Les Etats-Unis ont dénoncé jeudi les « atrocités » de groupes islamistes « terroristes » comme l’Etat islamique, Al-Qaïda ou Boko Haram, Washington s’en prenant pour la première fois à ces organisations « non étatiques » dans son rapport mondial annuel sur les droits de l’homme.

Ce document du département d’Etat, qui pointe en général les violations et crimes perpétrés par les gouvernements, épingle encore cette année les bêtes noires de l’Amérique sur les droits de l’homme: Iran, Chine, Arabie saoudite, Egypte, Russie, Cuba ou Ethiopie. Téhéran, en particulier, avec qui Washington espère sceller un accord historique sur son programme nucléaire, est violemment critiqué pour ses « graves restrictions » sur les libertés individuelles.

Mais l’édition 2014 du rapport met l’accent sur des « acteurs non étatiques », ce que la diplomatie américaine appelle des « organisations terroristes comme l’Etat islamique, Al-Qaïda dans la Péninsule arabique, Al-Qaïda au Maghreb islamique, Boko Haram (ou) les shebab » somaliens.

« On se souviendra de l’année 2014 comme celle des atrocités commises par des acteurs non étatiques. La brutalité de ces acteurs est l’une des tendances notables » du rapport, dont la version 2014 est rendue publique avec quatre mois de retard.

« Il n’y a rien eu de plus troublant que l’émergence de groupes comme Daech (autre nom donné à l’EI, Ndlr), Al-Qaïda, Boko Haram, les shebab », a tonné le secrétaire d’Etat John Kerry, lors d’une présentation à la presse.

La semaine dernière, un autre rapport du département d’Etat sur le terrorisme avait justement mis au jour la hausse vertigineuse, l’an dernier, du nombre de tués dans 13 400 attentats: près de 33 000 morts, soit une poussée de 81% sur un an.

‘Zéro considération pour la vie humaine’

Aux yeux de Kerry, ces organisations « terroristes » n’ont « non seulement aucune considération pour les droits de l’homme (mais aussi) zéro considération pour la vie humaine ».

« Nous avons vu des groupes comme l’EI brûler vifs des êtres humains, décapiter de manière barbare des prisonniers, réduire des jeunes filles en esclavage et exécuter des innocents », s’est-il indigné.

Il s’en est aussi pris à la « brutalité » et au « nihilisme d’attaques atroces commises par des talibans pakistanais et par Boko Haram contre des écoliers, aux assassinats de journalistes de Charlie Hebdo et à nombre de tueries perpétrées par l’EI ».

Le secrétaire d’Etat, l’un des architectes d’une coalition militaire contre l’EI qui contrôle depuis un an de larges parties de l’Irak et de la Syrie, a rappelé que « la communauté internationale avait l’obligation absolue de vaincre ces groupes ».

Il a toutefois jugé que « l’essor de l’EI résultait en partie (…) d’atrocités commises par le gouvernement syrien et d’échecs, en termes de gouvernance, en Irak ».

2014, ‘dure pour les droits de l’homme’

La protection des droits de l’homme est une priorité de la diplomatie américaine et 2014 fut « une année dure » en la matière, a résumé le secrétaire d’Etat adjoint pour la Démocratie et les Droits de l’homme, Tom Malinowski.

Son ministère présente chaque année son rapport continent par continent, pays par pays. Avec un coup de projecteur en 2014 sur l’Afghanistan, le Bangladesh, le Bélarus, la Birmanie, la Chine, Cuba, la Corée du Nord, l’Egypte, l’Irak, le Nigeria, le Pakistan, la Russie le Soudan et le Soudan du Sud, la Syrie, la Thaïlande ou encore le Venezuela.

L’Iran, en particulier, priorité absolue de l’administration du président Barack Obama, « continue de limiter gravement les libertés individuelles, comme la liberté de rassemblement, d’expression, de religion et la liberté de la presse », a condamné le département d’Etat.

Malinowski a même dû admettre que Washington « n’avait pas vu d’amélioration significative de la situation » des droits de l’homme depuis 2013 et l’arrivée au pouvoir du président Hassan Rouhani.

Les Etats-Unis n’ont plus de relations diplomatiques avec la République islamique depuis 1980 et quatre Américains sont détenus en Iran, certains depuis des années. Leur sort est évoqué par les deux pays, en marge des tractations internationales sur le programme nucléaire iranien.

Ces discussions sont dans leur dernière ligne droite et les grandes puissances et l’Iran espèrent conclure un accord historique dans les prochains jours.

Mais, a insisté Malinowski, l’objectif de ces pourparlers « n’est pas de traiter des questions des droits de l’homme ».