Un groupe intergouvernemental européen a accusé Israël de s’engager à « tuer de manière systématique et apparemment injustifiée » les civils palestiniens dans les secteurs de la zone tampon entre la Bande de Gaza et Israël au cours des dernières années, exacerbant une crise humanitaire dans l’enclave palestinienne touchée par un blocus.

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, connue également sous le nom de PACE, a voté mardi en faveur d’une résolution basée sur un rapport interne consacré à la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne gouvernée par le Hamas.

Ce rapport accuse Israël d’usage « excessif et intentionnel de la force sans justification à l’encontre des civils palestiniens dans la zone tampon, notamment contre les agriculteurs, les journalistes, les équipes médicales et des manifestants pacifiques, ce qui contrevient manifestement aux principes des droits de l’Homme et aux normes d’application de la loi internationale ».

« Les cas de tirs mortels délibérés essuyés par des individus qui ne posaient pas de menace imminente semblent constituer un modèle effroyable de meurtres systématiques et apparemment injustifiés », établit le rapport, qui a été composé par Eva-Lena Jansson, femme politique suédoise appartenant du parti social-démocrate suédois et qui a été présenté le 4 janvier à l’Assemblée, constituée de 324 parlementaires issus de 47 pays.

Le rapport cite une ONG palestinienne qui aurait « collecté des informations sur les meurtres de 136 Palestiniens à Gaza par arme à feu dans la zone tampon, parmi lesquels 20 enfants » depuis 2010.

Les troupes israéliennes entrent souvent en conflit avec des manifestants et des émeutiers palestiniens qui jettent des pierres sur les soldats ou pénètrent dans la zone tampon pour tenter d’infliger des dommages à la barrière de sécurité. Les soldats stationnés le long de la frontière essuient également parfois des tirs provenant du territoire de Gaza.

Tandis que les soldats ont pu utiliser leurs armes à feu dans certaines circonstances, il n’y a aucune information attestant l’existence de « meurtres systématiques » dans la zone tampon.

Elaborée sur la base de ce rapport, la résolution, qui n’est ni contraignante ni exécutoire, a été adoptée mardi par 46 voix contre 12 et deux abstentions durant une session de l’Assemblée à Strasbourg, en France.

Dr. Aliza Lavie (photo credit: courtesy)

Aliza Lavie (Crédit : autorisation)

Des représentants d’Israël, les parlementaires Aliza Lavie, du parti Yesh Atid et Eli Alalouf, de la formation Koulanou ont tenté en vain de faire reporter ce vote de l’assemblée, selon Ynet.

Le rapport du PACE accuse également Israël de procéder à une « escalade massive et exceptionnelle… d’agressions et de harcèlement des pêcheurs palestiniens, notamment par l’usage d’armes à feu », et affirme que les pêcheurs de Gaza « sont dorénavant réduits à vivre dans un état de grave pauvreté et au chômage en résultat direct des politiques et des pratiques israéliennes déployées à leur encontre ».

Le rapport prétend aussi que depuis la guerre estivale de 2014, qui a opposé Israël, le Hamas et d’autres groupes terroristes de Gaza et de toute la Bande, durant laquelle « un grand nombre de personnes ont été tuées » et au cours de laquelle « la destruction des infrastructures civiles… a été énorme », la situation à Gaza est devenue tellement dure que « de nombreuses personnes ont préféré fuir Gaza et rejoindre le flot des réfugiés vers l’Europe ».

« On estime que plus de 12 620 habitations ont été totalement détruites à Gaza et 6 455 gravement endommagées. 17 650 familles ou environ 100 000 personnes ont été déplacées », indique le rapport.

