Le Caire (AFP) – Au moins 29 personnes ont été tuées samedi dans des manifestations rivales entre partisans du pouvoir dirigé par l’armée et opposants islamistes en Egypte, qui célébrait le 3ème anniversaire de la révolution de 2011 ayant chassé Hosni Moubarak du pouvoir.

Le ministère de l’Intérieur a de son côté indiqué que 1.079 personnes avaient été arrêtées en marge des défilés, alors que les nouvelles autorités mènent depuis sept mois une implacable répression de toute manifestation de l’opposition depuis que l’armée a destitué et arrêté le président islamiste Mohamed Morsi. En outre, 247 personnes ont été blessées, précise un communiqué du ministère.

Il s’agit de l’une des journées les plus meurtrières depuis plusieurs mois en Egypte, pays profondément divisé et pris dans un engrenage de violences après la destitution le 3 juillet par l’armée du président islamiste Mohamed Morsi et la répression implacable de ses partisans qui a suivi.

Soldats et policiers étaient déployés en force et les grands axes ont été barrés par les chars, en particulier aux abords de la place Tahrir au Caire, épicentre de la révolte de 2011 qui mit fin au terme de 18 jours à 30 ans de pouvoir absolu de Hosni Moubarak.

Dans la capitale, des centaines de manifestants pro-Morsi ont été dispersés par la police à coups de grenades lacrymogènes et de tirs de chevrotines.

« A bas les militaires », « Le peuple veut la chute du régime », ont scandé des centaines de manifestants pro-Morsi et des jeunes de mouvements libéraux et laïcs issus de la révolte, côte-à-côte de manière inédite, même si ces derniers disaient aussi manifester contre les islamistes.

« Je suis ici pour soutenir notre armée et notre police », a clamé pour sa part Sayyed Abdallah, venu avec des milliers d’autres place Tahrir acclamer le général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l’armée et nouvel homme fort du pays.

Des manifestants en faveur du général al-Sissi rassemblés sur la place Tahrir au Caire, le 25 janvier 2014 (Crédit AFP/Ahmed Taranh)

Des manifestants en faveur du général al-Sissi rassemblés sur la place Tahrir au Caire, le 25 janvier 2014 (Crédit : AFP/Ahmed Taranh)

« Le peuple veut l’exécution des Frères musulmans », ont crié les manifestants en brandissant des portraits du général Sissi, qui ne cache plus son intention d’être candidat à la présidentielle prévue cette année, mais recherche sans cesse une caution dans la rue.

Les violences lors des manifestations ont fait 29 morts dans le pays, dont 26 au Caire et sa banlieue, selon le ministère de la Santé. L’un des morts était un membre du mouvement à l’origine de la révolte de 2011 et était opposé à Mohammed Morsi, a précisé l’un de ses proches.

Au lendemain de quatre attentats visant la police, revendiqués par un groupe disant s’inspirer d’Al-Qaïda, qui ont fait six morts, une voiture piégée a explosé près d’une base de la police à Suez (nord-est), faisant 16 blessés. Et une bombe a été lancée sur un centre de la police au Caire blessant une personne.

« Le régime a un soutien considérable et désormais mobilisé. Une majorité des citoyens actifs politiquement » est derrière lui, souligne Michael Hanna, expert de l’Egypte pour le groupe de réflexion basé aux Etats-Unis, The Century Foundation. « Mais il reste des poches de résistance contre lesquelles il [le régime] a choisi la violence » pour les mater.

Le gouvernement avait appelé les Égyptiens à se rassembler massivement pour commémorer la « Révolution du 25 janvier » 2011 mais aussi pour lui montrer leur soutien dans sa « guerre contre le terrorisme » après avoir déclaré « terroriste » la confrérie des Frères musulmans.

Les pro-Morsi, quant à eux, ont appelé à lancer à partir de samedi 18 jours de manifestations « pacifiques », soit le nombre de jours qu’avait duré la révolte de 2011, ce qui augure de possibles nouvelles violences.

Depuis août, la quasi-totalité des leaders des Frères musulmans ont été arrêtés et, comme Mohammed Morsi lui-même, encourent la peine de mort dans divers procès.

Aussitôt après son départ, l’armée avait pris les rênes du pouvoir, avant de les remettre à l’islamiste Morsi, élu en juin 2012. Mais un an plus tard, des millions d’Egyptiens descendaient dans les rues pour exiger son départ, l’accusant de vouloir islamiser la société à marche forcée.

Plus d’un millier de partisans de Mohammed Morsi ont été tués depuis juillet 2013 et plusieurs milliers d’autres arrêtés, des membres des Frères musulmans pour l’essentiel.

Le général Sissi, qui avait annoncé la destitution de Mohammed Morsi, jouit d’une très forte popularité parmi des Egyptiens qui veulent très majoritairement mettre un terme à ce qu’ils estiment être trois années de « chaos » : l’économie est au bord de la banqueroute et le pays est déserté par les touristes.

Enfin, dans la péninsule du Sinaï, dont l’armée tente de déloger les djihadistes, cinq soldats ont été tués quand leur hélicoptère s’est écrasé, selon des sources médicales.

Un policier arrête un partisan des Frères musulmans le 25 janvier 2014 au Caire (Crédit AFP/Mohamed el-Shahed)

Un policier arrête un partisan des Frères musulmans le 25 janvier 2014 au Caire (Crédit : AFP/Mohamed el-Shahed)