Depuis sa création en 1987 comme la branche palestinienne des Frères musulmans, dans le but d’établir un Etat islamique à la place d’Israël, le Hamas a augmenté, de manière significative, son pouvoir politique et militaire, particulièrement depuis qu’il s’est emparé du contrôle de la bande de Gaza en juin 2007, des mains de l’Autorité palestinienne.

Dans la période entre l’opération Pilier de Défense à la fin 2012 – la précédente opération à Gaza, visant à éliminer la menace de roquettes tirées sur Israël – et l’opération actuelle Bordure Protectrice, le Hamas s’est concentré sur sa capacité de construction, se procurant et fabriquant des missiles longue-portée et investissant des millions dans la construction de tunnels à l’intérieur d’Israël pour permettre l’enlèvement de soldats et de civils.

Voilà des réponses à quelques questions de base concernant les capacités du Hamas, révélées au fil de l’opération Bordure Protectrice, débutée le 8 juillet.

Combien le Hamas compte-t-il de combattants ?

Le Hamas a démarré l’opération avec quelques 15 000 combattants actifs, y compris des hommes en position de soutien. L’armée israélienne pense avoir tué plus de 1 000 combattants du Hamas (ce qui laisse penser que la somme de 1360 victimes à Gaza avancée par les sources de santé gazaouies est inexacte), détruisant ou touchant de manière significative des unités de combat à Beit Hanoun et Chajaya dans le nord de la bande de Gaza et Khan Younis dans le sud.

Quelles armes utilisent-ils contre l’armée israélienne ?

Très peu d’affrontements en face à face ont lieu à Gaza. Imitant les tactiques du Hezbollah au Liban, le Hamas repose en grande partie sur deux types d’armes : les missiles antitank et les engins explosifs improvisés (EEI). Le missile antitank de choix est le RPG-29 portatif, utilisé contre les troupes d’infanterie et les véhicules blindés.

C’était l’arme utilisée par les combattants du Hamas qui ont infiltré Israël et attaqué une position de l’armée près du Kibboutz Nahal Oz, lundi, tuant 5 soldats. Il a aussi été utilisé contre une jeep de l’armée près du Kibboutz Ein Hashlosha le 19 juillet, tuant 2 soldats.

A l’intérieur de Gaza, le Hamas dispose de centaines de maisons piégées et d’installations avec bombes improvisées. Une telle bombe a tué 3 soldats Israéliens mercredi, dans un immeuble répertorié comme clinique de l’UNRWA dans la ville de Khan Younis, au sud de la bande de Gaza, où des soldats Israéliens recherchaient une entrée de tunnel.

Le Commandant de la division de Gaza de l’armée, le Général de brigade Micky Edelstein a dit à des journalistes que dans une rue de Khan Younis où il s’est retrouvé, 19 des 28 maisons étaient piégées, prêtes à exploser sur les soldats de l’armée qui y entreraient.

L’armée a dit être surprise par le nombre de pièges dans la bande de Gaza.

En plus, le Hamas a utilisé des kamikazes et deux ânes piégés pour toucher les soldats. Il possède aussi des vieux missiles russes antiaériens SA-7 et probablement des armes antiaériennes plus perfectionnées.

D’où viennent toutes ces armes ?

La plupart des armes du Hamas viennent de l’Egypte à travers des tunnels souterrains de contrebande depuis la péninsule du Sinaï. Depuis l’opération Pilier de Défense en 2012, ont rapporté les services israéliens de sécurité du Shin Bet, le Hamas a investi plus d’énergie dans le développement de réseaux de contrebande dans le Sinaï et dans l’importation d’armes depuis la Lybie, le Soudan et l’Iran.

En mars, l’armée israélienne a intercepté le Klos-C, un navire d’armes venant de l’Iran et à destination du Soudan dont la cargaison était destinée à Gaza. Le navire transportait plusieurs dizaines de missiles syriens perfectionnés M-302 d’une portée allant jusqu’à 200 kilomètres (125 miles) et d’une charge allant jusqu’à 170 kilogrammes (375 pounds).

Mais quand l’Egypte a commencé à sévèrement réprimer la contrebande d’armes dans le Sinaï, à la fin 2012, l’importation d’armes par le Hamas a été effectivement entravée.

Le Hamas a été forcé de plus compter sur la fabrication locale, note le Shin Bet, important des matières premières d’Asie orientale et invitant des experts étrangers pour l’assister dans ce développement.

Où sont entrainés les agents du Hamas ?

Les soldats terrestres du Hamas sont pour la plupart entrainés dans des camps à l’intérieur de la bande de Gaza, mais des combattants spécialisés l’ont aussi été à l’étranger.

Un militant du Hamas arrêté par l’armée le 20 juillet à Khan Younis a dit à ses interrogateurs qu’il avait suivi un entrainement de parapente en Malaisie en 2010 avec dix autres membres du Hamas, dans le but d’infiltrer Israël et de perpétrer une attaque terroriste. La Malaisie a nié la déclaration.

En 2002, le Shin Bet a arrêté un membre du Hamas de 20 ans, Muntasir Faraj à Gaza, qui avait suivi des entrainements en anticipation d’explosifs au Soudan et en Jordanie. Les autorités militaires de poursuite d’Israël ont dit à la Cour que Faraj avait prévu de retourner à Gaza comme un expert et entrainer des combattants locaux.

L’existence de camps d’entrainement supplémentaires en Syrie et en Iran est connue.

Comment le Hamas a-t-il construit les tunnels terroristes ?

