Deux habitants d’un kibboutz, devenus des banquiers d’investissement et qui maintenant sont des entrepreneurs ont pour quête d’aider les patients qui souffrent de maladies gastro-intestinales handicapantes, dont les ulcères et la maladie de Crohn, en s’attaquant aux bactéries qui seraient, selon leur recherche, à la racine des maladies.

La société de biotechnologie fondée par Dror Ben-Asher et Ori Shilo, RedHill Biopharma Ltd., dont les actions sont vendues à Tel Aviv et au Nasdaq, mène des essais cliniques en phase finale pour plusieurs médicaments, dont deux qui visent à lutter contre la maladie de Crohn et la bactérie H. pylori, la bactérie qui est à la racine des ulcères et une cause pouvant provoquer un cancer gastrique.

RedHill mène également des expérimentations sur d’autres médicaments qui sont en phase clinique pour pouvoir évaluer les risques et a récemment conclu un accord avec Concordia Pharmaceuticals Inc. pour promouvoir Donnatal, un médicament utilisé pour traiter le syndrome du côlon irritable aux Etats Unis. La semaine dernière, la société a déclaré avoir signé un accord de licence exclusif avec la firme américaine Entera Health Inc. pour obtenir les droits exclusifs d’une alimentation médicale disponible dans le commerce, EnteraGam, qui permet de gérer la diarrhée chronique et qui doit être administrée sous surveillance médicale.

Les deux accords américains aideront la société à générer des revenus et RedHill est actuellement en train de mettre en place une infrastructure commerciale et installer une force commerciale aux États-Unis, dont le siège social se trouve à Raleigh, en Caroline du Nord, en attendant que ses autres produits mûrissent et obtiennent les éventuelles approbations de la FDA.

Le médicament RHH-105 de RedHill pour lutter contre le H.pylori (Crédit : Autorisation)

Le médicament RHH-105 de RedHill pour lutter contre le H.pylori (Crédit : Autorisation)

Ben-Asher et Shilo sont des amis d’enfance qui ont grandi à Givat Brenner, un kibboutz situé à deux kilomètres au sud de Rehovot où le coton, l’avocat, le blé et le maïs sont cultivés. Il surplombe une colline d’une couleur terre-rouge, baignée de soleil et parsemée d’arbustes verts, qui a inspiré le nom de leur entreprise.

Ben-Asher et Shilo ne sont pas des scientifiques. Leurs expériences professionnelles, avant de fonder RedHill en 2009, étaient la finance et les investissements. Ben-Asher, qui a servi dans une unité d’élite de commandement dans l’aviation, a obtenu des diplômes en droit à Oxford et à Harvard en se concentrant sur les sujets liés à l’industrie pharmaceutique, puis a décidé de monter sa propre entreprise.

Shilo a servi dans l’armée en tant qu’officier dans une unité d’élite spéciale, Sayeret Matkal, puis a voyagé dans le monde et a obtenu son diplôme en économie et en affaires dans des universités israéliennes. Ensuite, il a travaillé comme consultant en Israël. C’est alors qu’il a reçu un appel téléphonique de Ben-Asher, avec qui il n’était plus vraiment en contact et qui l’a invité à rejoindre une entreprise d’investissement qu’il mettait en place avec des partenaires européens. La banque d’investissement qu’ils ont créée s’est concentrée principalement sur l’aide aux sociétés spécialisées dans le domaine des sciences de la vie, et c’est de là que leur intérêt dans le domaine s’est intensifié.

Ils ont également pris conscience de tous les obstacles financiers et réglementaires auxquels sont confrontées les entreprises de sciences de la vie : les longs délais de développement, le manque constant d’argent et les difficultés à obtenir les approbations réglementaires en matière de médicaments. Ils ont donc décidé de faire les choses différemment pour RedHill, une société qu’ils ont créée en 2009.

Concentrer la lutte sur la racine de la maladie de Crohn

Au lieu de créer des médicaments en partant de rien, RedHill achète les licences et acquiert des médicaments nouveaux ou existants dans le cadre d’un développement clinique ou des médicaments déjà sur le marché et utilise diverses stratégies, y compris le mélange et la correspondance des médicaments existants pour créer de nouveaux médicaments administrés par voie orale pour lutter contre les maladies gastro-intestinales, Les maladies inflammatoires et le cancer.

Et leur approche de la maladie de Crohn était également différente : au lieu d’essayer de minimiser les effets de la maladie, comme tous les médicaments sur le marché aujourd’hui, ils ont décidé de s’attaquer à la racine du problème, les bactéries soupçonnées d’être à l’origine de l’inflammation.

La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire sévère du tube digestif qui n’a pas connu de remède et qui peut entraîner des douleurs abdominales, une diarrhée sévère, de la fatigue et une perte de poids. La prévalence de la maladie parmi les juifs est parmi le plus élevée au monde. La compagnie a acquis la combinaison de médicaments d’une société australienne dirigée par le professeur Thomas Borody qui utilisait trois antibiotiques, utilisés pour traiter les patients atteints de lèpre et la tuberculose.

Les médicaments ont montré une efficacité potentielle dans le traitement de la sous-espèce paratuberculosis (MAP) du mycobacterium avium, qui a été trouvée chez des patients atteints de la maladie de Crohn et qui constitue une cause présumée de la maladie.

Borody – qui siège maintenant au conseil consultatif de RedHill – traitait le MAP chez les patients atteints de la maladie de Crohn avec trois pilules séparément et à différentes doses. RedHill a maintenant reformulé et combiné les trois médicaments en une seule pilule avec des doses différentes – le RHB-104.

