Un tribunal égyptien a jugé samedi que le Hamas était une organisation « terroriste ».

Les relations sont au plus bas avec Le Caire qui l’accuse de soutenir l’opposition islamiste.

Le Hamas islamiste, qui contrôle de facto la bande de Gaza voisine, a aussitôt dénoncé ce jugement, rendu près d’un mois après une décision similaire frappant sa branche armée, le qualifiant de « grande honte qui souille la réputation de l’Egypte ».

Les relations entre le Hamas et l’Egypte sont très tendues depuis la destitution en juillet 2013 du président islamiste Mohamed Morsi par l’ex-chef de l’armée et actuel président, Abdel Fattah al-Sissi.

Le Hamas est issu, comme M. Morsi, de la confrérie des Frères musulmans, déclarée elle aussi « terroriste » en décembre 2013 par Le Caire et dont les partisans sont la cible d’une sanglante répression dans laquelle plus de 1 400 manifestants ont été tués, sans compter quelque 15 000 personnes emprisonnées et des centaines condamnées à mort.

Le tribunal des référés a rendu son verdict samedi après deux plaintes accusant le Hamas d’être directement impliqué dans des attaques djihadistes meurtrières contre les forces de sécurité dans la péninsule du Sinaï (nord-est), voisine de la bande de Gaza.

« Il a été prouvé que le mouvement avait commis sur le territoire égyptien des actes de sabotage et assassiné des innocents, des civils et des membres de la police et de l’armée », a indiqué la cour dans ses attendus, déclarant le Hamas « organisation terroriste ».

Elle évoque notamment des attentats coordonnés fin janvier dans le nord du Sinaï et dans lesquels au moins 25 soldats avaient été tués, précisant que « les roquettes utilisées dans cette opération ne se trouvent que dans la bande de Gaza ».

Des groupes djihadistes égyptiens, qui ont fait du nord du Sinaï leur fief, revendiquent cependant les nombreux attentats contre les forces de l’ordre.

Alors que des centaines de tunnels ont été utilisés ces dernières années par les Gazaouis, les autorités égyptiennes accusent régulièrement le Hamas de s’en servir pour le trafic d’armes.

Le Hamas islamiste palestinien, qui a été classé samedi organisation « terroriste » par un tribunal du Caire, a dénoncé samedi cette décision comme « une grande honte qui souille la réputation de l’Egypte ».

Ce jugement, rendu près d’un mois après une décision similaire frappant la branche armée du Hamas, est « une tentative désespérée d’exporter les crises égyptiennes », a accusé le porte-parole du Hamas à Gaza, Sami Abou Zouhri, et « une escalade dangereuse à l’encontre du peuple palestinien et des forces de la résistance palestinienne ».

Toutefois, a assuré Abou Zouhri, « cette décision n’aura aucun impact sur le Hamas qui traite avec respect tous les fils et les dirigeants du peuple arabe, à l’exception de quelques personnes influentes en Egypte ».

L’armée construit depuis plusieurs semaines une zone-tampon à la frontière avec Gaza pour faire cesser la menace de ces tunnels.

Fin janvier, la justice avait classé comme mouvement « terroriste » la branche militaire du Hamas, les brigades Ezzedine al-Qassam, et en mars 2014 un tribunal avait déjà proscrit les activités du groupe palestinien sur le sol égyptien.

Le Hamas est considéré comme « organisation terroriste » par Israël et les Etats-Unis, et l’Union européenne a décidé en janvier de faire appel d’une récente décision de la justice européenne ordonnant le retrait du groupe palestinien de la liste terroriste de l’UE.

Le verdict de samedi intervient quelques jours après l’adoption d’une nouvelle loi antiterroriste qui permet aux autorités de fermer les locaux de toute organisation déclarée « terroriste », de geler ses avoirs et de ceux de ses membres, et d’empêcher ces derniers de quitter l’Egypte ou d’y entrer.

Mais avant de pouvoir appliquer cette loi au Hamas, les plaignants doivent demander à l’exécutif ou au parquet d’ajouter officiellement le Hamas à la liste des organisations « terroristes » du pays, a indiqué à l’AFP un haut responsable judiciaire.