WASHINGTON – Dix sénateurs démocrates américains ont fait pression, mercredi, sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu, pour qu’il mette un terme à la démolition prévue de deux villages palestiniens, avertissant que cette initiative pouvait mettre en péril l’avenir d’Israël.

Plusieurs membres éminents du Parti démocrate ont signé la lettre, dont le sénateur du Vermont Bernie Sanders, la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, la sénatrice californienne Diane Feinstein, le sénateur du Minnesota Al Franken et le sénateur hawaïen Brian Schatz.

Quatre d’entre eux sont juifs. Aucun républicain n’a signé la missive.

La lettre exhorte Netanyahu à annuler l’ordre de démolition lancé contre les villages palestiniens de Sussiya et de Khan al-Amar, en Cisjordanie. Si Israël continue à maintenir que ces derniers ont été construits illégalement, les projets de destruction de ces bourgades ont déclenché un tollé international.

« Les initiatives d’expulsion par la force de communautés palestiniennes entières et d’expansion des implantations mettent non seulement en péril une solution à deux Etats, mais aussi l’avenir d’Israël en tant que démocratie juive « , est-il écrit dans la lettre.

Le Sénateur Bernie Sanders (I-VT) s’adresse à une foule de supporters lors d’un rassemblement le 21 avril 2017 à Salt Lake City. (George Frey / Getty Images / AFP)

« Au lieu d’évincer ces communautés par la force, nous encourageons votre gouvernement à réévaluer équitablement le plan-cadre qui a été développé par des professionnels pour Sussiya et à donner aux habitants de Khan al-Ahmar l’égalité en termes de permis de construire », dit le courrier.

Sussiya, dans le sud de la Cisjordanie, se trouve sous une menace de démolition depuis plusieurs années, après qu’Israël a découvert que les maisons avaient été construites illégalement.

Une tente dans le village de Susya, le 19 juillet 2015 (Elhanan Miller / Times of Israel)

Les résidents de la ville affirment qu’ils n’ont pas eu d’autre choix que de construire dans l’illégalité parce que l’administration civile n’accorde que rarement des permis de construire aux Palestiniens dans la zone C de Cisjordanie, une zone officiellement contrôlée par l’armée israélienne conformément aux accords de paix d’Oslo de 1993.


Un plan-cadre élaboré par les habitants avait été rejeté par le ministère israélien de la Défense, mais Israël, pour sa part, n’a pas fait de contre-proposition pour résoudre le problème.

Environ 300 personnes vivent à Sussiya, parfois orthographié Susya. Ils sont principalement installés sur des terres agricoles et leur communauté ne dispose ni d’eau courante ni d’électricité depuis leur expulsion de l’emplacement initial du village il y a 30 ans, alors qu’il y avait environ 25 familles vivant sur le site.

En 2015, Feinstein avait été le seul membre du Congrès à rencontrer une délégation de résidents de Sussiya qui s’était rendue à Washington pour demander du soutien. Il avait alors rédigé une lettre demandant à Netanyahu d’annuler la démolition.

Le département d’Etat américain lui avait emboîté le pas peu de temps après, appelant le gouvernement israélien à ne pas démolir le hameau.


 »Nous demandons instamment aux autorités israéliennes de s’abstenir de toute démolition dans le village » de Sussiya, avait déclaré le porte-parole du département d’Etat, John Kirby, lors d’un point de presse en juillet 2015.

Khan al-Ahmar, une communauté bédouine d’une centaine de personnes située à l’est de Jérusalem, a également bénéficié du soutien international depuis que le ministère de la Défense a émis des ordres de démolition de presque tout le village au début de l’année.

Vidéo montrant un soldat de Tsahal en train de démolir une structure illégale dans le camp bédouin de Khan al-Ahmar au nord-est de Jérusalem (Capture d’écran: Twitter)

« Khan al-Ahmar est l’une des communautés les plus vulnérables de Cisjordanie et elle lutte pour maintenir un niveau de vie minimal face à la pression intense des autorités israéliennes », a déclaré un responsable humanitaire de l’ONU, Robert Piper, au mois de février.

Un certain nombre de communautés bédouines traditionnellement nomades sont basées à l’est de Jérusalem, où les groupes de défense des droits de l’Homme craignent que les démolitions puissent éventuellement ouvrir la voie à d’autres constructions israéliennes.


Dans la lettre de mercredi, les législateurs, citant le groupe de défense de gauche, La Paix Maintenant, ont déclaré que le gouvernement israélien élargissait son entreprise d’implantations de manière considérable.


Ils ont précisé qu’Israël avait promu 88 plans, comprenant 6 742 unités de logement dans 59 implantations distinctes, en 2017 – ce qui représente une augmentation de 258 % du nombre de logements proposés par rapport à l’année précédente.


L’administration Trump a activement oeuvré en faveur de la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens dans le cadre de sa campagne pour la paix – une priorité absolue du président américain Donald Trump. En revanche, elle n’a que peu critiqué les initiatives d’implantations.