L’ANC, au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud, était en tête comme prévu des premiers décomptes au lendemain des élections législatives , mais apparemment en recul par rapport au dernier scrutin de 2009.

Après le décompte d’un peu plus de 30 % des bulletins de vote, le parti de Nelson Mandela plafonnait à 58,9 % des voix, contre 66,9 % cinq ans plus tôt. Mais les résultats dans les zones rurales, traditionnellement favorables à l’ANC, arrivent cependant en général les derniers.

L’ANC, qui pourrait payer le mécontentement d’une partie de la population, est cependant assuré d’entamer un cinquième mandat consécutif à la tête du pays. Le président sortant Jacob Zuma devrait être réélu par le parlement le 21 mai pour cinq ans.

Les Sud-Africains se sont massivement déplacés mercredi pour participer à ces cinquièmes élections législatives depuis la chute de l’apartheid en 1994, les premières depuis la mort de Nelson Mandela en décembre 2013. Ce scrutin était aussi le premier auquel ont pris part les jeunes nés après la chute du régime ségrégationniste de l’apartheid en 1994, la génération des « born free » (« nés libres »).

Derrière l’ANC, le principal parti d’opposition, l’Alliance Démocratique (DA), semblait réussir son pari de progresser encore pour passer la barre des 20 %. Les résultats jeudi matin à 7h30 lui donnait 27,4 % des voix.

Le parti radical populiste de Julius Malema, les Combattants de la Liberté Economique (EFF), était en troisième position avec 4,2 %.

Accusé de corruption et d’incompétence par l’opposition, l’ANC reste le parti de coeur de millions de Sud-Africains, qui estiment que c’est à la formation politique de Mandela qu’ils doivent leur liberté.

Violences urbaines quasi-quotidiennes

Parmi les « born free » rencontrés mercredi par l’AFP à Soweto, autrefois un haut lieu de la lutte anti-apartheid, la fidélité à l’ANC était d’ailleurs la règle. « J’ai voté ANC parce que c’est eux qui ont fourni la majorité des gens qui ont sacrifié leur vie pour la liberté, qui sont allés en prison et qui ont oeuvré sans relâche pour libérer notre pays », expliquait Katlego Mafereka, un étudiant en finances de 19 ans.

Mais les violences urbaines quasi-quotidiennes dans le pays prouvent que le parti au pouvoir ne bénéficie plus depuis longtemps d’aucun état de grâce.

La lutte contre le chômage sera le principal défi du prochain gouvernement, avec quatre Sud-Africains sur dix à la recherche d’un emploi, sans compter les millions de gens qui ont renoncé à s’inscrire dans les statistiques du chômage.

L’électorat traditionnel de l’ANC a peut-être aussi été ébranlé par les scandales qui ont émaillé le premier quinquennat du président Zuma. Le dernier en date étant la rénovation de sa résidence privée aux frais du contribuable pour 15 millions d’euros.

Surtout, le chef de l’Etat a pour beaucoup du sang sur les mains depuis que sa police a ouvert le feu sur des grévistes à la mine de Marikana (nord) en août 2012, faisant 34 morts.

Certains, comme l’archevêque Desmond Tutu, avaient fait savoir depuis longtemps qu’ils ne voteraient pas ou plus pour le parti au pouvoir. Mais tous se réjouissaient de pouvoir faire usage d’un droit qui leur avait été si longtemps dénié.

« Je suis si content de pouvoir voter », a lancé le prix Nobel de la paix en votant au Cap. « Je pense à l’Ukraine, au Soudan du Sud et à toutes les choses qui se passent là-bas, et nous pouvons toujours voter relativement pacifiquement. C’est merveilleux, merveilleux! »

La journée de vote s’est déroulée dans le calme, bien que les semaines précédant le scrutin aient été émaillées de nombreux épisodes de violence urbaine dans les bidonvilles et les quartiers les plus pauvres.

Ces manifestions, qui dégénèrent souvent, ont généralement pour point de départ la mauvaise qualité des services publics, notamment la distribution d’eau et d’électricité.