Depuis un an et demi, Israël suit de près la plus récente entreprise terroriste émergeant dans la bande de Gaza : les tunnels creusés à destination d’Israël. La décision de l’armée israélienne, il y a deux semaines, de lancer une opération terrestre à Gaza est née de la nécessité de détruire 31 tunnels connus et d’empêcher la possibilité d’enlèvements transfrontaliers, à l’instar de celui de Gilad Shalit en juin 2006.

Le creusement de tunnels a commencé il y a quatre ans et a nécessité 40 % du budget du Hamas, a appris le Times of Israël.

Les creuseurs de tunnels ont utilisé des marteaux-piqueurs électriques ou pneumatiques permettant de creuser 4 à 5 mètres par jour. Les tunnels découverts, selon ce qu’on nous a dit, sont pour la plupart, creusés à 18-25 mètres sous terre, bien qu’un a été découvert à une profondeur de 35 mètres. C’est comme un immeuble de 10 étages sous terre, a expliqué un expert.

Creuser nécessite une expertise en ingénierie et en géologie, car les tunnels sont habituellement creusés sous un sol de sable et leur toit soutenu par un niveau d’argile plus résistant. En même temps qu’ils sont creusés, les tunnels sont renforcés par des panneaux de béton, fabriqués localement dans des ateliers adjacents à chaque tunnel. Ces ateliers ont également été ciblés par l’armée israélienne au fil de l’opération.

Alors qu’Israël a connaissance de l’existence de 31 tunnels – un tiers d’entre eux contenant une sortie sur le territoire israélien – la possibilité que d’autres existent n’est pas exclue. Un combattant du Hamas a été arrêté durant l’opération a dévoilé des informations sur un tunnel alors inconnu.

Comment le Hamas obtient ses roquettes ?

Le Hamas a deux types de roquettes : celles importées par contrebande de l’extérieur (la plupart d’Iran) et celles fabriquées localement.

Lors d’une présentation publique en juin, le chef de la recherche des Renseignements Militaires Itai Brun a déclaré que le Hamas avait réussi à doubler son arsenal de roquettes depuis l’opération Pilier de Défense en novembre 2012. L’organisation, a-t-il dit, avait « quelques centaines » de missiles d’une portée de 80 km, capables d’atteindre Jérusalem et Tel Aviv ; « quelques milliers » de roquettes d’une portée de 40 km, capables d’atteindre Beer-Sheva et d’autres villes du Néguev ; et des milliers de roquettes d’une portée de 20 km, capables d’atteindre Ashkelon et Sderot.

Alors que la contrebande transfrontalière a diminué grâce aux efforts militaires conjoints d’Israël et de l’Egypte, le Hamas a été laissé avec une cargaison limitée de missiles iraniens Fajr-5 d’une portée de 80 km. Il a commencé à fabriquer localement des missiles de moyenne portée grâce au savoir-faire iranien dans les petits ateliers ayant recours à un métal illégalement importé. Le Hamas a produit le M-75, une roquette d’une portée de 75 kilomètres baptisée du nom du Commandant militaire du Hamas Ibrahim Maqadmeh, tué par Israël en 2003. 9 missiles comme celui-ci ont été tirés sur Israël pendant l’opération Pilier de Défense en 2012.

Lors de l’opération Bordure Protectrice, les Israéliens ont découvert que le Hamas avait réussi à augmenter la portée de ses roquettes avec le R-160, une roquette d’une portée de 160 kilomètres, capable d’atteindre Haïfa, et le J-80, d’une portée de 80 km. La branche armée du Hamas Izz ad-Din Al-Qassam mentionne sur son site internet avoir tiré 9 R-160 et 19 J-80. Le Djihad islamique annonce avoir tiré 2 missiles d’une portée de 100 kilomètres et 38 missiles d’une portée de 70 kilomètres.

Israël prétend avoir substantiellement diminué les capacités de fabrication et de lancement du Hamas et du Djihad islamique dans l’opération actuelle, ayant mené 1500 frappes contre les sites de missiles. Ayant été sous le feu de plus de 2800 roquettes depuis le début de l’opération, Israël pense que les factions armées de Gaza ont tiré plus d’un tiers de leurs missiles, mais disposent encore de quelques dizaines de projectiles de longue portée.

Par quel autre moyen, le Hamas a tenté d’attaquer Israël ?

En plus des roquettes et tunnels, le Hamas a également tenté de lancer des attaques depuis la mer, y compris une par un commando de 5 personnes, qui s’est retrouvé sur la plage Zikim au sud d’Ashkelon et a été tué par une frappe aérienne israélienne.

Il a également tenté d’imiter les capacités militaires israéliennes en envoyant des drones en Israël à la fois pour rassembler des informations mais aussi pour attaquer. Un avion sans pilote a été abattu près d’Ashdod le 14 juillet. Alors que le Hamas a prétendu être capable de rassembler des informations sur des sites israéliens sensibles lors de précédentes opérations de drones, montrant des enregistrements visiblement réunis par l’engin aérien, Israël a nié le fait que le mouvement ait réussi à faire ça.

Comment l’armée est au courant des capacités du Hamas ?

Ici, la situation est complexe. L’armée prétend avoir une connaissance précise des routes de creusement de tunnels, mais a admis que le nombre total de tunnels menant à Israël demeure inconnu. L’armée a découvert de nouveaux conduits en entrant dans les maisons et en interrogeant les agents du Hamas capturés à Gaza.

Concernant les capacités de missiles de l’organisation, l’armée israélienne a fourni des renseignements précis, mais l’information obtenue était loin d’être complète. Le fait que les rampes de lancement de roquettes puissent être facilement cachées sous terre ou par la végétation dans les jardins des maisons, a rendu particulièrement difficile leur détection et leur destruction s’agissant des moyennes ou longues portées, avant d’entrer à Gaza.