Edouard Philippe : l’antisémitisme en France a de profondes racines et de « nouveaux masques »
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'Cette idéologie de haine est là'

Edouard Philippe : l’antisémitisme en France a de profondes racines et de « nouveaux masques »

Alors que les agressions antisémites se poursuivent suite à la reconnaissance américaine de Jérusalem capitale d’Israël, le Premier ministre français déplore que la plus vieille haine d’Europe soit "bien enracinée et vivante"

Le Premier ministre français Edouard Philippe se préparant à passer en revue la garde d'honneur lors de son arrivée à la chancellerie allemande à Berlin, le 15 septembre 2017 (Crédit : Sean Gallup/Getty Images)
Le Premier ministre français Edouard Philippe se préparant à passer en revue la garde d'honneur lors de son arrivée à la chancellerie allemande à Berlin, le 15 septembre 2017 (Crédit : Sean Gallup/Getty Images)

Alors que les agressions antisémites se poursuivent suite à la reconnaissance américaine de Jérusalem capitale d’Israël, le Premier ministre français Edouard Philippe a condamné l’antisémitisme « qui tente toujours de se justifier par un nouveau prétexte », et qui, rajoute-t-il, a de profondes racines en France.

Ces propos d’Edouard Philippe, inhabituels en ce qui concerne le fait de reconnaître la profondeur du phénomène dans son pays, ont été tenus dimanche soir devant quelque 700 participants à la 8e Convention nationale du CRIF.

« Dans notre pays, l’antisémitisme est vivant. Il n’est pas nouveau, il est ancien. Il n’est pas superficiel, il est bien enraciné, et bien vivant. Et il se cache toujours derrière de nouveaux masques, tente de se justifier par des raisons diverses. Cette idéologie de la haine est là, elle est présente et elle invite des Juifs français à faire l’alyah » a déclaré Edouard Philippe, utilisant le terme hébreu pour l’immigration de Juifs vers Israël.

« Ce devrait être un choix spirituel, mais cela peine tous les citoyens de la République quand il s’agit d’une forme de fuite, faite d’insécurité et de peur ».

Suite à la déclaration du président américain Donald Trump de mercredi sur Jérusalem, en Suède, 20 hommes ont lancé des objets en feu sur la synagogue de Göteborg. A Paris et à Lyon, des manifestants contre la déclaration ont appelé au boycott d’Israël – ce qui est illégal en France –, acclamé et réclamé la liberté pour les Palestiniens reconnus coupables de meurtres emprisonnés en Israël.

Manifestatoin à Paris contre la déclaration du président Donald Trump reconnaissant Jérusalem capitale d’Israël, le 9 décembre 2017 (Crédit : AFP photo/Zakaria Abdelkafi)

Edouard Philippe, cependant, a énoncé que les attaques antisémites en France avaient chuté de 20 % cette année par rapport à 2016, avec un total de 216 incidents entre janvier et octobre 2017.

A propose de la reconnaissance par Trump, à laquelle la France s’oppose, le Premier ministre français a déclaré : « Personne ne peut contester l’attachement du peuple juif à Jérusalem ». Mais, a-t-il ajouté, la paix entre Israël et les Palestiniens doit être « négociée sur la base du droit international », ce qui inquiète la France quand quiconque prend « des décisions unilatérales ».

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a déclaré pendant son discours à la Convention du CRIF que « l’antisémitisme, qui se cache derrière l’anti-sionisme, ne devrait jamais être autorisé à gagner. »

Elle a rappelé que sa ville s’oppose au mouvement BDS contre Israël, le boycott étant illégal en France et considéré comme une incitation à la discrimination et à la haine raciale.

Indépendamment, le Premier ministre Benjamin Netanyahu effectuait ce dimanche une visite d’État en France, durant laquelle il a rencontré le président Emmanuel Macron.

Macron a exhorté Netanyahu, lors d’une conférence de presse conjointe, à « montrer du courage » et à faire « des gestes encourageant la paix » envers les Palestiniens. Il a suggéré qu’Israël gèle la construction en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Emmanuel Macron (g) rencontre Benjamin Netanyahu à l’Élysée, le 10 décembre 2017 à Paris. (Crédit : GPO)

Netanyahu a déclaré que « la chose la plus importante pour la paix est de reconnaître que l’autre partie a le droit d’exister », ajoutant : « Je pense que c’est cela qui bloque la paix entre Israël et les Palestiniens ». Netanyahu a réitéré son invitation à Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, à des pourparlers de paix.

Avant de partir samedi pour Paris et Bruxelles, où Netanyahu rencontre des dirigeants européens lundi, le Premier ministre israélien a fait une déclaration provocante sur les relations Israël-UE ; le dernier épisode tendu de ces relations était la condamnation de l’UE suite la déclaration de Donald Trump sur Jérusalem, mercredi dernier. Macron avait déclaré que le statut de Jérusalem devrait être déterminé uniquement après des négociations de paix entre Israël et les Palestiniens.

Avant de partir, Natanyahu avait déclaré : « Bien que je respecte l’Europe, je ne suis pas disposé à en accepter un double standard ».

A la conférence de presse, Macron a réitéré son opposition à la politique américaine, affirmant aux journalistes qu’il « avait dit à Netanyahu que la déclaration de Trump sur Jérusalem était une menace pour la paix, et que nous sommes contre ».

Ce à quoi Netanyahu a rétorqué : « Paris est la capitale de la France. Jérusalem est la capitale d’Israël. Elle est la capitale d’Israël depuis plus de 3 000 ans. Elle est la capitale de l’État juif depuis 70 ans. Nous respectons votre histoire et vos choix, et nous savons qu’en tant qu’amis, vous respectez la nôtre. »

Le président du CRIF, Francis Kalifat, s’est fait l’écho de Netanyahu sur Jérusalem en défendant le communiqué de son organisation et appelant Macron à suivre l’exemple de Trump.

Francis Kalifat, président du CRIF, à Paris, le 29 mai 2016. (Crédit : François Guillot/AFP)

« Jérusalem est depuis 300 ans la capitale spirituelle du peuple juif. Les Juifs du monde entier ont gardé Jérusalem au cœur de leurs prières, » a-t-il déclaré.

« La France n’a pas attendu la fin du conflit pour ouvrir son consulat à Jérusalem-Est et représenter la France vis-à-vis de l’Autorité palestinienne ».

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