, un proche allié de Netanyahu et une figure populaire en soi, n’aurait pas été en mesure de rassembler des bases de soutien suffisantes au sein du parti, et serait mal classé sur la liste – c’est une moins bonne nouvelle.

Mais ces changements, bien que spectaculaires au sein du parti, sont finalement marginaux quant à sa fortune électorale. Maintenant, le souhait le plus pressant de Netanyahu est de tourner la page des primaires et de se concentrer sur une campagne axée non pas sur son parti moribond ou sur certains députés trop bruyants, mais avant tout sur lui-même.