Il charme Donald Trump, monte au front sur tous les grands dossiers et bavarde avec les passants: à New York, Emmanuel Macron entend « réinventer » l’ONU, en parallèle de sa volonté de relancer l’Europe.

Dans les rues de Manhattan, le président français est resté fidèle ses habitudes. Remontant d’un bon pas la Seconde Avenue, entouré de ses gardes du corps un peu nerveux, il en profite pour serrer la main des passant ravis qui le photographient, comme il aime à le faire dans tous ses déplacements.

Il veut appliquer aux Nations Unies la même méthode qu’en France et dans l’Union européenne: séduire et convaincre, pour réformer. Et faire porter la voix de la France en se plaçant au centre des discussions sur les sujets cruciaux comme le climat, la Syrie, l’accord sur le nucléaire iranien et la sécurité en Afrique.

En France toutefois, après l’euphorie qui a suivi son élection en mai, la grogne monte, avec des manifestations et des sondages de popularité en baisse.

Emmanuel Macron dans les rues de New York City, le 19 septembre 2017. (Crédit : AFP PHOTO / COREY SIPKIN

Emmanuel Macron dans les rues de New York City, le 19 septembre 2017. (Crédit : AFP PHOTO / COREY SIPKIN

A l’international, la clé, pour lui, réside dans la relation privilégiée qu’il entend entretenir avec Donald Trump, pourtant aux antipodes de ses convictions sur la plupart des dossiers.

Son entrevue lundi avec Donald Trump n’aurait guère pu être plus chaleureuse. Le président américain veut même organiser à Washington un défilé militaire le 4 juillet inspiré de celui du 14 juillet!

Donald Trump assure l’admirer: « Il est fort, il est intelligent, c’est un honneur d’être avec Emmanuel », a-t-il dit lundi. Grâce à cette bonne entente, Emmanuel Macron espère l’influencer.

Premier défi, le convaincre de réintégrer l’Accord de Paris contre le réchauffement climatique. Le président français y croit toujours obstinément. « Je suis convaincu qu’à la fin il comprendra », a-t-il répété mardi devant la presse.

Lundi, il lui a parlé cash: « L’accord est irréversible, les Etats-Unis ne peuvent pas simplement s’en retirer », lui a-t-il dit. Selon des conseillers du président français, rapportant l’entrevue, Donald Trump a paru hésiter, a demandé un nouveau briefing et semblé pouvoir négocier de revenir en échange d’une baisse des contributions financières américaines.

‘Ambition universelle’

« Il y a une méthode, et des percées », selon l’Elysée. « Le président ne lâche rien sur les sujets, conversation après conversation ». Et même les sujets qui fâchent, « on les met sur la table ».

Autre dossier où Emmanuel Macron espère faire fléchir Donald Trump, l’avenir de l’accord nucléaire conclu en 2015 entre les grandes puissances et l’Iran. Donald Trump menace de « déchirer » cet accord par lequel Téhéran s’est engagé à ne pas produire de bombe atomique en échange d’une levée progressive de sanctions pesant sur Téhéran. Le président américain a redit mardi tout le mal qu’il pensait de ce texte.

Le mettre en cause serait « ouvrir la boîte de Pandore », a plaidé Emmanuel Macron, pour qui l’Iran, puis ses voisins, seraient poussés à se doter de l’arme atomique. Devant lui, Donald Trump a énuméré les options à voix haute, comme si tout était encore possible.

Les espoirs de Paris pourraient être illusoires. Avec le président américain, impossible de jauger du résultat.

Adepte du dialogue avec tous, Emmanuel Macron a rencontré lundi le président iranien Rohani, ou encore, ce qui n’était pas prévu, Paul Kagame, président du Rwanda, aux relations compliquées avec la France depuis le génocide de 1994.

Lors de son discours, Emmanuel Macron devrait présenter une vision d’un monde « résolument multipolaire ».

« Face aux crises, nous devons avoir une réponse dont le socle est le multilatéralisme des Nation unies. C’est le message que j’enverrai à l’ONU. Non pas pour reproduire des habitudes passées mais pour réussir à le réinventer », a-t-il dit mardi à des journalistes.

« Il veut défendre le multilatéralisme comme ambition universelle et le renouveler pour qu’il soit adapté aux enjeux du XXIe siècle », a précisé l’Elysée.

Sa prochaine ambition, relancer la machine Europe: la semaine prochaine, il présentera à ses partenaires européens une feuille de route sur dix ans pour « refonder » l’Union européenne en proposant « une Europe à plusieurs formats », avec un ministre et un Parlement de la zone euro.