En août, Rachel Weiss (nom d’emprunt), travailleuse humanitaire, s’est rendue en Irak dans le cadre de la mission d’IsraAID pour assister les réfugiés yézidis qui vivent dans des camps dans la province de Dohuk, au nord de l’Irak.

IsraAID est une agence d’aide humanitaire israélienne qui a rejoint les efforts de la communauté internationale pour venir en aide aux réfugiés yézidis et chrétiens en Irak en 2014. Depuis, elle envoie des agents humanitaires israélien sur le terrain.

Weiss est une israélo-américaine spécialisée dans l’aide aux victimes de violences sexuelles dans les pays émergents. Elle a été envoyée par IsraAID pour former les ONG de la région à travailler avec les femmes qui ont souffert entre les mains brutales du groupe État islamique.

Principalement situé dans les monts Sinjar, au nord de l’Irak, près de Mossoul, les Yézidis ont souffert d’une campagne de violence systématique. En 2014, le massacre de Sinjar a tué près de 5 000 civils yézidis et entre 5 000 et 7 000 capturés et asservis, principalement des femmes et des enfants, par des combattants de l’État islamique qui les prends pour cible. Des milliers de Yézidis au nord de l’Irak et en Syrie sont toujours en danger.
Selon le directeurs des affaires relatives aux Yézidis dans le gouvernement régional du Kurdistan, environ 3 770 Yézidis sont toujours retenus en otage par l’État islamique, et 60 % sont des femmes et de filles.

« Avec une équipe de professionnels de la santé mentale, nous avons formé des ONG qui travaillent déjà avec les femmes », a expliqué Weiss. « Nous avons facilité les sessions thérapeutiques avec les femmes qui ont fuit la captivité de l’État islamique il y a 6 mois ou un an. » Les femmes qui se sont très récemment enfuies ne sont pas prêtes pour ces sessions.

L’ombre d’elles-même

À travers les séances de thérapie, les travailleurs humanitaires proposent un soutien émotionnel et psychologique, encouragent les survivants à évoquer leurs souvenir de jeunesse pour en tirer la force de surmonter leurs traumatismes. C’est une méthode que Weiss a employé par le passé, mais la brutalité des traitements qu’on subi ces femmes entre les mains de militants de l’État islamique rendent la réhabilitation particulièrement difficile en Irak.

« Cette méthode était très efficace dans d’autres pays, mais les femmes en Irak ont mis plus de temps à s’ouvrir », explique Weiss. Elle affirme que ces femmes ont été privées de leur identité et les appelle « ombres » d’elles-même.

Une femme irakienne déplacée de la communauté Yazidi, qui a fui la violence entre les djihadistes du groupe islamique (EI) et les combattants peshmerga dans la ville de Sinjar, dans le nord du pays, qui est dans un camp pour les personnes déplacées dans la zone de Sharia, à 15 kilomètres de la ville de Dohuk, le 17 novembre 2016 (Crédit : AFP PHOTO / SAFIN HAMED)

Une femme irakienne déplacée de la communauté Yazidi, qui a fui la violence entre les djihadistes du groupe islamique (EI) et les combattants peshmerga dans la ville de Sinjar, dans le nord du pays, qui est dans un camp pour les personnes déplacées dans la zone de Sharia, à 15 kilomètres de la ville de Dohuk, le 17 novembre 2016 (Crédit : AFP PHOTO / SAFIN HAMED)

« On leur a tout pris, même leur identité », raconte-t-elle. Elle ajoute qu’une fois que les femmes se sont ouvertes, les histoires qu’elles racontaient étaient les plus atroces qu’il lui ait été donné d’entendre.

« Il y avait une femme que j’ai rencontré qui était sur le mont Sinjar quand l’État islamique est venu assassiner les Yézidis », dit-elle. « Elle avait 5 enfants. Elle a vu son mari se faire assassiner sous les yeux. Elle avait deux enfants suffisamment âgés pour être capturés par l’État islamique pour en faire des esclaves. L’un d’entre eux a tenté de s’enfuir, et a été assassiné. Le deuxième a été kidnappé et elle n’a aucune information à son sujet. Ses trois autres enfants ont été empoisonnés. Toute sa famille a été tuée, à l’exception de sa fille portée disparue, et elle a maintenant une enfant d’un viol, qui est le bébé d’un militant de l’État islamique. »

« Certaines de ces femmes n’ont pas dormi depuis deux ans. Nous avons fait de la méditation dirigée à la fin de chaque séance, et c’était difficile pour elles de simplement fermer les yeux » raconte Weiss.