Un camion chargé de marchandises entre dans la bande de Gaza depuis Israël via le passage de Kerem Shalom, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 mars 2015. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Un camion chargé de marchandises entre dans la bande de Gaza depuis Israël via le passage de Kerem Shalom, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 mars 2015. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

La résolution appelle à une fin du blocus imposé par Israël et par l’Egypte à la Bande de Gaza, s’inquiète d’une crise humanitaire dans l’enclave palestinienne si l’approvisionnement régulier en produits humanitaires, en eau et en électricité devait ne pas être assuré, et recommande à Israël et à l’Autorité palestinienne de soutenir toute enquête officielle menée par la Cour pénale internationale sur la guerre de 2014 à Gaza et ses répercussions.

La résolution demande également à Israël de « freiner son recours à la force sans justification contre les civils palestiniens dans la zone tampon et dans les secteurs de pêche », et aux Palestiniens de « rejeter et de condamner les actes de terrorisme contre Israël » et de « former un gouvernement efficace et uni, qui fasse un pont entre les deux territoires ».

Une famille passe devant les ruines d'immeubles à Shejaiya, dans la bande de Gaza, le 27 août 2014. (Crédit : AFP/Roberto Schmidt)

Une famille passe devant les ruines d’immeubles à Shejaiya, dans la bande de Gaza, le 27 août 2014. (Crédit : AFP/Roberto Schmidt)

Lavie s’est expliquée devant l’Assemblée, qualifiant la résolution de « représentation dénaturée et sélective de la réalité ». Elle a critiqué le rapport pour « s’être basé sur des rumeurs et non sur les faits ».

« Nous avons retiré nos citoyens – et même nos morts – de Gaza en 2005 et, en échange, nous avons subi des attaques de roquette. Israël assure un tiers des besoins en électricité de Gaza à un prix d’un milliard de dollars, plus de 130 000 Palestiniens reçoivent des soins médicaux gratuits en Israël chaque année, dont des proches de [l’ancien Premier ministre du Hamas] Ismail Haniyeh, et nous sommes accusés de [contribuer à] une crise humanitaire ? » a demandé Lavie, qui s’est également confrontée à Jansson, selon Ynet.

Israël a retiré unilatéralement ses civils et ses personnels militaires de la Bande de Gaza en 2005.

Deux ans plus tard, le Hamas a renversé le Fatah lors d’un coup d’état violent dans la Bande de Gaza, entraînant un blocus israélien et égyptien pour empêcher le Hamas, qui a promis la destruction d’Israël, de trafiquer des armes et du matériel.

Depuis, Israël et le Hamas se sont opposés au cours de trois guerres qui ont gravement endommagé les infrastructures de Gaza, avec de lents efforts de reconstruction.

La dernière série de violences, en 2014, a fait plus de 2 000 morts du côté palestinien, selon les chiffres de l’ONU, et 73 israéliens ont perdu la vie, dont 66 soldats.

Israël a indiqué que la moitié environ des Palestiniens qui avaient été tués étaient des combattants, et accusé le Hamas d’avoir placé délibérément ses lanceurs de roquettes, ses tunnels et autres installations militaires parmi les civils, ce qui a considérablement aggravé le bilan des morts.

La guerre, connue également sous le nom de Bordure Protectrice, avait éclaté au mois de juillet 2014, après un mois de tensions croissantes attisées par l’enlèvement et l’assassinat de trois adolescents israéliens par le Hamas en Cisjordanie.

Des partisans du Hamas avaient été également arrêtés par les Israéliens, provoquant de multiples tirs de roquettes depuis Gaza contre l’état juif.

Suite à la guerre, la Cour pénale international avait lancé une enquête préliminaire, à la demande des Palestiniens, sur des allégations faisant état de crimes de guerre chez les deux belligérants.

Israël aurait ainsi utilisé une force disproportionnée contre ce territoire sous blocus, et le Hamas est accusé pour sa part de s’être livré à des tirs de roquettes indiscriminés contre les foyers de population civile en Israël tout en utilisant les Palestiniens comme boucliers humains.

Israël, qui ne fait pas partie du traité qui gouverne le tribunal, s’oppose avec véhémence à l’enquête internationale. L’état juif a toutefois collaboré avec l’instance.

Des agences ont contribué à cet article.