Des rabbins et des députés de droite ont pris jeudi à partie le chef d’Etat major de l’armée israélienne Gadi Eizenkot, pour avoir affirmé que les règles d’engagement de l’armée israélienne n’incluaient pas que les soldats « vident un chargeur plein sur une fille tenant des ciseaux ».

La vice-ministre des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, a déclaré que les paroles d’Eizenkot nuisaient à l’image d’Israël.

« La communauté internationale aime beaucoup accuser Israël d’usage disproportionné de la force. Au final, la conduite des forces de sécurité a été exemplaire », a-t-elle déclaré sur la Deuxième chaîne.

« Quand une fille de 13 ans tient des ciseaux ou un couteau et qu’il y a une distance entre elle et les soldats, je ne veux pas voir un soldat ouvrir le feu et vider son chargeur sur une fille comme elle, même si elle commet un acte très grave », a déclaré mercredi Eizenkot dans un lycée de Bat Yam. « Il devrait plutôt utiliser la force nécessaire pour atteindre son objectif. »

« L’armée ne peut pas utiliser de slogans comme ‘tuer ou être tuer’ », a-t-il répondu à une question d’un lycéen sur les règles « clémentes » d’engagement, citant une phrase juive traditionnelle.

Le chef d'Etat major de l'armée israélienne, Gadi Eizenkot (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le chef d’Etat major de l’armée israélienne, Gadi Eizenkot (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Eizenkot faisait apparemment référence à une attaque menée par des cousines palestiniennes adolescentes en novembre à Jérusalem.

Le grand rabbin de Safed, Shmuel Eliyahu, s’est moqué des commentaires du chef d’Etat major, déclarant que « son affirmation aurait pu sembler très touchante, nous éclairer même, s’il avait réussi à faire cesser la vague de terreur actuelle. A notre regret, Gadi Eizenkot a échoué dans son principal devoir. »

S’adressant au site d’informations hébraïque NRG, Eliyahu a ajouté que « le chef d’Etat major pense qu’il est plus moral que les sages, que les soldats de l’armée israélienne ont des valeurs et des règles supérieures. Il pense que les soldats ne devraient tuer personne qui essaie de les renverser, qu’ils ne devraient tuer personne qui s’approche de citoyens ou de soldats israéliens avec des ciseaux ou un couteau. Apparemment [Eizenkot] pense que c’est suffisant de les désarmer puis de les libérer dans la prochaine vague de libération de prisonniers. »

Depuis le 1er octobre, 30 Israéliens ont été tués par des attaques palestiniennes au couteau, à main armée ou à la voiture bélier. Dans le même temps, plus de 160 Palestiniens ont été tués, dont 115 pendant qu’ils menaient des attaques et les autres pendant des affrontements ou des manifestations.

La poussée de la violence palestinienne, qui a commencé en septembre pour des tensions à propos du mont de Temple de Jérusalem, sacré pour les juifs et les musulmans, ne montre aucun signe d’apaisement.

Israël affirme que la violence est alimentée par une campagne palestinienne de mensonges et d’incitations [à la violence], notamment sur les réseaux sociaux qui glorifient et encouragent les attaques. Les Palestiniens déclarent pour leur part qu’elle s’enracine dans la frustration de presque cinq décennies de direction israélienne et d’espoirs en baisse d’obtenir l’indépendance.

« Selon la [loi juive], ‘Si une personne se lève pour vous tuer, tuez-le d’abord’ est la norme de comportement la plus morale et n’est pas un slogan », a déclaré le rabbin Ratzon Arusi, membre important du conseil des grands rabbins.

« Si je vois une fille de 13 ans venir poignarder la députée Zehava Gal-on avec des ciseaux, avec tout le respect dû au chef d’Etat major parlant de ciseaux ou pas, il y a une volonté claire ici de tuer Gal-on », a-t-il ajouté, invoquant la présidente du parti de gauche Meretz comme exemple de civil israélien non armé qui pourrait être attaqué.

Dans un tel cas, a continué Arusi, « c’est mon devoir de sauver la vie de Gal-on et de désarmer le terroriste. C’est mieux de le désarmer sans tuer, mais si le danger est immédiat, il est mieux de tuer le shahid [martyr en arabe]. »

Le député Moti Yogev du parti HaBayit HaYehudi, ancien colonel de l’armée israélienne, a déclaré jeudi qu’il connaissait personnellement le chef d’Etat major et appréciait « son travail », mais s’est opposé à sa référence à l’aphorisme juif « Si une personne se lève pour vous tuer, tuez-le d’abord » en tant que slogan.

Le proverbe, « une règle morale du judaïsme mentionnée dans les interprétations des sages d’un passage du Deutéronome », signifie qu’une personne est autorisée à se défendre et à sauver sa vie « même au prix de la vie de celui qui la met en danger, a-t-il déclaré. Le chef d’Etat major devrait retirer sa remarque, pour qu’elle ne soit pas interprétée comme un dédain de l’Ecriture sainte sur laquelle nous nous appuyons. »

Le député HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich, à la Knesset le 8 juin 2015 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Le député HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich, à la Knesset le 8 juin 2015 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Le député Bezalel Smotrich, collègue de Yogev au parti de droite HaBayit HaYehudi, a envoyé mercredi une lettre au ministre de la Défense Moshe Yaalon lui demandant d’agir contre Eizenkot pour ses remarques.

L’affirmation du chef d’Etat major a constitué un « comportement inapproprié » a déclaré Smotrich, affirmant que « les valeurs et les principes juifs sont l’infrastructure sur laquelle l’Etat d’Israël et l’armée israélienne ont été fondés. Le dédain pour ce qu’Israël tient pour sacré et pour les valeurs qui nous ont guidés pendant des milliers d’années est inapproprié et n’est pas un lien avec les valeurs militaires ou la conduite que l’on peut attendre d’un haut gradé. »

Mais Yaalon avait clarifié jeudi qu’il soutenait fermement Eizenkot. Il avait déclaré aux étudiants aux étudiants de l’université Tel Hai qu’Israël ne pouvait pas compromettre ses valeurs fondamentales, même face à la violence palestinienne incessante.

« Nous devons agir calmement, judicieusement et avec discrétion afin d’empêcher de blesser des personnes innocentes et pour éviter de créer une situation dans lequel notre scandale nous conduirait à perdre notre humanité, et finalement, perdre de vue la justice », avait déclaré Yaalon.

« Nous ne devons pas autoriser nos sens à être dupés et ne devons pas avoir la gâchette facile simplement parce que notre sang bout, a déclaré Yaalon. Nous devons savoir comment gagner et toujours rester humain. »

Des agences ont contribué à cet article.