Le Caire (AFP) – Une bombe visant un autobus de pèlerins chrétiens sud-coréens a fait quatre morts dimanche dans le Sinaï, dans le premier attentat contre des étrangers en Egypte depuis que l’armée a destitué le président islamiste Mohammed Morsi.

Trois Sud-Coréens ainsi que le chauffeur égyptien ont été tués dans cette attaque menée au poste-frontière de Taba, une station balnéaire sur la frontière avec Israël, qui a également fait 14 blessés, selon le gouverneur du Sinaï du Sud Khaled Fouda.

L’autocar transportait 31 membres d’une église chrétienne de la province méridionale de Jincheon en Corée du Sud ainsi que leur guide, a précisé Séoul. L’attaque n’a pas été revendiquée dans l’immédiat.

Les attentats sont devenus fréquents en Egypte depuis que l’armée a destitué et arrêté M. Morsi le 3 juillet, [dont le procés a été ajourné aujourd’hui au 23 février] mais ils ne visaient jusqu’à présent que les forces de l’ordre.

La plupart ont été revendiqués par Ansar Beit al-Maqdess, un groupe djihadiste basé dans le Sinaï, disant s’inspirer d’Al-Qaïda et assurant agir en représailles à la répression sanglante menée par le nouveau pouvoir dirigé de facto par l’armée contre les partisans de M. Morsi.

La bombe a explosé à l’avant du bus alors que le chauffeur attendait au passage frontalier de Taba, a annoncé le ministère de l’Intérieur, sans préciser si les touristes arrivaient ou repartaient d’Egypte.

Carte de localisation de l'attentat contre un bus de touristes en Égypte (Crédit : AFP)

Carte de localisation de l’attentat contre un bus de touristes en Égypte (Crédit : AFP)

Le haut de l’autocar jaune a été littéralement dévasté par la déflagration et l’incendie qui a suivi.

Le porte-parole du ministère de la Santé, Ahmed Kamel, a précisé à l’AFP qu’il était impossible de reconnaître les corps.

L’attaque de dimanche risque de pousser un peu plus l’économie de l’Egypte vers le gouffre, le pays des pyramides et des célèbres spots de plongée de la Mer Rouge étant déserté par les touristes depuis la révolte populaire de 2011 qui a chassé le président Hosni Moubarak du pouvoir.

Aucun attentat n’avait plus visé des étrangers en Egypte depuis février 2009, quand une Française avait été tuée par l’explosion d’une grenade en bordure du souk de Khan el-Khalili, au coeur du Caire historique. Il s’agissait alors de la première attaque terroriste contre des Occidentaux en Egypte depuis 2006.

Entre 2004 et 2006, nombre d’Egyptiens et de touristes étrangers avaient péri dans des attentats dans les stations balnéaires du Sinaï.

Et en 1997, un commando d’insurgés islamistes avaient mitraillé des touristes sur le site des célèbres temples de l’Egypte antique à Louxor, dans le sud, tuant 58 étrangers, des Suisses pour la majorité.

La sécurité s’est considérablement dégradée en Egypte depuis que le général Abdel Fattah al-Sissi, chef de la toute-puissante armée, a destitué le premier président démocratiquement élu du pays. Depuis plus de sept mois, le pouvoir dirigé de facto par le nouvel homme fort de l’Egypte réprime dans un bain de sang toute manifestation des partisans de M. Morsi.

Plus de 1 400 personnes, des manifestants islamistes pour la plupart, ont ainsi été tuées par la police ou l’armée, selon Amnesty international, dont la moitié au cours de la seule journée du 14 août au Caire.

Depuis le 3 juillet également, les attentats et attaques visant la police et l’armée se sont multipliés dans tout le pays, mais surtout au Caire. La plupart ont été revendiqués par Ansar Beït al-Maqdess, mais le gouvernement accuse les Frères musulmans, la confrérie de M. Morsi, de les avoir commandités ou organisés.

Plusieurs milliers de membres de cette organisation désormais déclarée « terroriste » ont été arrêtés, dont la quasi-totalité de leurs dirigeants. Ils encourent, à l’instar de M. Morsi en personne, la peine de mort dans divers procès, dénoncés comme « politiques » par les accusés mais aussi par des organisations internationales de défense des droits de l’Homme.

M. Morsi est d’ailleurs apparu dimanche à l’ouverture du troisième procès –pour « espionnage »– sur les quatre qui lui sont intentés. A la barre, il a dénoncé une « farce » de la part du régime issu selon lui d’un « coup d’Etat militaire ».