TEL AVIV (JTA) – Wonder Woman, Rosie la Riveteuse et une pilote d’avion de chasse israélienne font leur entrée dans un bar. Elles ne sont pourtant qu’une toute petite partie des héroïnes qui ont déambulé samedi dans les rues de Tel Aviv à l’occasion de la nuit de Pourim.

Alors que la Journée internationale des droits des Femmes est tombée vingt-quatre heures avant le week-end de la fête cette année, les femmes dans tout Israël ont revêtu des costumes de super-héroïnes pendant toute la semaine. Les soldates ou personnages de fiction ont envahi les rues et les réseaux sociaux. Les icônes et autres figures emblématiques du féminisme semblaient d’ailleurs être partout à la fois.

Shir Yorkevitz et deux autres enseignantes ont enfilé leurs déguisements de Rosie la Riveteuse mercredi, dans leur collège de Herzliya. Professeur d’histoire de 26 ans, Yorkevitz explique qu’elle voulait transmettre un message féministe à ses élèves.

« Ce n’est pas seulement un costume mignon pour fêter Pourim, cela a été aussi l’occasion d’amener les adolescentes à parler des droits des femmes », dit-elle. « C’est une bonne chose que ce costume soit si facile à réaliser ».

Occupée à réviser pour ses examens finaux en sciences politiques à l’université de Tel Aviv, Eilit Rozin a envoyé sa mère pour qu’elle lui trouve un déguisement de Wonder Woman. Elle indique avoir été inspirée par le portrait de ce personnage incarné par l’actrice israélienne Gal Gadot, notant que cette dernière a été l’une des quelques femmes seulement à avoir son propre film de Marvel Comics – « Wonder Woman », qui sortira sur les écrans cet été.

Shir Yorkevitz pose aux côtés d'une autre enseignante dans le collège où les deux femmes enseignent à Herzliya, en Israël, le 8 mars 2017 (Autorisation de  Shir Yorkevitz via JTA)

Shir Yorkevitz pose aux côtés d’une autre enseignante dans le collège où les deux femmes enseignent à Herzliya, en Israël, le 8 mars 2017 (Autorisation de Shir Yorkevitz via JTA)

“J’adore vraiment les films et les émissions télé de super-héros. On les voit au départ comme des sous-fifres, comme des gens qui ne font que des petites choses. Et pour moi, c’est vraiment important de voir des femmes qui combattent des méchants », s’exclame-t-elle.

Rozin, qui avait adopté les traits de Rosie la Riveteuse l’année dernière, ajoute que le choix de Wonder Woman lui est apparu comme particulièrement juste après la diffusion de la vidéo mardi soir à la télévision du rabbin Yigal Levinstein. Ce dernier y affirmait que le service militaire « a rendu nos filles folles ». Elle déclare qu’elle, comme d’autres ‘superwomen’ rencontrées dans la vie et ayant fait leur service dans l’armée, se sont senties blessées.

“C’est une conception bizarre et les gens doivent la dépasser », a-t-elle dit. « Je pense que c’est d’ailleurs le cas ».

Certains rabbins ont pris la défense de Levinstein et le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri l’a qualifié de « courageux » pour avoir osé s’exprimer ainsi. Mais la réaction très largement majoritaire en Israël à ces propos a été la condamnation, à commencer par celles du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du ministre de la Défense Avigdor Liberman.

Jeudi, un commandant des blindés a expliqué que l’armée commencerait le recrutement des femmes dans ses unités, une initiative également controversée.

Les réactions violentes aux commentaires de Levinstein dans les médias et sur Facebook se sont fondues dans la Journée internationale des droits des Femmes et dans la couverture par les médias de Pourim. Une histoire (lien en hébreu) du magazine du week-end du quotidien israélien Yedioth Aharanoth concernant deux jeunes filles habillées comme leurs mères respectives, officier dans l’armée, à l’occasion de Pourim a été largement partagée sur Facebook.

Eilit Rozin posant cen Rosie la Riveteuse à l'université de Tel Aviv à Tel Aviv, en Israël, le 22 mars 2016. (Autorisation :  Eilit Rozin)

Eilit Rozin posant cen Rosie la Riveteuse à l’université de Tel Aviv à Tel Aviv, en Israël, le 22 mars 2016. (Autorisation : Eilit Rozin)

« Je suis vraiment fière de ma mère et j’ai donc voulu lui ressembler, mais son uniforme était trop grand pour moi », aurait déclaré Liel Dahan, 9 ans en évoquant sa mère qui est officier dans la police militaire. Sur une photographie accompagnant l’histoire, Liel apparaît au garde-à-vous devant sa mère, une mitrailleuse à la main. Elles arborent les mêmes uniformes.

Yorkevitz déclare que peu de ses élèves – que ce soit au collège ou au lycée où elle enseigne – ont revêtu ce qui pourrait être considéré comme des costumes féministes cette année « à moins qu’on puisse considérer Fiona de Shrek comme tel ».

« Les filles veulent simplement quelque chose qui rende leur corps agréable à regarder, et les garçons ne se déguisent pas à moins qu’ils ne le fassent avec [ou pour] une fille », explique Yorkevitz. « [Les élèves filles] s’imaginent que les femmes ont déjà l’égalité des droits. Elles peuvent porter des pantalons et faire ce qu’elles veulent et elles pensent donc que ce combat est déjà terminé ».

Yorkevitz indique même les autres enseignantes auxquelles elle a demandé d’endosser le costume de Rosie la Riveteuse ont dû être informées de qui était ce personnage. Mais Rozin, quant à elle, apprécie les sacrifices des femmes qui l’ont précédée. Et lors de la Journée internationale des Droits des Femmes, elle a apporté des fleurs à sa mère.

« Je lui ai dit qu’elle était mon modèle parce qu’elle est vraiment forte, vraiment indépendante », dit-elle. « Elle est ma super-héroïne préférée ».