Des réfugiés yézidis dans un camps pour populations déplacées, à Dohuk en Irak, en août 2016. (Crédit : IsraAID)

Des réfugiés yézidis dans un camps pour populations déplacées, à Dohuk en Irak, en août 2016. (Crédit : IsraAID)

La vie dans les camps de déplacés

Les déplacés yézidis qui vivent toujours en Irak sont répartis dans 15 camps pour populations déplacées au sein de leur pays, principalement dans la province de Dohuk, contrôlée par les kurdes, et les conditions de vie y sont terribles, tout particulièrement en été, selon Weiss. Le courant se coupe régulièrement et la température peut grimper jusqu’à 48°C. La nourriture et l’eau viennent à manquer et les soins médicaux sont inadéquats.

« Les personnes qui viennent de Mossoul aujourd’hui sont, pour la majorité, musulmanes », dit-elle. « Lorsque l’État islamique a pris le pouvoir il y a deux ans, les chrétiens et les yézidis ont été expulsés ou tués. Ceux qui ont survécus sont dans les camps pour populations déplacées au sein de leur pays ou j’ai travaillé. »

Les réfugiés chrétiens vivent dans des camps séparés des Yézidis, et les conditions des camps yézidis sont « déplorables » selon Weiss.

Des réfugiés yézidis dans un camps pour populations déplacées, à Dohuk en Irak, en août 2016. (Crédit : IsraAID)

Des réfugiés yézidis dans un camps pour populations déplacées, à Dohuk en Irak, en août 2016. (Crédit : IsraAID)

Le camps pour populations déplacées au sein de leur pays des Yézidis « n’ont presque rien, ils n’ont pas de denrées alimentaires et ne sont pas près pour l’hiver », déplore Weiss, en expliquant que la vie dans les camps est triste. En effet, de nombreuses femmes craignent pour la vie de leurs proches, toujours en captivité.

Les soins médicaux dans les camps sont également insuffisants. Il y a en général un dispensaire avec trois pièces pour 12 000 personnes et un seul vrai médecin. De plus, les femmes sont tellement traumatisées qu’aucune d’elles ne se laisse examiner à leur retour.

« Le traumatisme physique est un problème de taille, et elle ne se sont pas soignées en conséquence », explique Weiss. « Elles sont un peuple oublié, personne ne parle d’elles. C’est ce qu’on ressent quand on voit les camps. »

Des réfugiés yézidis dans un camps pour populations déplacées, à Dohuk en Irak, en août 2016. (Crédit : IsraAID)

Des réfugiés yézidis dans un camps pour populations déplacées, à Dohuk en Irak, en août 2016. (Crédit : IsraAID)

Recueillir des témoignages

Pour Weiss, le futur du peuple yézidi est bien sombre.

« D’un point de humanitaire, la meilleur chose à faire est de les sortir de ces camps vers de vrais maisons, mais nous n’avons la pas les moyens financiers pour y parvenir et ils ne sont pas en sécurité. »

Dans un interview avec le Times of Israel le mois dernier, l’activiste yézidi Nareen Shammo a déclaré qu’elle pense qu’un tribunal militaire internationale devrait être établi pour que les militants de l’État islamique puissent être poursuivis pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Elle a affirmé que ce procès serait la seule façon de garantir le rapatriement des Yézidis.

On dispose aujourd’hui d’une documentation conséquente des atrocités subies par les femmes yézidie capable d’alimenter les enquêtes d’un potentiel tribunal international.

Durant leur sauvetage, chaque survivant est longuement questionné par les autorités kurdes, et chaque histoire est consignée. Cette procédure peut s’avérer traumatisante pour certaines femmes qui ne se sont pas prêtes à parler des atrocités qu’elles ont subi, mais ces témoignages attestent de la brutalité de l’État islamique et le gouvernement kurde s’attelle à rassembler et à archiver ces histoires

L’initiative internationale d’IsraAID, Imaging Hope, rassemble des témoignages vidéos de réfugiés du monde entier, et consigne le traumatisme qu’ils ont enduré et les encourage à guérir en partageant leur histoire et en développant leur propre récit pour parler de leur souffrance.

L’agence humanitaire israélienne a réussi a rassembler plusieurs témoignages de ses missions en Irak et espère en obtenir davantage.

« Ils nous ressemblent dans leur génocide, et dans ce qui est arrivé à leur peuple », analyse Weiss « Ils sont oublié, et personne ne fait rien. C’est notre devoir en tant que juifs… d’aider les gens qui traversent la même chose. »

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