La chute du raïs Hosni Moubarak le 11 février 2011 marquait le début de l’ascension fulgurante des Frères musulmans vers le pouvoir en Egypte. Cinq ans plus tard, les membres du mouvement islamiste sont en prison, en exil ou dans la clandestinité.

Avec la révolte populaire de 2011, la confrérie islamiste abandonnait son statut d’organisation interdite par le pouvoir pour dominer la scène politique.

Le mouvement remportait haut la main les élections législatives organisées fin 2011, avant de rafler le scrutin présidentiel en juin 2012, avec un candidat issu de ses rangs, Mohamed Morsi.

Un an plus tard, des manifestations monstres réclamant le départ de Morsi permettaient à l’armée d’intervenir pour le destituer.

La répression culmine le 14 août 2013, lorsque quelque 700 manifestants sont tués en l’espace de 12 heures par la police qui disperse un sit-in réclamant le retour de M. Morsi. Durant cette opération, dix policiers sont tués par des hommes armés dans les rangs des manifestants.

Depuis, la quasi-totalité des dirigeants des Frères musulmans et des milliers d’opposants islamistes ont été arrêtés. Des centaines, M. Morsi inclus, ont été condamnés à mort. Le président Abdel Fattah al-Sissi, l’ex-chef de l’armée architecte de la destitution de M. Morsi, s’était même engagé à éradiquer l’organisation, classée comme terroriste.

« Face à la répression du régime, les jeunes ne voient pas d’avenir, ni une direction capable de réaliser quoi que ce soit pour eux », déplore Amr Darrag, haut responsable des Frères exilé en Turquie, l’un des dirigeants d’un courant qui s’oppose à la vieille garde de la confrérie.

Le ‘pouls’ de la ‘révolution’

« Etions-nous prêt à confronter le gouvernement après Morsi ? Non. On aurait dû mettre fin au sit-in pour sauver des vies. On aurait pu organiser des rassemblements à d’autres endroits », affirme Ali, membre aguerri de la confrérie, s’exprimant sous un nom d’emprunt.

Ali aide à organiser de petits rassemblements éclairs dans un quartier de classe ouvrière du Caire, avec des guetteurs chargés de surveiller l’arrivée des forces de sécurité.

« Il faut envoyer le message que la révolution continue. Tant que le pouls bat, le corps peut vivre », affirme Ali. Dans sa « famille » – cellule locale de base composée d’environ 10 Frères – certains ne cachent pas leur désespoir.

Ali a échappé à la répression en faisant profil bas. Sa priorité reste de maintenir la confrérie à flot, même si ses membres se trouvent pris au sein d’une lutte interne entre dirigeants en prison, en exil et en fuite.

Direction plus représentative

Darrag, dont le groupe est accusé par les dirigeants traditionnels de la confrérie de pencher vers la violence, affirme cependant que le conflit est centré sur la nécessité d’une direction plus représentative que l’ancienne garde, aujourd’hui principalement basée à Londres.

La police affirme avoir des preuves que des membres des Frères attaquent les policiers ou font exploser des pylônes électriques. Sans qu’il ne soit possible de savoir s’il s’agit d’actes isolés.

« Par définition, ceux qui penchent pour les violences armées ne vont évidemment pas attendre le feu vert de la direction », affirme Mokhtar Awad, chercheur à l’université de George Washington aux Etats-Unis.