Le bilan des querelles qui ont opposé dimanche des candidats au poste de chef de village lors des élections locales en Turquie s’est alourdi à huit morts, après le décès de deux blessés à l’hôpital, a rapporté l’agence de presse Dogan.

A Silvan, dans la province de Hilvan (sud-est), une première bagarre a opposé plusieurs prétendants dans un hameau, faisant au total 6 morts et près d’une dizaine de blessés.

Un autre conflit similaire s’est déroulé dans la province de Hatay (sud), faisant cette fois deux morts et neuf blessés par arme blanche, a ajouté la même source.

Ces bagarres sont fréquentes lors des élections dans ces petites localités mais le bilan de ce dimanche est lourd.

Les électeurs turcs votent dimanche pour des élections municipales cruciales pour l’avenir du gouvernement islamo-conservateur et de son chef, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui se débat dans des scandales de corruption et d’écoutes téléphoniques.

2 militantes Femen contre Erdogan

Deux militantes du groupe féministe Femen ont manifesté dimanche seins nus dans un bureau de vote d’Istanbul, à l’occasion des élections municipales, pour dénoncer le blocage de Twitter et YouTube par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

Les deux jeunes ont fait irruption à la mi-journée dans un bureau de vote du district stambouliote d’Uskudar et ont exhibé leur torse barré du slogan « interdisons Erdogan », avant d’être interpellées par la police, ont annoncé des militantes du groupe sur leur compte Twitter.

M. Erdogan devait voter dans cette école élémentaire mais, informé des intentions des féministes, a finalement opté pour un autre bureau du même district.

Les Femen ont déjà manifesté contre les décisions du gouvernement turc de restreindre l’accès aux réseaux sociaux, en réaction à la publication d’écoutes téléphoniques mettant en cause le régime dans des affaires de corruption.

Une militante du groupe avait également manifesté en juillet dernier dans un aéroport d’Istanbul pour dénoncer la répression par M. Erdogan de la vague de manifestations qui a agité la Turquie pendant les trois premières semaines de juin 2013.

Le sort d’Erdogan entre les mains des bulletins de vote ?

Les électeurs turcs votent dimanche pour des municipales cruciales pour le Premier ministre, qui se débat dans des scandales de corruption et d’écoutes téléphoniques.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a voté dimanche en début d’après-midi à Istanbul en assurant que « la nation dira aujourd’hui la vérité » lors des élections municipales, déterminantes pour son avenir à la tête du pays.

« Ce que va dire la nation sera plus important que ce qui a été dit lors des réunions électorales », a poursuivi devant la presse M. Erdogan, qui a voté avec son épouse Emine dans le district d’Uskudar, sur la rive asiatique d’Istanbul.

Le chef du gouvernement a également souhaité que ces élections constituent « un pas vers plus de démocratie » dans son pays.

Des on côté, le chef du principal parti d’opposition, Kemal Kiliçdaroglu, a voté dans la capitale Ankara, où il espère que le candidat de son mouvement prendra la mairie au Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.

« Notre démocratie doit être renforcée et nettoyée. Nous allons construire une démocratie agréable, j’ai confiance en mon pays », a déclaré le président du Parti républicain du peuple (CHP) aux journalistes.

Les électeurs turcs votent dimanche pour des élections municipales cruciales pour l’avenir du gouvernement islamo-conservateur et de son chef M. Erdogan, qui se débat dans des scandales de corruption et d’écoutes téléphoniques.

Les Turcs ont voté en masse dimanche lors d’un scrutin municipal crucial pour l’avenir du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui espère bien balayer dans les urnes la contestation qui le menace et les accusations de corruption qui l’éclaboussent.

Au terme d’une campagne électorale âpre, rythmée par les scandales, la polémique et de violentes manifestations, cette élection locale a pris la valeur d’un référendum pour l’homme qui règne depuis douze ans sans partage sur la Turquie.

A 60 ans, M. Erdogan en reste le personnage le plus charismatique mais est aussi devenu le plus controversé: acclamé par ceux qui voient en lui l’artisan du décollage économique du pays mais peint par les autres en « dictateur » islamiste.

