Il y a trente-quatre ans, Tekala, une jeune Ethiopienne âgée de 18 ans, quitte son domicile et rejoint plusieurs jeunes adultes pour tenter d’émigrer clandestinement vers Israël via le Soudan.

Un voyage périlleux qui se solde par un premier échec. A peine arrivée au Soudan, Tekala est kidnappée puis mariée à un musulman soudanais dans la ville d’Al Qadarif.

Craignant pour sa vie, Tekala garde son origine juive secrète pendant des décennies. Elle vécut en tant que musulmane, et donna naissance à cinq enfants.

La semaine dernière, elle réussit finalement à fuir l’Afrique pour rejoindre sa mère et ses frères en Israël et assister au seder de Pessah, rapporte mercredi le quotidien israélien Yedioth Ahronoth.

« J’ai vécu en tant que musulmane pendant des années, mais pas une fois je n’ai abandonné le rêve de rejoindre Israël ou oublié ma famille. Je savais qu’un jour nous serions réunis », raconte-t-elle au quotidien israélien.

Il y a six ans, Tekala – dont la véritable identité est tenue secrète pour des motifs sécuritaires – réussit à prendre contact avec les autorités israéliennes, sans réel succès.

Cependant, il y a quatre mois et avec l’aide d’un tiers, Tekala parvient à prendre contact avec un individu de confession juive travaillant en Afrique pour le compte d’une entreprise israélienne et lui fait part de son désir d’émigrer en Israël. Il transmet le message à un représentant de l’Agence juive en Ethiopie.

Tekala apprend ainsi que sa famille a déménagé en Israël depuis un certain temps avant d’élire résidence à Beer Sheva. Elle est également informée du décès de son père.

Elle prend alors la décision de fuir le domicile conjugal, laissant derrière elle ses cinq fils.

Tekala raconte au quotidien israélien son désir d’emmener ses fils avec elle en Israël, mais qu’elle ne leur avait jamais confié sa véritable identité juive avant sa fuite.

« Mes enfants me manquent déjà. Je souhaiterais leur téléphoner et tout leur dire, mais je ne sais pas à quel point cela pourrait les heurter de découvrir leur identité juive », dit-elle.

Afin de faciliter sa fuite vers Israël, les représentants de l’Agence juive conseillent à Tekala de dire à son époux qu’elle devait de toute urgence retourner en Éthiopie en raison du décès de son père et de l’état de santé très préoccupant de sa mère.

Son autorisation obtenue, elle se met en route vers l’Ethiopie il y a deux mois. Après un bref séjour dans le pays, elle prend un avion pour Israël lundi et rejoint sa famille éthiopienne.

Un de ses frères raconte : « Nous attendons ce jour depuis de nombreuses années, et je suis si heureux que ce rêve soit enfin devenu réalité – d’autant plus à la veille de Pessah, la fête de la liberté. »

Pourtant, Tekala explique au Yedioth qu’elle retournera au Soudan si l’Agence juive ne parvient pas à rapatrier ses fils vers Israël.

Les tentatives de prendre contact jeudi avec l’Agence juive se sont révélées infructueuses.

Selon Yehuda Scharf, directeur de l’immigration et l’intégration à l’Agence juive, « l’immigration de Tekala en Israël à la veille de Pessah, après avoir dissimulé pendant des années son identité juive, porte en soi une considérable signification émotionnelle et symbolique. »