Le gouvernement avait établi en 2015 une liste nominative de 9 000 Éthiopiens autorisés à immigrer en Israël au nom du regroupement familial sous cinq ans. Parmi eux, certains ne sont pas juifs mais bénéficient du regroupement familial pour rejoindre des proches juifs déjà installés en Israël.

Or, seules 63 personnes sont arrivées en Israël depuis cette décision, un retard « insupportable », a estimé lors d’une réunion d’une commission parlementaire la semaine dernière le député Elie Alalouf.

« Nous avons abandonné la communauté juive d’Ethiopie malgré les promesses ».

Le président de la commission parlementaire de l’Immigration, Avraham Neguise, originaire d’Ethiopie et membre du Likud, le parti de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a accusé le ministère de l’Intérieur de « mettre intentionnellement des bâtons dans les roues » de ce projet.

« L’Agence juive est prête à les accueillir et nous exécuterons les instructions gouvernementales mais nous n’avons pas reçu de listes de candidats du ministère de l’Intérieur », a rétorqué dimanche auprès de l’AFP Yigar Palmor, porte-parole de l’Agence juive, un organisme paragouvernemental chargé de favoriser l’immigration.

Avraham Neguise, parlementaire issu du Likud et président de la Commission pour l'Immigration, l'Intégration et la Diaspora. (Crédit : Government Press Office)

Avraham Neguise, parlementaire issu du Likud et président de la Commission pour l’Immigration, l’Intégration et la Diaspora. (Crédit : Government Press Office)

Le gouvernement israélien considère l’immigration des juifs d’Ethiopie comme terminée. Il applique par ailleurs une politique d’immigration restrictive en ce qui concerne les non-juifs.

En mars 2016, un responsable du bureau de Netanyahu avait informé les membres du Parlement qu’il faudrait limiter les arrivées, faute de moyens.

Deux députés du Likud, dont M. Neguise, avaient alors décidé de boycotter les votes au Parlement, menaçant le maintien de la coalition gouvernementale, élargie depuis, mais qui alors ne tenait qu’à une voix.

Le cabinet de Netanyahu avait alors fait marche arrière et annoncé qu’Israël accueillerait dès cette année 1 300 migrants éthiopiens ayant de la famille dans le pays.

« Ces 1 300 personnes n’arriveront pas cette année car les autorités ne font rien pour qu’elles puissent immigrer », a déploré la semaine dernière Neguise.

La communauté juive éthiopienne regroupe 135 500 personnes, dont plus de 50 000 nées en Israël. La plupart d’entre eux descendent de communautés restées coupées des autres juifs pendant des siècles, que les autorités religieuses d’Israël ont tardivement reconnues.

Cette reconnaissance a entraîné deux ponts aériens, en 1984 et 1991, et l’émigration de 80 000 Éthiopiens, qui ont dû franchir un énorme fossé culturel pour s’intégrer dans la société israélienne.

Des Ethiopiens ont organisé une série de manifestations ces dernières années pour dénoncer le racisme et les discriminations auxquels ils disent faire face en Israël, et pour exiger que des membres des familles restés en Ethiopie puissent immigrer.

« Laissez venir les nôtres », plaident les Juifs éthiopiens alors que l’immigration est bloquée

Une éthiopienne Israélienne explique au ministère de l'Intérieur que cela fait 16 ans qu'elle attend que ses deux enfants arrivent en Israël lors d'une audience de la Knesset, le 21 mars 2017 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Une éthiopienne Israélienne explique au ministère de l’Intérieur que cela fait 16 ans qu’elle attend que ses deux enfants arrivent en Israël lors d’une audience de la Knesset, le 21 mars 2017 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)