AMONA, Cisjordanie – Les dirigeants de l’avant-poste poste d’Amona en Cisjordanie ont déclaré jeudi qu’ils s’attendent à l’évacuation en début de semaine prochaine. L’évacuation semble désormais l’affaire de quelques jours.

Le porte-parole Avichai Boaron a déclaré aux journalistes à l’avant-poste que les résidents s’attendaient à ce que l’évacuation ordonnée par la Cour Suprême ait lieu jeudi matin, mais cela n’a pas été le cas.

« Il semblerait qu’à droite, ils sont en train de se creuser la tête pour trouver une solution », a déclaré Boaron.

Mercredi soir, les résidents d’Amona ont rejeté la proposition du gouvernement qui leur aurait permis de recevoir un terrain sur la même colline que l’avant-poste actuel, avec la possibilité d’y créer une implantation durable, en échange d’une évacuation sereine.

Après un marathon de négociations dans la nuit de mercredi à jeudi, ils ont rejeté à 59 voies contre 20 une proposition gouvernementale présentée comme la dernière : ils seraient relogés à proximité, en échange de leur promesse de se laisser évacuer sans violence.

Cette offre, ont-ils objecté, ne leur offre aucune garantie durable qu’ils seront relogés sur la même colline, comme ils le réclament.

« Si l’État s’engage expressément à construire nos nouvelles maisons ici à Amona et à repousser l’évacuation à après cette construction, nous sommes prêts à l’accepter », ont-ils dit dans un communiqué.

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Des jeunes juifs résidents des implantations se préparent à résister à l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, après avoir rejeté une offre de relogement du gouvernement. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

Les résidents ont en effet déclaré que ce projet ne relogerait en réalité que 12 des 40 familles qui vivent dans l’avant-poste dans les terrains disponibles.

Les 28 autres familles déménageraient temporairement dans l’implantation voisine d’Ofra, pendant que l’État étudie une solution à long-terme, a déclaré Eliana Passentin, porte-parole pour le Conseil régional de Binyamin à l’AFP.

« Le gouvernement n’a pas à s’engager » dans le relogement des résidents d’Amona, a déclaré Boaraon, « et tout dépend de questions juridiques complexes ». Il a ajouté qu’ils veulent quitter leur domicile actuel pour leur nouveau logement.

« Nous avons attendu deux jours pour recevoir cette proposition, et quand nous l’avons reçue mardi soir, nous avons été très déçus. »

« Ils nous mettent le pistolet sur la tempe, en disant que si l’on ne coopère pas, ils nous expulseront », déplore-t-il.

Les résidents d’Amona ont annoncé au gouvernement qu’ils acceptaient d’être relogés une fois que les nouveaux logements seront prêts, mais pas avant.

Le gouvernement a d’abord rejeté la contre-proposition, a indique la radio de l’armée.

Des jeunes juifs résidents des implantations se préparent à résister à l'évacuation de l'avant-poste d'Amona, illégal car construit sur des terres palestiniennes privées, le 15 décembre 2016. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

Des jeunes juifs résidents des implantations se préparent à résister à l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, illégal car construit sur des terres palestiniennes privées, le 15 décembre 2016. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

Cependant, des « proches du gouvernement », non fonctionnaires, ont tenté de poursuivre les négociations afin de trouver un accord, selon Boaron. À l’heure où nous écrivons, ces efforts sont toujours vains.

Depuis le vote du « non », des centaines, de manifestants affluent vers Amona et se préparent à résister aux forces de sécurité mandatée pour évacuer l’avant-poste.

Durant la conférence de presse, un résident de l’avant-poste a déclaré aux journalistes que bien que certains enfants aient du mal à affronter le stress de la situation, les adolescents sont « contents de notre décision ».

« Ils nous ont réellement poussés en ce sens », dit-il.

Des équipes de jeunes, sous la direction de Bentzi Gopstein, chef de l’organisation d’extrême-droite Lehava, ont déplacé des bennes à ordures pour obstruer les routes, ont préparé des pneus à brûler dans les rues, et ont empilé des pierres près de l’entrée de l’avant-poste pour faire barrage face aux forces de l’ordre.

Ils ont également préparé des réservoirs d’eau de l’avant-poste pour le dernier barrage, mais ont abandonné leurs efforts après qu’un résident les a averti que le métal des bonbonnes ne supporterait pas leur poids.

Des manifestants se sont juchés sur les réservoirs d'eau, à Amona le 15 décembre 2016. (Crédit : Judah Ari Gross/ Times of Israel)

Des manifestants se sont juchés sur les réservoirs d’eau, à Amona le 15 décembre 2016. (Crédit : Judah Ari Gross/ Times of Israel)

On craint donc que les manifestations contre l’évacuation prennent une tournure violente.

Boaron et le rabbin de l’implantation Yaïr Frankel ont déclaré qu’ils ne comptaient pas s’opposer de manière brutale aux forces de l’ordre, et accusent le gouvernement de préparer une évacuation violente en les « extirpant de chez eux ».

Cependant, il a ajouté qu’ils « mèneront une résistance vigoureuse passive », et qu’ils traineront des pieds en sortant, et appelle les manifestants à « respecter l’armée israélienne, la police et l’État d’Israël. »

« Nos enfants sont nés ici, et nous y avons construit nos maisons. Nous avons célébré des anniversaires et des fêtes ici. Nous avons lutté pour rester chez nous, pour rester à Amona. »

Amona est le plus grand de la centaine d’avant-postes – construits sans autorisation mais généralement tolérés par le gouvernements – en Cisjordanie.

Boaraon a souligné que les enjeux d’Amona ne sont pas uniquement politiques et philosophiques, mais également viscéralement personnel.

En décembre 2014, après de multiples appels et délais, la Cour Suprême a statué que l’avant-poste devra être démoli sous deux ans.

La date butoir est le 25 décembre.

L’AFP a contribué à cet article.