Elie Wiesel, survivant de la Shoah et prix Nobel de la paix est mort
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Elie Wiesel, survivant de la Shoah et prix Nobel de la paix est mort

Mort à l'âge de 87 ans, l'homme aux 57 livres, a illuminé le monde par ses écrits sur l'homme et la Shoah

Elie Wiesel, lauréat du prix Nobel (Crédit photo : Miriam Alster/Flash90)
Elie Wiesel, lauréat du prix Nobel (Crédit photo : Miriam Alster/Flash90)

Le prix Nobel de la paix et survivant de la Shoah des camps d’Auschwitz et de Buchenwald, Elie Wiesel, est mort samedi, a annoncé le mémorial de l’Holocauste Yad Vashem à Jérusalem.

Un porte-parole du mémorial a confirmé à l’AFP le décès de ce célèbre écrivain juif américain aux 57 livres, dont « La Nuit », publié en 1955, dans lequel il relate la mort de sa famille dans les camps nazis.

Il serait mort à l’âge de 87 ans et vivait aux Etats-Unis.

Adolescent, il fut emmené avec son père, Shlomo, dans le camp de travail de Buna Werke, un sous-camp d’Auschwitz III-Monowitz, pendant huit ans avant d’être envoyés dans d’autres camps. Elie Wiesel a survécu tandis que son père a été battu à mort par un soldat allemand en 1945.

Pour « empêcher l’oubli » de la Shoah et favoriser la compréhension entre les peuples, ce « messager de l’humanité », comme l’a qualifié le comité Nobel, a créé la Fondation Elie Wiesel pour l’Humanité, avec son épouse, et l’Académie universelle des cultures.

Elie Wiesel a souvent dénoncé la responsabilité des dirigeants qui « savaient » le sort des juifs déportés, notamment Roosevelt et Churchill: en 1979, le président Carter lui avait montré les photos prises, fin 1942, par des avions militaires américains survolant Auschwitz.

Il s’est engagé pour de multiples causes car il avait « fait un voeu après la guerre: que toujours, partout où un être humain serait persécuté, je ne demeurerai pas silencieux ».

Né le 30 septembre 1928 à Sighet, en Roumanie (alors Transylvanie), Elie Wiesel est déporté à 15 ans à Auschwitz-Birkenau, en Pologne occupée par les nazis, où sa mère et sa plus jeune sœur sont assassinées. Son père meurt devant lui à Buchenwald (Allemagne) où ils ont été transférés.

A sa sortie du camp, en 1945, il est recueilli en France par l’OSE (oeuvre juive de secours aux enfants) et y vit jusqu’en 1956. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il devient journaliste et écrivain.

L’écrivain français François Mauriac préface son premier roman « La nuit » (1958), son chef-d’oeuvre basé sur ses souvenirs de déportation, qui sera suivi d’une quinzaine d’autres (en français, en anglais, en hébreu et en yiddish), de trois pièces de théâtre et de nombreux essais.

Ses dons de conteur se confirment dans « Le Mendiant de Jérusalem », inspiré de la guerre des Six jours. « Le testament d’un poète juif assassiné » (1980), « Le cinquième fils » (1983) et « Signes d’exode » (1985) questionnent le silence de Dieu. « Le temps des déracinés » (2003), « Un désir fou de danser » (2006) comptent également parmi ses succès.

Citoyen américain depuis 1963, Elie Wiesel a occupé longtemps la chaire en Sciences Humaines de l’Université de Boston et partagé sa vie entre les Etats-Unis, la France et Israël.

« Aujourd’hui, le peuple juif et le monde ont perdu plus qu’une vie – un survivant de l’Holocauste, un écrivain et un lauréat du Prix Nobel de la Paix – en la personne d’Elie Wiesel.

Wiesel, a laissé sa marque sur l’humanité à travers la préservation et le respect de l’héritage de l’Holocauste et le message de paix et de respect entre les personnes dans le monde.

