En observant le Royaume-Uni commencer à se prêter au jeu de la politique de coalition vendredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a peut-être piteusement songé qu’il serait ravi d’un résultat électoral qui laisserait son parti à quelques sièges seulement d’une majorité parlementaire.

Comme Theresa May, Netanyahu avait appelé en 2015 à des élections anticipées. Et tandis que les conservateurs de May, vendredi, ont été à deux doigts de conserver leur majorité parlementaire, son Likud avait remporté seulement 30 sièges – un quart seulement de la Knesset. Et pourtant, il est là, ayant bricolé sa coalition multipartite aux querelles quotidiennes, comme cloîtré en sécurité dans son bureau comme cela n’avait jamais été le cas auparavant pour un Premier ministre dans notre système politique éternellement chaotique. Et May en est là, battue et discréditée, devant faire face aux appels à la démission venus de son parti et de l’extérieur.

Le fait est toutefois que, tandis que Netanyahu a prouvé depuis longtemps qu’il est le maître de la réalité politique éclatée et complexe de l’Etat juif, son homologue britannique s’est montrée incapable de capitaliser une opportunité simple de renforcer son emprise sur le pouvoir, et a semblé faire tout ce qui lui était possible pour arracher la défaite des mâchoires de la victoire.

Netanyahu a voulu penser que les forces politiques dans de nombreux endroits du monde changent, un changement qu’il a considéré comme en faveur d’Israël. Pas au Royaume-Uni, où ce n’est pas le cas.

Avec plus de 20 points d’avance dans les sondages lorsqu’elle avait appelé à la tenue de ces élections il y a moins de huit semaines, espérant une majorité avec 100 sièges de plus à la Chambre des communes de 650 représentants, les conservateurs de May ont fini par perdre une douzaine de fauteuils.

Le chef du parti d'opposition britannique du Labour Jeremy Corbyn arrive au siège de la formation dans le centre de Londres, le 9 juin 2017. (Crédit : Odd Andersen/AFP)

Le chef du parti d’opposition britannique du Labour Jeremy Corbyn arrive au siège de la formation dans le centre de Londres, le 9 juin 2017. (Crédit : Odd Andersen/AFP)

Et le Labour, sous la direction d’un Jeremy Corbyn apparemment non-éligible, en a gagné 30. Alors même qu’elle se dirigeait, en début d’après-midi, au palais de Buckingham pour demander officiellement à la Reine la permission de former un gouvernement – sur la base d’une alliance curieuse avec le parti Unioniste démocratique de l’Irlande du nord, fort de ses dix sièges – les analystes débattaient de l’identité de celui qui, parmi ses rivaux, pourrait probablement émerger le premier pour défier son leadership.

May a mené une campagne véritablement affreuse. Elle s’est aliénée le cœur de son électorat en évoquant la possibilité de faire davantage payer les plus âgés pour leurs soins. Trois attentats terroristes en trois mois ont remis son bilan en tant que secrétaire d’Etat à l’Intérieur – où elle a réduit le nombre de policiers – sous le feu des projecteurs de manière peu opportune. Elle s’est tenue à l’écart d’un débat télévisé. Elle est apparue tendue et raide lors de ses apparitions publiques.

Corbyn, en comparaison, a démenti sa réputation radicale et s’est avéré être un candidat charismatique et affable, ce qui a particulièrement résonné chez les jeunes électeurs. Un taux de participation relativement élevé dans tout le pays est largement attribuée à son attrait. Très impopulaire auprès d’un grand nombre de ses collègues parlementaires du Labour, qui espéraient que ces élections signeraient son coup de grâce, le politicien de gauche est dorénavant en position pour redessiner une grande partie de sa formation à sa propre image plus radicale.

Comme Bernie Sanders aux Etats-Unis, il était le candidat anti-establishment dont la politique aux convictions sans complexes s’est révélée persuasive dans un Royaume-Uni déchiré par les inégalités. Contrairement à Sanders, Corbyn sort immensément renforcé de sa défaite.

Jeremy Corbyn, dirigeant du Labour britannique, répond aux questions de la commission des Affaires domestiques sur l'antisémitisme, au parlement britannique, le 4 juillet 2016. (Crédit : capture d'écran parliamentlive.tv)

Jeremy Corbyn, dirigeant du Labour britannique, répond aux questions de la commission des Affaires domestiques sur l’antisémitisme, au parlement britannique, le 4 juillet 2016. (Crédit : capture d’écran parliamentlive.tv)

Il n’y a pas besoin de le dire, ni les positions envers Israël, ni l’antisémitisme n’ont été des facteurs centraux dans la campagne britannique. Mais Corbyn n’est catégoriquement pas un amoureux d’Israël et son succès va enhardir ceux qui partagent le même état d’esprit dans le parti d’opposition redynamisé. De nombreux membres de la communauté juive britannique ont également le sentiment qu’il n’a pas agi avec la détermination suffisante pour parvenir à marginaliser les éléments antisémites au sein du Labour. Il sera dorénavant moins vulnérable face aux critiques sur ce sujet, ou sur tout autre aspect de son leadership, à l’issue de ce vote.

Theresa May — qui il y a quelques mois seulement saluait Israël, pour elle un « pays remarquable » et un « phare de tolérance » – s’accroche au pouvoir avec les ongles après une élection qu’elle a choisi d’appeler de ses vœux. Jeremy Corbyn — qui s’était, de triste mémoire, référé à ses « amis » du Hamas et du Hezbollah, qui avait indiqué son soutien à un embargo d’armement contre Israël et dont le manifeste partisan promet une reconnaissance unilatérale et immédiate de l’état de Palestine – a remporté plus d’élan pour la défier que personne ne pouvait s’y attendre.

Vous pouvez être certains que personne ne s’en réjouit à Jérusalem.