Un kamikaze au volant d’un camion piégé a tué mardi un civil à l’entrée d’un complexe de la police et un capitaine de l’armée a péri dans un attentat dans le nord du Sinaï égyptien, bastion de djihadistes affiliés au groupe Etat islamique.

La première attaque a eu lieu dans la ville d’Al-Arish, chef-lieu de la province du Nord-Sinaï, l’un des principaux théâtres d’attentats devenus quasi quotidiens en Egypte.

Les plus meurtriers visent les forces de l’ordre et sont revendiqués par des groupes djihadistes disant agir en représailles à la très sanglante répression qui s’est abattue sur les partisans de l’ex-président islamiste Mohamed Morsi, destitué et emprisonné par l’armée le 3 juillet 2013.

« L’assaillant a foncé avec son camion citerne à eau contenant des explosifs vers le portail d’entrée à l’arrière de la base » de la police, a raconté à l’AFP un officier.

Outre le kamikaze, un civil a péri, deux ont été blessés ainsi que 30 policiers, tous légèrement touchés par des éclats de verre, a assuré à l’AFP Hani Abdel Latif, porte-parole du ministère de l’Intérieur.

Un peu plus tard mardi, au sud d’Al-Arish, une bombe a tué un capitaine de l’armée et blessé deux soldats au passage de leur véhicule, selon des militaires. Dimanche déjà, trois militaires avaient péri dans un attentat similaire non loin de là.

Les attaques meurtrières qui secouent régulièrement le nord du Sinaï sont principalement revendiquées par la branche égyptienne du groupe Etat islamique (EI), Ansar Beït al-Maqdess.

Par ailleurs, de petites bombes rudimentaires explosent presque chaque jour au Caire ou à Alexandrie, dans le nord, ne provoquant dans la plupart des cas que de légers dégâts, le plus souvent devant des enseignes commerciales étrangères, banques, opérateurs de téléphonie mobile, hypermarchés, etc.

Selon des experts, l’obectif de ces petits attentats serait de créer un sentiment d’insécurité dans l’esprit des investisseurs étrangers, à quelques jours d’une conférence économique internationale qui s’ouvre vendredi à Charm el-Cheikh, station balnéaire du Sinaï.

Organisée par le gouvernement du président Abdel Fattah al-Sissi, elle est destinée à attirer les capitaux étrangers après trois années de chaos ayant poussé l’économie au bord du gouffre.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry s’entretiendra en fin de semaine avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi en marge de la conférence économique qui aura lieu le 13 mars, a annoncé lundi le département d’Etat.

John Kerry y verra le président Sissi, élu en 2014, et d’autres responsables égyptiens pour « discuter d’une série de sujets bilatéraux et mondiaux, notamment les efforts de la coalition contre l’Etat islamique, la situation en Libye et la crise en cours en Syrie », a précisé le département d’Etat.

« Les Etats-Unis sont engagés dans le renforcement du partenariat stratégique et économique à long terme avec l’Egypte », a souligné la porte-parole de la diplomatie américaine, Jennifer Psaki.

Elle a également plaidé une nouvelle fois pour « les aspirations du peuple égyptien à disposer d’un climat politique apaisé et respectueux des droits et des libertés ».

Washington se sent bien plus proche du régime Sissi que de celui de son prédécesseur, le président islamiste Mohamed Morsi, élu démocratiquement en 2012 et renversé un an plus tard par l’armée dirigée à l’époque par Sissi. Les Etats-Unis n’ont d’ailleurs jamais qualifié cette destitution de coup d’Etat.

Il n’en demeure pas moins vrai aussi que le gouvernement américain dénonce très régulièrement la terrible répression policière et judiciaire contre les opposants du régime égyptien et notamment les partisans des Frères musulmans.

De fait, depuis la chute du régime de Hosni Moubarak en 2011, les Etats-Unis sont confrontés à un dilemme avec l’Egypte: Washington exprime régulièrement son mécontentement sur le bilan des droits de l’homme mais doit aussi compter sur son alliance militaire avec cette pièce maîtresse de la diplomatie américaine dans le monde arabe.

Les Etats-Unis lui allouent chaque année 1,5 milliard de dollars d’aide, dont environ 1,3 milliard en assistance militaire. Une partie de celle-ci avait été gelée en octobre 2013 et conditionnée à des réformes démocratiques. Depuis, des hélicoptères de guerre Apache ont été livrés mais une dernière tranche d’aide militaire est encore bloquée.

Les organisations internationales de défense des droits de l’Homme considèrent que son régime est plus répressif que celui de Hosni Moubarak mais l’Egypte apparaît de plus en plus comme un allié incontournable des puissances occidentales dans la région.

Sissi, à la tête de l’armée la plus puissante du monde arabe, est l’un des principaux dirigeants de la région à réclamer une force arabe unifiée pour combattre les groupes djihadistes comme l’EI.