L’affirmation de Martin Schulz sur l’inégale consommation d’eau entre les Israéliens et les Palestiniens est fausse quantitativement, mais proche de la réalité en ce qui concerne les ratios, selon un spécialiste israélien de l’environnement, qui précise que le président du Parlement européen a omis des éléments cruciaux permettant d’expliquer les différences.

Un Israélien consomme en moyenne 260 litres d’eau par jour, tandis qu’un Palestinien n’en consomme que 70 en moyenne, explique Gidon Bromberg, le directeur de l’organisation environnementale Friends of the Earth Middle East, qui promeut la coopération entre Israël, la Jordanie et les Palestiniens, notamment dans le domaine de l’eau. (Pour la compagnie nationale des eaux d’Israël, la consommation moyenne par habitant israélien se situe entre 100 et 230 litres.)

Le gouffre israélo-palestinien s’exprime en grande partie en raison que les Palestiniens dépendent de manière écrasante des eaux issues des pluies naturelles et des aquifères souterrains – dont la profondeur de forage est régie par les accords passés avec Israël – tandis que les Israéliens ont massivement investi dans le recyclage et la désalinisation depuis plusieurs années.

Les calculs de la consommation moyenne d’eau par les Palestiniens dépendent également des chiffres sur le nombre d’habitants en Cisjordanie, que beaucoup d’Israéliens jugent surévalués. S’il y a moins de Palestiniens, la consommation d’eau moyenne par habitant est plus importante.

Dans un discours prononcé devant la Knesset en allemand, sa langue maternelle, Martin Schulz a assuré que l’Union européenne n’avait pas initié et n’initierait pas de boycott contre Israël. Il a également affirmé le droit du peuple juif à vivre en paix et en sécurité. Toutefois, il a critiqué la politique d’implantations israéliennes et a suggéré à Israël d’envisager l’allègement du blocus de Gaza.

Son discours plutôt pro-israélien comprenait également le récit de sa rencontre avec des jeunes Palestiniens de Ramallah deux jours auparavant.

« L’eau est otage de l’échec du processus de paix »

Gidon Bromberg

« Une des questions de ces jeunes qui m’a le plus marqué – même si je n’ai pas pu vérifier les chiffres exacts – était : comment se fait-il que les Israéliens aient besoin de 70 litres d’eau par jour et les Palestiniens seulement 17 litres ? », a-t-il noté.

Ce passage a provoqué un tollé chez plusieurs députés de droite, qui ont qualifié les chiffres palestiniens de mensonge. Plusieurs députés du parti Habayit Hayehudi ont quitté la Knesset.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a lui vivement attaqué les commentaires du président du Parlement européen, qui avait concédé ne pas avoir vérifié les chiffres exacts.

Quelques minutes après la fin du discours de Schulz, le ministre de l’Economie et président de Habayit Hayehudi Naftali Bennett a publié un communiqué où il qualifie les propos de Schulz de « très graves ».

« Le silence face à la propagande justifie les actions contre les Israéliens. Je ne peux pas accepter une moralisation mensongère contre le peuple d’Israël, au sein-même de la Knesset. Et certainement pas en allemand. »

« Le silence face à la propagande justifie les actions contre les Israéliens. Je ne peux pas accepter une moralisation mensongère contre le peuple d’Israël, au sein-même de la Knesset. Et certainement pas en allemand. »

Naphtali Bennett

Bennett a mentionné un rapport de la compagnie des eaux d’Israël datant de 2006, qui évalue la consommation moyenne d’eau des Palestiniens à 165 litres par jour et par habitant.

Selon l’ONG israélienne B’Tselem, la consommation d’eau par les Palestiniens de Cisjordanie, va de 38 litres d’eau par jour à Jénine à 169 litres par jour à Jéricho. La moyenne est de 73 litres, soit bien en-dessous des chiffres de l’OMS, qui recommande 100 litres par jour et par personne. 

Bromberg ne s’est pas attardé sur les différences quantitatives, mais il a mis l’accent sur le fait que l’accord sur l’eau israélo-palestinien, qui fait partie des accords d’Oslo, était censé être temporaire mais n’a jamais été modifié. « L’eau », précise-t-il « est otage de l’échec du processus de paix. »

La consommation d’eau en Cisjordanie est régie par l’article 40 des accords d’Oslo. Toutefois, depuis septembre 1995, Israël a réduit sa dépendance aux eaux de pluie et aux eaux souterraines, réduisant les quantités en provenance de l’aquifère la Montagne en Cisjordanie et du lac de Tibériade.

Aujourd’hui, Israël utilise trois milliards de mètres cubes d’eau par an, en comptant l’agriculture et le secteur industriel, précise Bromberg.  Des 700 millions de mètres cubes utilisés pour l’usage domestique, 600 millions sont issus de la désalinisation de l’eau.

Les Palestiniens de Cisjordanie bénéficient d’un régime hydrologique élaboré avant les efforts israéliens de désalinisation.

Les Palestiniens reliés au réseau de distribution d’eau (près de 100 000 ne le sont pas) conservent leur eau dans des réservoirs placés sur les toits de leurs maisons.

Les réservoirs sont remplis une fois par semaine dans certains endroits de Cisjordanie et, dans les zones les moins accessibles, une fois toutes les deux ou trois semaines.

« Cela veut dire que vous devez utiliser votre eau de manière très prudente pour répondre à vos besoins », explique Bromberg, ajoutant que peu de Palestiniens ont les moyens de se doucher quotidiennement en été.

Quand un Palestinien est à cours d’eau fournie par la municipalité, indique-t-il, ils peuvent commander de l’eau privée pour des prix environ 20 fois plus élevés.