Ce médicament est en train d’être testé dans le cadre d’un essai clinique en phase III aux États-Unis et dans d’autres pays, ce qui peut, si les résultats sont concluants, conduire à un autre essai clinique de phase III, après quoi, s’il passe ce test, le médicament pourrait être approuvé par la FDA.

Le directeur médical de RedHill, Ira Kalfus (Crédit : Autorisation)

Le directeur médical de RedHill, Ira Kalfus (Crédit : Autorisation)

« Il n’y a pas encore de preuve absolue que le MAP est lié à la maladie de Crohn, et une partie de ce que nous faisons dans notre recherche tente de prouver ce lien », a déclaré le Dr Ira Kalfus, le directeur médical de RedHill, basé à New York.

« Si nous le prouvons, cela changera complètement la discussion sur la façon de traiter la maladie de Crohn », s’est réjoui Goldberg.

Il y a un autre médicament qui, selon les estimations de RedHill, pourrait avoir le potentiel de devenir un médicament star, s’il est prouvé qu’il est sûr et efficace, il s’agit de sa pilule RHB-105 pour lutter contre l’Helicobacter pylori, l’infection bactérienne qui cause les ulcères peptiques et le cancer gastrique.

Cette bactérie, qui infecterait 30 à 40 % de la population adulte aux États-Unis, est traitée aujourd’hui par des médicaments qui combinent deux antibiotiques et un inhibiteur de la pompe à protons qui empêche l’acide formé dans l’estomac d’agir et éradique la bactérie. L’un des problèmes croissants est que le H. pylori est de plus en plus résistant aux combinaisons d’antibiotiques actuellement approuvées.

La Food and Drug Administration des États-Unis (FDA) a placé le H. pylori dans la liste des bactéries hautement prioritaire dans le développement de nouveaux médicaments et, en février dernier, l’organisation mondiale de la Santé l’a inclus dans sa liste de bactéries pour lesquelles des traitements antibiotiques nouveaux et efficaces sont nécessaires. Grâce à la haute priorité de cette infection, le médicament expérimental RHH-105 de RedHill a obtenu la désignation de produit pour maladie infectieuse qualifiée (QIDP) de la FDA, qui vise à stimuler le développement de nouveaux antibiotiques pour le traitement d’infections graves ou potentiellement mortelles.

L’essai de phase III du médicament RHB-105 a montré une efficacité à plus de 89 % d’efficacité dans l’élimination de l’infection à H. pylori par le rapport aux niveaux historiques d’efficacité qui sont de 70 % du traitement standard de la maladie, a déclaré M. Goldberg. La société prévoit d’entreprendre une deuxième étude de phase III avec le RHB-105 dans les mois à venir, qui, si elle est concluante, entraînera potentiellement une demande de commercialisation aux États-Unis.

Le chef de la direction des affaires de RedHill, Guy Goldberg (Crédit : Autorisation)

Le chef de la direction des affaires de RedHill, Guy Goldberg (Crédit : Autorisation)

« C’est une priorité mondiale placée à un niveau élevé pour résoudre ce problème et, au cours des 10 dernières années, aucun nouveau médicament n’a été approuvé pour lutter contre la bactérie », a expliquer Goldberg. « Le monde est enfin en train de comprendre l’importance que cela représente en termes de santé publique de lutter contre cette bactérie et notre médicament est à un stade de développement avancé, donc nous sommes en avance dans la partie ».

Roth Capital Partners a réitéré en février sa recommandation d’achat pour une action avec un objectif à 12 mois pour un prix fixé à 26 dollars et a déclaré que les programmes de la société dans le domaine de la gastroentérologie qui sont à un stade avancé, y compris sur la maladie de Crohn et sur le H. pylori, sont « sous-représentés par le plafond actuel du marché ».

Les actions de RedHill au Nasdaq ont étaient à 10 dollars le 11 avril au moment de la clôture du marché, ce qui porte son plafond de marché à quelque 171 millions de dollars.

Même ainsi, comme pour toutes les entreprises dans le domaine de la biopharmacie, les risques à venir sont nombreux. Ceux-ci incluent des données cliniques défaillantes, une protection non adéquate de leur propriété intellectuelle ou leur incapacité à trouver des financements à des conditions raisonnables, selon le rapport de Roth Capital.

L’importance stratégique de l’accord de co-promotion pour Donnatal avec Concordia « est que RedHill a pour objectif de devenir une entreprise pharmaceutique spécialisée dans la production gastro-intestinale intégrée verticalement et commerciale », a conclu la firme de recherches Edison dans une note du 6 mars. « En outre, RedHill pourra utiliser l’organisation de vente établie pour promouvoir et distribuer ses propres produits ».

Les investisseurs de RedHill comprennent Dan Suesskind, un ancien directeur financier de Teva, qui est également administrateur de l’entreprise, les institutions d’investissement américaines, dont Orbimed, l’un des principaux fonds d’investissement dans le secteur de la santé au monde, et les investisseurs institutionnels israéliens.

Avec ses deux médicaments clés en stade de développement clinique avancé, des programmes pour d’autres médicaments et la distribution de Donnatal et EnteraGam aux États-Unis, et avec quelque 66 millions de dollars en espèce dans ses coffres à la fin de 2016, Goldberg a déclaré que l’entreprise se prépare pour être présent sur le long terme.

« Nous investissons à long terme ici », a-t-il assuré. « Nous voulons aller jusqu’au bout ».