La police a interrogé vendredi deux habitants israéliens d’implantation qui ont ouvert le feu sur un groupe de Palestiniens qui auraient attaqué le groupe d’enfants qu’ils accompagnaient lors d’une randonnée dans le village de Qusra, dans le nord de la Cisjordanie, jeudi.

La police a expliqué que les hommes sont soupçonnés d’homicide involontaire par imprudence. Un porte-parole a souligné qu’il ne s’agit que d’un soupçon initial. Ils ont été relâchés par les forces de l’ordre qui les avaient placés en détention, peu après leur interrogatoire.

De plus, au moins l’une des armes à feu des hommes a été saisie, a indiqué le responsable de la police.

Jeudi, les deux hommes escortaient un groupe de plusieurs douzaines de jeunes à l’occasion d’une randonnée organisée dans le secteur dans le cadre des fêtes organisées à l’occasion d’une bar mitzvah. Ils ont indiqué qu’alors qu’ils avaient traversé le village de Qusra, des dizaines d’habitants avaient commencé à leur jeter des pierres.

Des soldats de l’armée israélienne s’occupent de Mahmoud Zaal Odeh après qu’il a été blessé par un habitant d’implantation israélien aux abords du village de Qusra le 30 novembre 2017 (Autorisation)

L’un des hommes, qui était armé d’un fusil d’assaut de type M-16, a ouvert le feu dans ce qu’il a estimé être un geste d’auto-défense, tirant sur un Palestinien, identifié sous le nom de Mahmoud Zaal Odeh, 48 ans, qui est mort.

Selon des militants des droits de l’Homme locaux, le Palestinien tué travaillait dans son champ quand il a reçu les balles, et les voyous qui ont jeté des pierres ne sont arrivés que plus tard sur les lieux du drame.

L’un des Israéliens qui escortait les jeunes a été légèrement blessé à la tête après avoir été touché par une pierre. L’autre a été blessé au bras, selon les services de secours Magen David Adom. Tous deux ont été pris en charge à l’hôpital Beilinson de Petah Tikva.

Vingt-quatre heures après l’incident, l’armée n’a pas encore fait savoir si les Israéliens avaient coordonné leur randonnée avec les militaires, comme c’est généralement le cas en Cisjordanie pour éviter des affrontements violents comme celui survenu jeudi.

Des résidents d’implantation israéliens et les Palestiniens s’affrontent dans le nord de la Cisjordanie, le 30 novembre 2017 (Crédit : Autorisation)

Un porte-parole de l’implantation de Yitzhar, d’où étaient originaires plusieurs enfants participant à la randonnée, a déclaré qu’une éventuelle coordination avec l’armée n’était pas importante. « Ce n’est pas une question pertinente », a-t-il répondu alors qu’il était interrogé.

Le Conseil régional de Samarie a expliqué que les randonneurs n’avaient pas eu besoin de se coordonner avec l’armée dans la mesure où il ne s’agissait pas d’un voyage scolaire.

L’avocat des deux habitants d’implantation a dénoncé l’enquête policière, la qualifiant de « scandaleuse ».

Des résidents d’implantation israéliens et les Palestiniens s’affrontent dans le nord de la Cisjordanie, le 30 novembre 2017 (Crédit : Autorisation)

« Les enfants n’ont été sauvés que grâce aux ressources de ces citoyens qui leur ont évité une mort certaine », a estimé l’avocat Adi Keidar issu de l’organisation d’aide juridique de droite Honenu.

Les parents des enfants qui effectuaient la randonnée ont également dénoncé l’interrogatoire par la police des deux adultes. « C’est honteux, honteux. Je n’ai pu prendre mon fils dans mes bras ce matin que parce qu’ils étaient là », a dit une mère.

Au cours des échauffourées, certains jeunes se sont cachés dans une grotte, à proximité, mais leur sortie a été bloquée par un groupe de Palestiniens. L’un des enfants a raconté plus tard que ces derniers les avaient aspergés avec un spray au poivre et qu’ils les avaient menacés, leur dérobant également des objets personnels.

L’enfant, qui a déclaré devant une caméra avoir été libéré par le conseil régional de Samarie, a ajouté qu’un second groupe de Palestiniens était arrivé à l’entrée de la grotte et qu’il avait aidé à faire reculer le premier groupe qui empêchait leur fuite, jusqu’à l’arrivée de l’armée.

L’arme du deuxième adulte qui escortait les jeunes a également été volée par un Palestinien. Après avoir initialement nié qu’une arme à feu avait été prise, l’armée a ultérieurement reconnu ce vol, disant que l’arme avait été retrouvée et rendue à son propriétaire.

Selon Ghassan Daghlas, un responsable de l’Autorité palestinienne qui contrôle les activités d’implantations dans le nord de la Cisjordanie, les soldats israéliens se sont saisis du corps d’Odeh alors qu’il était emmené dans un hôpital de la ville de Naplouse.

Quelques heures après les affrontements, un groupe d’habitants d’implantations israéliennes a tenté d’entrer dans Qusra, jetant des pierres sur les résidents et sur les habitations. Les Palestiniens ont riposté par des jets de pierre et de cocktail Molotov. Les soldats israéliens ont été appelés en renfort et ont dispersé les deux parties à l’aide notamment de gaz lacrymogènes.

Dans ces échauffourées, un soldat a été légèrement blessé par un cocktail Molotov jeté par un Palestinien, a fait savoir l’armée.

Au cours des dernières années, il y a eu de multiples habitants d’implantations israéliennes, originaires de l’avant-poste illégal voisin d’Esh Kodesh, qui ont tenté d’entrer à Qusra, notamment des soldats armés qui n’étaient pas en service.

Dans certains cas, les Israéliens ont été attaqués avec des pierres. Dans d’autres, ils ont été arrêtés par les Palestiniens locaux et livrés aux forces de sécurité israéliennes.

Dov Lieber a contribué à cet article.