Allocution prononcée par le président de la République française pendant la conférence pour la paix au Proche Orient, organisée à Paris le dimanche 15 janvier.

Merci aux participants d’être nombreux pour cette conférence. Il y a un an, la France décidait de prendre une initiative pour la paix au Proche Orient. Le ministre des Affaires étrangères Jean Marc Ayrault a porté inlassablement cette volonté de donner une perspective.

L’initiative française était d’abord une alerte car la solution des deux Etats, celle sur laquelle la communauté internationale s’était retrouvée depuis plusieurs années, apparaît menacée.

Elle l’est physiquement sur le terrain par l’accélération de la colonisation ; elle l’est politiquement, par l’affaiblissement progressif du camp de la paix ; elle l’est moralement par la méfiance qui s’accumule entre les parties, et bien sûr qu’exploite les extrémistes.

Elle l’est enfin par les terroristes eux-mêmes, qui ont toujours redouté la perspective d’un accord israélo-palestinien, et l’attentat qui a frappé Jérusalem le 8 janvier dernier en est la manifestation la plus abjecte, et qui mérite d’être condamnée par tous.

Voilà pourquoi il était si important de prendre et de reprendre l’initiative ; certes, les guerres en Irak, en Syrie, au Yémen, la lutte contre Daesh [acronyme arabe du groupe terroriste Etat islamique] ont à juste raison mobilisé la communauté internationale, ces derniers mois, voire ces dernières années, et ont pu laisser penser qu’il était moins urgent de se préoccuper du processus de paix au Proche Orient, qu’il pouvait attendre.

Jean-Marc Ayrault, ministre français des Affaires étrangères, inaugure la conférence pour la paix au Proche Orient organisée à Paris, le 15 janvier 2017. (Crédit : Twitter/Jean-Marc Ayrault)

Jean-Marc Ayrault, ministre français des Affaires étrangères, inaugure la conférence pour la paix au Proche Orient organisée à Paris, le 15 janvier 2017. (Crédit : Twitter/Jean-Marc Ayrault)

Mais, comment penser que le Moyen Orient pourra retrouver sa stabilité si l’on ne traite pas le plus ancien de ses conflits, car il continue de servir de prétexte aux criminels qui enrôlent des esprits égarés.

Voilà pourquoi le monde ne peut pas, ne doit pas, se résigner au statu quo. Votre présence aujourd’hui, avec 70 Etats et organisations internationales représentés est la preuve que nous ne renonçons à rien, et que nous voulons avancer.

Il y a eu déjà le rapport du Quartette, qui rassemble les Nations unies, l’Union européenne, les Etats-Unis et la Russie, et le 1er juillet dernier, il avait déjà mis en garde le monde contre le risque que s’installe la réalité d’un seul Etat.

Il y a eu ensuite la résolution du Conseil de sécurité, adoptée sans aucune opposition parmi ses 15 membres, qui a réaffirmé le soutien international à la solution des deux Etats. C’est pour nous tous un point d’appui.

Le Secrétaire d'Etat John Kerry donne un discours consacré à la paix au Moyen Orient au Département d'Etat, à Washington, le 28 décembre 2016. (Crédit : Zach Gibson/Getty Images/AFP)

Le Secrétaire d’Etat John Kerry donne un discours consacré à la paix au Moyen Orient au Département d’Etat, à Washington, le 28 décembre 2016. (Crédit : Zach Gibson/Getty Images/AFP)

Je salue également le discours qu’a tenu [le secrétaire d’Etat américain] John Kerry ces derniers jours, et qui est venu encore renforcer cette prise de conscience.

Dans la région, je constate que la solution des deux Etats continue de bénéficier d’un soutien large, au-delà des différences, souvent importantes, qui peuvent exister sur d’autres sujets. Et ce qui vaut pour la région vaut également pour le monde.

La solution des deux Etats n’est pas le rêve d’un système d’hier, c’est encore, c’est toujours, l’objectif de la communauté internationale dans toute sa diversité pour l’avenir.

Je voudrais donc, avec cette conférence, inscrire la question du Proche Orient à l’agenda international.

Mais je veux être clair sur nos intentions. Il n’est pas question de dicter aux parties les paramètres du règlement, comme certains l’ont prétendu pour disqualifier nos efforts. Je réaffirme ici que seules des négociations directes entre les Israéliens et les Palestiniens peuvent conduire à la paix. Nul ne le fera à leur place.

C’est à leurs dirigeants de s’entendre, et de convaincre leurs populations des compromis nécessaires.

Par le passé, je le rappelle, les avancées ont toujours été le produit de discussions, et le blocage, toujours la résultante de l’absence de dialogue.

