À la veille du verdict attendu pour le procès du soldat israélien accusé d’homicide, pour avoir tué un teroriste palestinien blessé, le chef d’État major Gadi Eizenkot a déclaré, au sujet de cette affaire que les soldats ne doivent pas être perçus comme des enfants.

Il n’a pas mentionné le nom d’Elor Azaria, mais Eizenkot aurait rejeté les propos des défenseurs du soldat, qui avaient déclaré qu’il devait être perçu comme un enfant que la nation doit protéger.

« Un homme de 18 ans qui sert à l’armée n’est pas ‘l’enfant de tous’ », dit-il. « C’est un combattant, un soldat, qui doit dédier sa vie à l’accomplissement des tâches que nous lui donnons. Nous ne devons pas nous tromper à ce sujet. »

Azaria a été filmé le 24 mars 2016 en train de tirer sur un terroriste palestinien, Abed al-Fattah Yusri al-Sharif en pleine tête, près de 15 minutes après qu’al-Sharif a été blessé par balle et neutralisé après avoir tenté de poignarder un soldat israélien à Hébron. Azaria a été condamné le 18 avril par le tribunal militaire de Jaffa.

Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d'une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d'écran B'TSelem)

Un soldat israélien chargeant son arme avant de sembler tirer à la tête sur un assaillant palestinien au sol, apparemment désarmé, à la suite d’une attaque au couteau à Hébron, le 24 mars 2016. (Crédit : capture d’écran B’TSelem)

Cette fusillade et le procès qui s’en est suivi a profondément divisé la société israélienne.

Face aux lourdes condamnations des actions d’Azaria par l’élite militaire, et notamment par Eizenkot, puis par l’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon, des sympathisants de droite et certains politiciens ont accusé la défense d’abandonner l’un des leurs.

Elor Azaria devant la cour militaire de Jaffa, le 28 août 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Elor Azaria devant la cour militaire de Jaffa, le 28 août 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Mais lors d’une conférence au Centre Interdisciplinaire d’Herzliya, mardi, Eizenkot a affirmé que le pays doit avoir ses priorités clairement posées.

« La confusion qui règne dans la société israélienne porte préjudice aux principes fondamentaux que nous exigeons de nos soldats », a-t-il dit, en ajoutant que « les ordres pour ouvrir le feu n’ont pas changé depuis 10 ans ».

Un porte-parole de la famille d’Azaria a déclaré que les propos d’Eizenkot étaient déplacés et survenaient au mauvais moment. « À la veille du verdict sur le procès d’Elor Azaria, le chef d’État major a trouvé le temps de s’immiscer ouvertement [dans l’affaire]. Il est vrai qu’il n’est pas l’enfant de tout le monde, mais il est le soldat de tout le monde. »

La famille a déclaré que sa foi en l’armée était capitale. « Nous envoyons nos précieux [enfants à l’armée] et nous croyons qu’ils sont entre de bonnes mains, avec des officiers dignes », a déclaré le porte-parole.

Autre son de cloche en revanche pour le ministre de l’Éducation, Naftali Bennett qui espère que le tribunal militaire acquittera le soldat israélien.

« J’espère qu’il sera acquitté », a déclaré Bennett à la radio de l’armée. « S’il n’est pas acquitté, je pense qu’il devrait être pardonné sur le champ et ne pas purger de peine de prison. »

Un proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le député David Bitan, a aussi critiqué le chef d’état-major en expliquant qu’il « aurait mieux fait de ne pas s’exprimer à la veille du verdict ». « La force de notre armée tient à ce que tous les soldats sont garants les uns des autres ».

L’AFP a contribué à cet article.