Le 1er février 2006, à l’issue d’une bataille juridique prolongée, environ 10 000 agents de police israéliens, gardes frontaliers et soldats avaient été mobilisés sur le site de l’avant-poste d’Amona dans le centre de la Cisjordanie pour démolir neuf constructions appartenant à des résidents juifs, conformément à une ordonnance du tribunal.

Il s’en était suivi un violent désordre.

Les affrontements qui avaient opposé à cette occasion les forces de sécurité et les 4 000 personnes environ qui protestaient contre ces démolitions avaient entraîné plus de 220 blessés, selon les chiffres du gouvernement.

Environ 140 d’entre eux étaient des civils, parmi lesquels deux membres de la Knesset. Les douzaines d’autres étaient des personnels sécuritaires, dont un membre de la Police des Frontières qui avait été gravement blessé à la tête et avait été emmené d’urgence en hélicoptère vers un hôpital de Jérusalem.

Dans un communiqué conjoint, l’armée et la police avaient décrit de « nombreux actes de violence extrême » tandis qu’Effi Eitam, l’un des parlementaires blessés, avait qualifié de « progrom » cette démolition.

Affrontements entre la police et des manifestants à l'avant-poste d'Amona en 2006. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Affrontements entre la police et des manifestants à l’avant-poste d’Amona en 2006. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Finalement, les neuf constructions avaient été démolies mais l’incident avait laissé une trace profonde dans la conscience des Israéliens et avait convaincu les membres formant la communauté des résidents juifs que “la menace de la violence fonctionne”, selon l’analyse d’un rédacteur du journal nationaliste Israel National News qu’il avait communiquée à l’ONG International Crisis Group.

Et pourtant, six ans et demi après, en septembre 2012, lorsque les 50 familles vivant dans l’avant-poste de Migron ont également dû faire face à une ordonnance de démolition issue par la Cour Suprême – après des années de procédures légales – la violence a pu être largement évitée.

Des jeunes juifs sur le toit d'un mobil-home dans l'aimplantation de Migron. (Crédit : Oren Nahshon/Flash90)

Des jeunes juifs sur le toit d’un mobil-home dans l’aimplantation de Migron. (Crédit : Oren Nahshon/Flash90)

Des terres, peu éloignées de l’implantation illégale originale, ont été promises aux habitants, et même si de jeunes résidents et leurs partisans ont été physiquement traînés par la police hors du périmètre de l’implantation, l’évacuation s’est “largement conclue par le dialogue et le sentiment de responsabilité plutôt que par la violence”, avait jugé à l’époque le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

L’avant-poste entier d’Amona devrait être évacué le 25 décembre au plus tard conformément à un jugement rendu par la Haute-Cour qui a déterminé que l’implantation avait été édifiée sur des terres privées appartenant à des Palestiniens.

Le procureur général Avichai Mandelblit à Jérusalem, le 5 juillet 2015. (Crédit : Emil Salman/POOL)

Le procureur-général Avichai Mandelblit a proposé un compromis quelque peu similaire à celui qui avait été appliqué à Migron.

Les évacués d’Amona pourraient être temporairement relogés sur trois lots de terre actuellement administrés par l’organisme israélien de gestion des terres appartenant à des propriétaires absentéistes.

Ils vivraient là-bas tandis que leurs habitations, quant à elles, seraient terminées au sein d’une autre implantation du nord de la Cisjordanie.

Les habitants d’Amona ont rejeté cette offre. “Nous ne sommes pas des objets que vous pouvez déplacer d’un endroit à l’autre. Nous n’abandonnerons pas volontairement nos maisons pour un autre lieu pour qu’on nous en expulse encore une fois après huit mois d’incertitude”, ont-ils expliqué sur les ondes de la radio israélienne mardi.

Environ 120 rabbins, qui s’identifient comme appartenant au camp religieux national, ont également appelé dans une lettre diffusée lundi “tous ceux qui en sont capables” à se rendre à Amona et à “protester vigoureusement contre la destruction de l’implantation, en faisant de la résistance passive et sans violence”.

Alors quel scénario sera donc celui qui se déroulera à Amona, en 2016 ? Les émeutes violentes qui avaient agité Amona en 2006 ou l’évacuation comparativement pacifique qui avait marqué Migron en 2012?

A ce point des événements, la conjecture reste ouverte.

‘Violence et hostilité’

L’armée israélienne, qui aura la mission ultime de procéder à l’évacuation (même s’il est probable que la Police des Frontières sera chargée de réaliser le gros du travail) n’a pas désiré faire de commentaires en amont de l’opération, jugeant que la question est devenue trop “politique”.

Le service de sécurité du Shin Bet, qui a examiné les possibilités de violence pour la Haute-Cour de Justice, ne révèlera pas non plus au public ses conclusions.

Néanmoins, en dépit de la classification du rapport établi par le Shin Bet, la Haute-Cour de Justice a inclus une paraphrase de ce document dans sa décision portant sur l’évacuation qui laisse entendre qu’un certain degré de violence est attendu.

‘[L’évacuation] mènera à certains actes de violence et d’hostilité de la part d’éléments radicaux’

Spécifiquement, a noté le Tribunal, il y a des raisons de soupçonner que l’évacuation résultera en agressions “de représailles” contre des Palestiniens de la part d’extrémistes juifs – ainsi nommés car les actes de vandalisme, de violence et de terrorisme prétendent représenter le “coût” des actions entreprises à l’encontre des activités des implantations – ainsi que de possibles actes de vengeance perpétrés par des Palestiniens aux agressions “en représailles”.