Le président français François Hollande (au centre), le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon (au centre, à gauche), le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault (au centre, à droite), le secrétaire d'Etat américain John Kerry (4° à droite), la responsable des Affaires étrangères de l'UE Federica Mogherini (3° à droite) et des responsables pour la photo de groupe de la conférence sur l'initiative pour la paix au proche Orient, organisée à Paris le 3 juin 2016. (Crédit : AFP Photo/Pool/Kamil Zihnioglu)

Le président français François Hollande (au centre), le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon (au centre, à gauche), le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault (au centre, à droite), le secrétaire d’Etat américain John Kerry (4° à droite), la responsable des Affaires étrangères de l’UE Federica Mogherini (3° à droite) et des responsables pour la photo de groupe de la conférence sur l’initiative pour la paix au proche Orient, organisée à Paris le 3 juin 2016. (Crédit : AFP Photo/Pool/Kamil Zihnioglu)

Notre contribution aujourd’hui doit être de donner des garanties et des encouragements. C’est déjà ce que nous avions voulu à travers la réunion du 3 juin, avec une réflexion menée dans trois groupes de travail, que vous avez poursuivie aujourd’hui, sur le volet économique, sur la question des capacités du futur Etat palestinien, et sur la mobilisation des sociétés civiles israéliennes et palestiniennes.

Vous y avez ajouté une réflexion sur les incitations que la communauté internationale pourrait apporter aux deux parties en cas de règlement du conflit. Cette méthode a permis d’identifier de nombreux projets publics et privés dans le domaine des infrastructures urbaines, des transports ou de l’énergie.

Ce travail a également mis en évidence le renforcement des relations économiques et commerciales qu’induirait la paix entre les deux parties, et le partenariat privilégié qui pourrait encore s’amplifier avec l’Union européenne.

Je sais ce que l’on a dit de cette conférence. Il y a toujours les sceptiques. Ils sont nombreux. Il y a ceux qui ne veulent jamais qu’une initiative soit prise, parce qu’ils en préparent une autre. Je sais ce que l’on a dit de cette conférence, qu’elle pourrait être une naïveté.

Comment imaginer parler de la paix aujourd’hui, quand la guerre déchire une grande partie du Moyen Orient. On a dit même que ce pourrait être une futilité, presque un supplément d’âme que nous viendrions ici introduire dans les relations internationales.

Je vous l’affirme ici, la naïveté, ce serait de croire que le rapprochement entre Israël et ses voisins, si nécessaire, serait possible sans avancer vers la paix entre Israéliens et Palestiniens. Et le cynisme, ce serait de s’enfoncer dans le statu quo, pour espérer ensuite un dérèglement de la situation qui justifierait tous les excès.

Il y a un moment où la communauté internationale doit rappeler non seulement les devoirs qu’elle a pour la paix, mais les droits aussi, qui sont ceux attachés aux peuples, et surtout rappeler l’enjeu de la sécurité. La sécurité pour Israël, la sécurité pour l’ensemble de la région, la sécurité aussi pour les Palestiniens.

Notre initiative, elle est faite pour être utile, elle est faite pour aider, et non pas compliquer, elle est faite pour unir, et non pas diviser.

Depuis un an, nous avons beaucoup consulté, nous nous sommes régulièrement retrouvés. Nous avons associé à nos travaux 150 organisations israéliennes et palestiniennes et nous avons constaté que les bonnes volontés étaient toujours là, et cette disponibilité devrait conduire les dirigeants à prendre leurs responsabilités.

C’est pour la stabilité du monde que nous agissons, et nous n’avons pas d’autre intérêt. Et nous aurions tous à souffrir si les peuples du monde arabe et musulman renonçaient, pour des raisons différentes, à la solution des deux Etats.

Voilà notre message : il intervient au moment où une nouvelle administration s’apprête à rentrer en fonction à Washington. Plus de 20 ans après la signature des accords d’Oslo, chacun doit bien savoir quelle est la leçon que nous tirons de l’histoire. Chacun doit bien comprendre quel est l’enjeu et que rien ne peut être improvisé ou bouleversé. Il y a un effort qui a été engagé il y a des années, il doit se poursuivre.

Il est légitime, il est nécessaire, que la communauté internationale réfléchisse sérieusement à la meilleure façon d’accompagner la solution des deux Etats.

Et j’affirme ici que cette solution est la seule possible pour la paix et la sécurité, et je vous remercie tous d’y avoir contribué par votre présence, par vos travaux, par vos inspirations, aujourd’hui, à Paris.