Il a enduré des atrocités les plus graves de l’humanité – y a survécu et a consacré sa vie à transmettre le message de – « Plus jamais ça ».

J’ai eu l’honneur et le privilège de le remercier personnellement pour ses nombreuses années de travail et pour sauver le monde de l’apathie quand je lui ai décerné la Médaille présidentielle au nom de l’Etat d’Israël. Que sa mémoire soit une bénédiction pour nous tous, » a écrit le neuvième président israélien.

Elie Wiesel (g) et Shimon Peres, en 2013 (Crédit: GPO)
Elie Wiesel (g) et Shimon Peres, en 2013 (Crédit: GPO)

Le président Reuven Rivlin, a aussi fait part de sa tristesse suite au décès de Wiesel.

« Ce soir, nous disons adieu à un héros du peuple juif, et à un géant de l’humanité toute entière. Elie Wiesel, que sa mémoire soit bénie, incarne la détermination de l’esprit humain à surmonter les plus sombres des maux, et a survécu contre toute attente. Sa vie a été dédiée à la lutte contre la haine, et pour le bien de l’homme qui a été créé à l’image de Dieu – il a été un guide pour nous tous. L’un des plus grands fils du peuple juif, qui a touché le cœur de tant de personnes, et nous a aidés à croire dans le pardon, dans la vie, et dans le lien éternel du peuple juif. Que sa mémoire soit une bénédiction, éternellement gravée dans le cœur de la nation, » a écrit Rivlin dans un communiqué.

Récipiendaire de plus de 100 doctorats honorifiques, Wiesel a reçu le Prix Médicis en France pour son livre de 1968 « Le Mendiant de Jérusalem », traitant de la réponse juive à la réunification de Jérusalem après la guerre des Six Jours.

Il a également reçu la Médaille présidentielle américaine de la liberté et la Grand-Croix de la Légion d’honneur française. Il a été anobli en tant que commandant de l’Ordre de l’Empire britannique. Il a remporté le Prix Nobel de la Paix en 1986 pour son rôle dans la lutte contre la violence, la répression et le racisme.

Elie Wiesel en 1987 (Crédit : CC BY-SA wikimedia commons, Erling Mandelman)
Elie Wiesel en 1987 (Crédit : CC BY-SA wikimedia commons, Erling Mandelman)

Samedi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié Wiesel de « phare de lumière » dans les « ténèbres » de l’Holocauste et a déclaré que l’Etat d’Israël et le monde juif « versent des larmes amères » suite l’annonce de sa mort.

« Elie, le maître des mots, a exprimé par son extraordinaire personnalité et des livres fascinants le triomphe de l’esprit humain sur la cruauté et le mal. Tout au long de la période sombre de l’Holocauste, dans lequel nos six millions de frères ont péri, Elie Weisel est un phare de lumière et un exemple de l’humanité qui croit en la bonté inhérente de l’humanité », at-il dit.

« Je suis reconnaissant pour le privilège d’avoir connu Elie et d’avoir tellement appris de lui, » a ajouté Netanyahu dans un communiqué.

Le président du Congrès juif mondial Ronald S. Lauder a également rendu qualifié Wiesel de « phare de lumière » ajoutant que le monde juif « lui doit une énorme dette de gratitude. »

« Aujourd’hui, Juifs et non-Juifs du monde entier pleurent un homme qui était sans aucun doute l’un des grands maîtres juifs et penseurs des 100 dernières années. Sa disparition laisse un vide qui sera impossible à combler. Dans le même temps, ses écrits vont vivre », a déclaré Lauder.

Elie Wiesel qui, en 2006, avait refusé la présidence de l’Etat d’Israël, soulignant qu’il n’était « qu’un écrivain » a confirmé, six ans plus tard, un projet de livre avec le président américain Barack Obama avec lequel il était retourné à Buchenwald en 2009.

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