La police a publié lundi une vidéo qui semble montrer le député de la Liste arabe unie Basel Ghattas à la fois recevoir plusieurs téléphones portables interdits à transmettre à un prisonnier palestinien et les livrer.

Elle a également publié un enregistrement d’une partie de l’interrogatoire de Ghattas, dans laquelle il continue à nier les accusations contre lui, même après avoir vu les vidéos, a annoncé lundi la Deuxième chaîne.

Ghattas est soupçonné d’avoir exploité sa position de député, qui lui permet de ne pas subir de fouille corporelle, pendant une visite à la prison de Ketziot, où il a rencontré Walid Daka, un prisonnier palestinien qui purge une peine de 37 ans de prison pour l’enlèvement et le meurtre en 1984 de Moshe Tamam, soldat israélien de 19 ans. Le député a également vu Basel Ben Sulieman Bezre, qui purge une peine de 15 ans pour des actes terroristes.

Le député n’a pas encore été mis en examen, mais le bureau du procureur général a annoncé début janvier qu’une inculpation était en cours de rédaction.

La police affirme que, avant la visite, Ghattas a prévu avec le frère de Daka, Assad, âgé de 65 ans, de remettre des téléphones portables à Bezre, qui les transmettrait ensuite à Daka et à d’autres prisonniers. Assad Daka aurait vu Ghattas dans une station service et lui aurait à ce moment remis quatre enveloppes contenant une dizaine de téléphones, des cartes SIM et des chargeurs.

La police a obtenu la vidéo, filmée par des caméras de surveillance, du rendez-vous entre les deux hommes dans une station service de la ville arabe de Baqa al-Gharbiyye, dans le nord d’Israël.

Dans l’enregistrement diffusé lundi, un enquêteur demande à Ghattas de confirmer qu’il s’était organisé par téléphone avec Walid Daka pour transmettre les téléphones portables avant sa visite. Ghattas nie cette accusation. L’enquêteur dit ensuite au député que Daka a déjà reconnu que Ghattas savait à l’avance qu’il apportait des téléphones portables dans la prison, ce à quoi Ghattas répond « c’est totalement faux ».

Le député dit ensuite à l’enquêteur que s’ils [les policiers] étaient si intelligents, ils devraient pouvoir écouter une conversation téléphonique au sein de la prison, et qu’il demanderait dans ce cas l’enregistrement. Il menace ensuite de demander au tribunal d’écouter ces enregistrements, qui, selon lui, prouvent sa version des évènements.

Le député dit également à la police qu’ « au lieu de poser un piège à un député, dans n’importe quel pays correct du monde, ils auraient prévenu un parlementaire d’une telle chose. »

A ce moment, la police montre à Ghattas la vidéo dans lequel on le voit clairement rencontrer Daka. Dans cette vidéo, Ghattas semble vérifier que l’employé de la prison a quitté la pièce, s’assurant que la voie est libre, puis lui remet les enveloppes, d’abord les téléphones, puis des documents.

Ghattas semble alors changer quelque peu de ton.

« Si j’avais su que ce [colis contenait] ce que vous dites, 12 téléphones, même cinq ou six, je ne l’aurais jamais fait », affirme Ghattas, qui ajoute avoir été piégé.

« Si tout ce que vous dites était dans les enveloppes que j’ai transmises, alors quelqu’un m’a piégé […] et m’a fondamentalement trahi », dit-il.

Basel Ghattas, député de la Liste arabe unie, à gauche, devant le juge des libertés de la cour des magistrats de Rishon Lezion, le 23 décembre 2016. (Crédit : Avi Dishi/Flash90)

Basel Ghattas, député de la Liste arabe unie, à gauche, devant le juge des libertés de la cour des magistrats de Rishon Lezion, le 23 décembre 2016. (Crédit : Avi Dishi/Flash90)

L’enquêteur demande au député qui l’aurait piégé selon lui, mais il refuse de répondre.

Officiellement, la visite de Ghattas à la prison de Ketziot, située au sud de Beer Sheva, avait pour objectif d’entendre les plaintes des prisonniers sur leurs conditions de détention, a affirmé le député. Il a caché les enveloppes dans ses vêtements, et quand le détecteur de métal situé à l’entrée de la prison a bipé, Ghattas a affirmé que c’était à cause de la boucle de sa ceinture, selon la police.

En réponse au reportage de la Deuxième chaîne, Ghattas a affirmé qu’il était innocent et qu’une campagne médiatique était orchestrée contre lui.

« Le reportage tendancieux et faussé d’aujourd’hui ne fait que renforcer ma position et ma version à l’égard de la fausse accusation selon laquelle j’aurais transmis des téléphones [aux prisonniers], a-t-il déclaré. La police continue à travailler main dans la main avec les médias pour salir ma réputation et pour présenter une affaire sécuritaire dans laquelle j’aurais commis de graves crimes. »

« Je répète et souligne que je n’ai donné que des brochures humanitaires. Je n’ai pas donné de téléphone et je n’ai commis aucun crime sécuritaire ou dans l’intention de blesser des civils. Je continuerai à insister sur mes droits même contre les tentatives des forces de l’ordre de les bafouer en rendant publiques des choses comme celles-ci », a-t-il déclaré dans un communiqué.