Plus d’un million de Britanniques estimaient le contraire lundi à travers une pétition qui réclame du gouvernement qu’il annule la visite d’Etat du président américain prévue en 2017.

Une pétition, des manifestations devant Downing Street et dans plusieurs villes du pays, des députés de la majorité gouvernementale qui se pincent le nez, et une Première ministre sous le feu des critiques pour avoir dénoncé très tardivement les restrictions à l’immigration imposées par Donald Trump : l’euphorie est vite retombée à Londres après la satisfaction d’avoir vu Theresa May devenir le premier dirigeant étranger à être reçu à Washington vendredi.

Le refus, dans un premier temps, de la cheffe du gouvernement conservateur de critiquer samedi le décret américain a déclenché un torrent de protestations qui ne donnait aucun signe de tarissement.

Un communiqué de Downing Street a bien rectifié le tir dans la nuit de samedi à dimanche.

Mais pour beaucoup, le mal était déjà fait et Mme May continue à être accusée jusque dans son propre camp de sacrifier les droits de l’Homme au profit de la « relation spéciale » entre Londres et Washington.

« Je me fiche de la relation spéciale, certaines lignes ne doivent juste pas être franchies », a réagi la députée torie Heidi Allen.

Le fait que le Royaume-Uni ait obtenu depuis une exemption pour ses ressortissants naturalisés et les binationaux, tel que le champion olympique Mo Farah, n’a pas plus suffi pour étouffer la polémique.

‘Pas le bienvenu’

« Vous n’êtes pas le bienvenu, M. le Président », titrait lundi le Daily Mirror (gauche) en lettres capitales sur sa Une.

Les critiques se focalisaient sur la perspective de la visite d’Etat de Donald Trump au Royaume-Uni, prévue « plus tard cette année ».

« Une invitation a été transmise et elle a été acceptée », a souligné Downing Street, insistant que la position du gouvernement britannique n’avait pas bougé d’un iota.

Reste que le parti travailliste, les libéraux-démocrates et le parti national écossais SNP ont tous réclamé que la viste d’Etat soit annulée. Ils ont été confortés par le succès de la pétition anti-Trump, lancée avant même le décret, qui signifie qu’elle sera débattue devant le Parlement, sans être forcément soumise à un vote.

Réalisme oblige, il ne s’agit pas d’interdire le territoire britannique au président des Etats-Unis, dont la mère est d’origine écossaise. Mais de transformer son premier voyage en simple visite sans l’appellation d' »Etat ».

Très codifiée, une visite d’Etat s’entoure d’un faste particulier qui comprend un défilé en carrosse sur le Mall -l’avenue prestigieuse qui s’étend face au palais de Buckingham-, un discours sous les ors du Parlement de Westminster et surtout un banquet officiel au palais de Buckingham avec la reine Elizabeth II.

‘Misogynie et vulgarité’

Selon le texte de la pétition, publiée sur le site du Parlement, cela risquerait d’ « être embarrassant » pour Elisabeth II. « La misogynie notoire de Donald Trump et sa vulgarité le disqualifient pour être reçu par Sa Majesté la reine et le prince de Galles », son fils, ajoute la pétition.

La perspective d’une poignée de main entre Donald Trump et la reine hérisse également plus d’un député, y compris au sein de la majorité gouvernementale.

L’ancien secrétaire d’Etat conservateur, Alistair Burt, a ainsi estimé que la perspective d’une visite d’Etat était une « très mauvaise » chose.

« Voir nos gouvernants se courber devant un homme défendant des valeurs qui ne correspondent pas à nos valeurs britanniques enverrait un signal très négatif », a également estimé l’ancienne ministre conservatrice Sayeeda Warsi.

Le leader de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn estime, lui, que « Theresa May laisserait tomber le peuple britannique si elle ne reporte par la viste d’Etat ».

« Suis-je le seul à trouver insupportable l’idée que notre Première ministre pousse, pour des raisons politiques erronées, CET HOMME dans les bras de notre reine ? », s’est offusqué sur Twitter Paddy Ashdown, l’ancien leader des Lib-Dems.

Le ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, était attendu lundi au Parlement pour défendre la position du gouvernement.