Le chef d’état-major de l’armée israélienne Gadi Eizenkot a rencontré mercredi matin des haut-gradés en Cisjordanie, dans le cadre des appels à la violence terroriste dans la région, à l’approche de l’annonce américaine sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Les chefs du Commandement du Centre et du Commandement de Cisjordanie, et ses six brigades régionales, ainsi que le général de division Yoav Mordechai, chef du COGAT, ont présenté une « évaluation de situation » à Eizenkot durant sa visite, selon l’armée.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, a déclaré que l’armée israélienne était préparée au potentielles violences palestiniennes attendues après l’annonce de Donald Trump sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, mais qu’il était trop tôt pour en parler.

« Attendons sa déclaration. Nous repousserons cette discussion jusqu’à la fin de sa déclaration », a-t-il déclaré à la Conférence diplomatique du Jerusalem Post.

« Comme vous le savez, Jérusalem et Israël, c’est une époque sensible, une région sensible. Et nous sommes parés à toute éventualités », a-t-il dit.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, au conseil des ministres hebdomadaire dans le bureau du Premier ministre à Jérusakem, 3 décembre 2017 (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

Trump devrait annoncer publiquement sa décision sur Jérusalem mercredi, et les responsables américains, qui sont au fait des évènements, ont déclaré qu’il proclamerait Jérusalem comme capitale d’Israël et qu’il parlerait de son intention de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

Dans un communiqué publié mardi, le groupe terroriste du Hamas a appelé les Palestiniens à faire de vendredi « un jour de colère contre l’occupation, contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et contre la déclaration de Jérusalem comme capitale de l’entité sioniste ».

Cette déclaration, associée à celles d’autres groupes palestiniens sur les réseaux sociaux, a préoccupé les services de sécurité israéliens, qui craignent des émeutes de grande ampleur en Cisjordanie et à Jérusalem Est, ou des attentats terroristes contre des civils et des soldats israéliens, comme cela a été le cas par le passé, lorsque le statut de Jérusalem était remis en question.

Bien que les forces de sécurité se préparent à l’éventualité d’un déchaînement de violence, pour le moment, aucune mesure catégorique n’a été prise, ni rappel des troupes, ni envoi de renforts pour les unités postées en Cisjordanie.

Durant sa visite sur le terrain, le chef d’état-major s’est rendu dans plusieurs implantations et a été tenu au courant des « points de passages, des infrastructures et des technologies qui ont été instaurées pour améliorer la sécurité et la qualité de vie dans la région », a indiqué l’armée dans un communiqué.

Eizenkot a salué « la façon dont les soldats opéraient pour mener à bien leur mission complexe dans la région, avec engagement, professionnalisme et intelligence », a ajouté l’armée.

Les forces de la police des frontières israélienne patrouillent près du mur Occidental, le 5 décembre 2017 (Crédit : AFP /THOMAS COEX)

À Jérusalem, la police israélienne a été déployée dans la ville durant la journée, notamment sur les lieux propices aux affrontements.

« La police israélienne est préparée à réagir immédiatement, à une variété de scénarios si nécessaire », a indiqué un porte-parole de la police.

Sans lien avec la question de Jérusalem, le général de division Yoav Mordechai a également annoncé mercredi que mardi 12 décembre, Israël retirerait certaines barrières de sécurité installées à Hébron, spécifiquement dans les quartiers de Abu Sneina, Jabal Rahmah et Wadi al-Hariyeh.

Mordechai, dont le titre officiel est Coordinateur de l’Administration civile israélienne dans les Territoires palestiniens, a fait part de cette mesure sur les réseaux sociaux, indiquant que cette décision avait été prise au regard de la rareté de la violence en provenance de cette région. Il a conclu son message par un hashtag en arabe, qui signifiait « la stabilité engendre la prospérité ».

Le chef d’état-major Gadi Eisenkot et le chef du Commandement du Centre, le général e division Roni Numa, à gauche, avec le chef du Cogat, le général de division Yoav Mordechai en Cisjordanie, le 6 décembre 2017. (Crédit : armée israélienne))

Mardi, le chef du Hamas, Ismail Haniyeh avait déclaré que le déménagement de l’ambassade signalait une « dangereuse escalade » et qu’elle franchissait toutes « les lignes rouges ».

La faction politique dirigée par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le Fatah, a également appelé à des marches de protestations cette semaine, à compter de mercredi, et le mouvement de jeunesse du Fatah a déclaré que « toutes les options sont ouvertes pour défendre Jérusalem ».

Des manifestants palestiniens brûlent des drapeaux américains et israéliens à Gaza, le 6 décembre 2017. (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Les Palestiniens à Gaza ont brûlé des drapeaux américains et israéliens, ainsi que des photos de Trump, pour manifester contre son intention de transférer l’ambassade.

Le ministre du Renseignement Yisrael Katz a prévenu que de « violentes manifestations seraient une grave erreur de la part de l’AP ».

« Je suggère qu’ils ne créent pas de tensions sécuritaires et qu’ils n’empruntent pas cette voie. Nous sommes prêts à toutes les possibilités », a-t-il dit, selon le site d’information Ynet.

Le Département d’État américain a interdit mardi aux employés du gouvernement américain tout déplacement personnel dans la Vieille Ville de Jérusalem en raison de manifestations annoncées.

La Vieille Ville de Jérusalem comprend le lieu le plus saint du judaïsme. Il abrite également le troisième sanctuaire de l’islam et d’importants sites chrétiens, et a souvent été le théâtre de tensions entre Arabes et Israéliens.

Les forces de sécurité israéliennes devant les palestiniens sur le mont du Temple à Jérusalem le 27 juillet 2017, avec la mosquée Al-Aqsa qui apparaît en arrière-plan (Crédit : AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI)

Les mesures perçues comme une façon de porter atteinte aux musulmans ont déclenché des agitations, aussi bien en Terre Sainte que dans le monde arabe, comme notamment en juillet dernier, les autorités israéliennes ont installé des détecteurs de métaux à l’entrée du mont du Temple suite à un attentat meurtrier perpétré sur les lieux.

L’administration Trump débat encore des détails de l’annonce attendue par Trump, après avoir subi un déferlement d’avertissements de la part de gouvernements alliés.

Avec l’intensification de la pression internationale, les responsables ont indiqué que Trump pourrait limiter les dégâts à Jérusalem. Parmi les idées suggérées, Trump pourrait approuver les « aspirations » palestiniennes à une capitale à Jérusalem Est, ou le soutien à la solution à 2 États, ce qu’il n’a jamais fait de manière univoque. Les responsables ont fait savoir que le contenu de son allocution n’était pas encore connu.

Raphael Ahren, Sue Surkes et l’AFP ont contribué à cet article.