Auteur d’un best-seller où elle avait inventé sa vie, une Belge installée aux Etats-Unis va devoir reverser 22,5 millions de dollars à son éditeur, a décidé un tribunal américain.

Misha Defonseca était devenue célèbre avec Survivre avec les loups, publié en 1997, et qui racontait son histoire de petite rescapée de la Shoah, ayant parcouru seule à pied des milliers de kilomètres, aidée par des loups durant un périple où elle avait notamment tué un soldat allemand violeur durant la Seconde Guerre mondiale.

Après 15 ans de procédure, la cour d’appel du Massachusetts, où habite l’auteur, a décidé le 29 avril d’annuler un jugement qui avait condamné sa maison d’édition américaine, Mt.Ivy, à lui verser 22,5 millions de dollars pour diverses malversations.

Au moment de la publication, la maison d’édition avait pensé que l’histoire était vraie. Ce n’est qu’après avoir été condamnée qu’elle avait mené l’enquête, et découvert que l’auteur, de son vrai nom Monique de Wael, n’était pas juive mais catholique, née le 12 mai 1937 à Etterbeek en Belgique, et baptisée une semaine plus tard. Elle n’avait pas non plus quitté sa maison durant la guerre.

Survivre avec les loups, d’abord écrit en anglais, avec l’aide d’une « plume », était rapidement devenu un best-seller international, traduit en une vingtaine de langues et porté au grand écran avec un film du même nom en 2007.

En 2008, Defonseca avait admis inventé toute l’histoire. « Ce livre, cette histoire, c’est la mienne. Elle n’est pas la réalité réelle, mais elle a été ma réalité, ma manière de survivre », avait-elle expliqué. « Oui, je m’appelle Monique De Wael, mais depuis que j’ai quatre ans, je veux l’oublier. Mes parents ont été arrêtés quand j’avais quatre ans. J’ai été recueillie par mon grand-père puis par mon oncle », avait-elle ajouté.

Sa saga judiciaire américaine avait commencé avec la condamnation de l’éditeur et de son responsable, en faveur de Mme Defonseca et de sa plume Vera Lee, à hauteur respectivement de 7,5 et 3,3 millions de dollars. Le montant des dommages avait ensuite été triplé, passant à 22,5 et 9,99 millions.

Mais la maison d’édition avait contre-attaqué, après avoir découvert les mensonges de l’auteure. Elle avait perdu en première instance, puis gagné. Defonseca avait à son tour contre-attaqué, d’où le jugement en appel du 29 avril.

« Ce cas est unique. Le fait que l’histoire soit fausse n’est pas contesté », a écrit le juge Marc Kantrowitz.

« L’introduction des faits de son histoire au procès (…) pourrait avoir fait une différence significative lors des délibérations du jury », a-t-il estimé, ajoutant qu’il espérait que ce jugement mettrait un point final à cette saga ».