Persuadé du soutien d’une majorité du pays, le chef du gouvernement a exprimé tout son optimisme en déposant son bulletin dans l’urne à Istanbul.

« En dépit de toutes les déclarations et de tous les discours prononcés jusque-là pendant la campagne, notre peuple dira la vérité aujourd’hui », a-t-il déclaré, « ce que dit le peuple est ce qui est, et sa décision doit être respectée ».

Le chef du principal parti d’opposition a lui aussi fait part de sa « confiance » à quelques heures des résultats. « Notre démocratie doit être renforcée et nettoyée », a lancé à Ankara Kemal Kiliçdaroglu, le président du Parti républicain du peuple (CHP), « nous allons construire une démocratie apaisée ».

Le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, qui a remporté toutes les élections depuis 2002, devrait encore l’emporter dimanche, mais avec moins de suffrages que les 50% recueillis lors des législatives de 2011.

L’ampleur du score de l’AKP et le sort des deux plus grandes villes du pays qu’il dirige, Istanbul et Ankara, devrait déterminer la stratégie à venir de M. Erdogan, dont le troisième et dernier mandat de Premier ministre s’achève en 2015.

Dans un climat hypertendu par l’enjeu, les 52,7 millions d’électeurs turcs inscrits ont fait le siège des urnes dès dimanche matin, mobilisés mais divisés.

« Nous sommes ici pour montrer par nos suffrages qu’Erdogan peut résister à toutes les attaques », a assuré une électrice d’Istanbul, Nurcan Caliskan. « Je ne pense pas qu’il ait croqué de l’argent sale. Et même s’il l’a fait, je suis sûre que c’était pour le bien du pays ».

Une autocratie

« Erdogan a démontré qu’il était (…) prêt à tout pour rester au pouvoir. Il a remis en cause tous les progrès accomplis par notre pays », s’est indigné Arif Dokumaci, un étudiant de 22 ans, « aujourd’hui nous avons une chance de dire adieu à l’autocratie, mais c’est peut-être la dernière ».

Encore au faîte de sa puissance il y a un an, le « grand homme », comme l’appellent ses partisans, le « sultan », comme le raillent ses rivaux, a connu un premier coup de semonce en juin 2013, lorsque des millions de Turcs ont exigé sa démission dans la rue.

Depuis plus de trois mois, il est à nouveau sérieusement mis à mal par de graves accusations de corruption qui éclaboussent tout son entourage.

M. Erdogan a contre-attaqué en durcissant son discours pour mobiliser son camp. Et il a déclaré la guerre à ses ex-alliés de la confrérie de l’imam Fethullah Gülen, des « traîtres » soupçonnés d’avoir formé un « Etat parallèle » et de distiller sur internet des écoutes téléphoniques pour nuire à son régime.

Cette lutte fratricide a culminé jeudi avec la diffusion sur les réseaux sociaux du compte-rendu d’une réunion où le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu et le chef des services de renseignements (MIT) Hakan Fidan évoquent une entrée en guerre de la Turquie contre la Syrie, sans cacher leurs arrières-pensées électorales.

Malmenés par ces révélations, le gouvernement a répondu par des purges et des mesures autoritaires, notamment le blocage de Twitter et YouTube qui lui a valu une avalanche de critiques, notamment de l’étranger.

Dimanche, deux militantes féministes des Femen ont manifesté contre ces restrictions aux réseaux sociaux en exhibant dans un bureau de vote stambouliote leur torse nu barré du slogan « interdisons Erdogan », avant d’être interpellées.

De l’avis des analystes, le scrutin de dimanche ne devrait pas signifier la fin de la crise politique ouverte en Turquie. « La légitimité d’Erdogan restera posée après les élections, quels qu’en soient les résultats », estimait le journaliste réputé Hasan Cemal.

Loin des enjeux nationaux, les rivalités locales qui émaillent traditionnellement les élections en Turquie ont fait au moins 8 morts et une vingtaine de blessés dans deux villages du sud-est et du sud du pays.