“[L’évacuation] mènera à certains actes de violence et d’hostilité de la part d’éléments radicaux, soit contre les forces de sécurité, soit contre la population palestinienne, actes qui pourraient entraîner des réponses de la part d’éléments violents de la population palestinienne », a écrit le Tribunal dans son Jugement, citant l’évaluation réalisée par le Shin Bet.

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan pendant une conférence sur le renforcement de la relation entre le peuple juif et le mont du Temple, à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan pendant une conférence sur le renforcement de la relation entre le peuple juif et le mont du Temple, à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Et pourtant, le ministre de la Sécurité Publique Gilad Erdan, qui a pris la parole lundi à la Knesset, a indiqué qu’il n’anticipait pas de violences et ce, même si l’évacuation devait suivre son cours (Il a maintenu espérer qu’elle soit entièrement empêchée).

“La majorité ou même tous obéiront à la loi et ne lèveront pas la main contre un policier”, a indiqué Erdan durant une séance de « questions » lors de la plénière.

“Je ne pense pas que nous devions nous attendre à voir des images similaires à celles que nous avions vues il y a 10 ans à Amona”, a-t-il ajouté.

Il pourrait toutefois s’agir d’une forme de pensée magique.

Barricades et pneus incendiés

Dans le sillage de la décision prise par la Haute-Cour de rejeter une demande du gouvernement qui réclamait le report de la démolition, des représentants d’Amona ont juré de « se dresser comme un mur fortifié » contre l’évacuation, aux côtés des « partisans qui viendront de tout le pays protester contre l’évacuation ».

Si les mouvements précédents de protestation contre les démolitions peuvent former une indication, ce « mur fortifié » comprendra probablement des activistes « se barricadant eux-mêmes dans les constructions visées, érigeant des barrages routiers, faisant brûler des pneus ou organisant des manifestations massives », selon la réponse apportée par l’ONG International Crisis Group, qui a cité de nombreux incidents survenus lors de telles opérations.

Les Israéliens des implantations juives en Cisjordanie Ofra et Amona manifestent pour réclamer m'approbation d'une loi légalisant les avant-postes en Cisjordanie aux abords du Bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les Israéliens des implantations juives en Cisjordanie Ofra et Amona manifestent pour réclamer m’approbation d’une loi légalisant les avant-postes en Cisjordanie aux abords du Bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour empêcher de tels scénarios, les forces israéliennes – soldats, gardes frontaliers, et officiers de police en uniforme et en civil – tentent de conserver le maximum de personnes possible à l’écart de la zone. Le lieu est déclaré “périmètre militaire fermé”. L’entrée y est interdite et les routes principales desservant le lieu sont fermées.

Selon un reportage d’information diffusé sur la Deuxième chaîne lundi, au moins 3 000 officiers de police devraient être mobilisés à l’occasion de l’évacuation.

Les résidens israéliens affrontent les forces de sécurité alors que les démolitions commencent dans l'implantation Beit El, en Cisjordanie, le 29 juillet 2015. (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Les résidens israéliens affrontent les forces de sécurité alors que les démolitions commencent dans l’implantation Beit El, en Cisjordanie, le 29 juillet 2015. (Crédit : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

L’armée assure généralement la sécurité aux abords du périmètre, tandis que les gardes-frontières et la police gèrent l’évacuation en cours. Ceci afin d’empêcher au maximum les images montrant des soldats expulsant par la force les habitants, comme celles qui avaient circulé lors de l’évacuation de l’implantation de Gush Katif à Gaza, en 2005 – et les émotions que ces clichés avaient suscité.

La tactique de fermeture de la zone est agrémentée d’un élément de surprise permettant de garantir que le plus petit nombre possible de manifestants aura réussi à pénétrer au sein du “périmètre militaire fermé” lorsque commencera l’évacuation. La date exacte de la démolition est donc conservée secrète de façon à prendre de court les militants.

Le problème, c’est que cette information fuit souvent auprès des activistes en amont de l’opération, communiquée par des membres des forces de sécurité affichant de la sympathie pour leur cause.

“Les colons ont des informateurs dans l’armée, à tous les rangs. Vous devez limiter le nombre de décisionnaires pour conserver un effet de surprise”, a expliqué au Crisis Group un réserviste militaire qui a aidé au plan d’évacuation d’une construction à Hébron en 2009.

Depuis que la Haute-Cour a annoncé sa décision, les habitants d’Amona se sont préparés à accueillir des manifestants, même si les routes sont fermées.

 Des tentes dressés à proximité des mobil-homes dans l'avant-poste israélien non-autorisé d'Amona, en Cisjordanie, le 17 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Des tentes dressés à proximité des mobil-homes dans l’avant-poste israélien non-autorisé d’Amona, en Cisjordanie, le 17 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Ces derniers ont commencé à monter des tentes et des zones de repos pour les milliers de protestataires qu’ils souhaitent voir arriver.

S’adressant au journal Yedioth Ahronoth, l’un des organisateurs de la manifestation, Etzion David, a révélé que lui et d’autres activistes s’étaient mis en quête de chemins alternatifs permettant l’entrée dans la zone.

“Nous avons un plan pour les routes d’accès, et il y aura des voitures et des Jeeps qui transporteront les gens. L’armée va [les fermer] et nous ferons en sorte de nous assurer que les gens viendront tout de même », a-t-il expliqué.

Le point sur la législation israélienne de légalisation des avant-postes de Cisjordanie

Marissa Newman et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.