Le 32e Festival international du film de Jérusalem, considéré comme le joyau de la couronne des festivals de films d’Israël, a eu un début difficile.
 
Cela a commencé en mars avec la mort de Lia Van Leer, la grande dame nonagénaire du cinéma israélien qui avait fondé le festival.

A la Cinémathèque, l’institution vénérée de Jérusalem qui héberge le festival et qui a du mal à trouver un nouvel équilibre après plusieurs années de bouleversements administratifs, la mort de sa fondatrice a jeté un certain voile sur la maison du septième art.

Puis le festival a fait la Une des journaux quand elle a été forcée de changer la projection de Beyond the Fear, le documentaire sur Larisa Trembovler, l’épouse d’Yigal Amir, qui a assassiné le Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995.

La ministre de la Culture Miri Regev a dit qu’elle allait reconsidérer le financement de l’État au festival si celui-ci comprenait la projection du documentaire controversé. La Cinémathèque a été contrainte de déplacer la projection de plusieurs jours avant le festival.

Tout cela est arrivé avant que les longs métrages aient même été projetés devant le jury local.

Le festival de 10 jours cherche toujours à projeter une large gamme de longs métrages à succès, ainsi qu’à sélectionner soigneusement des films indépendants et des documentaires. C’est aussi le cas cette année, avec un éventail de 200 films allant de l’émotion très personnelle jusqu’à l’art abstrait et àdes rétrospectives.

Le festival commence avec la projection de la soirée d’ouverture de Mia Madre de Nanni Moretti primé à Cannes (un clip du film est se trouve en haut de l’article), avec l’acteur américain John Turturro, qui sera présent à la soirée d’ouverture (assis sur les sièges inconfortables de la Piscine du Sultan dans la nuit fraîche de Jérusalem). Il s’agit du premier des long métrages du festival, la plupart d’entre eux provenant des États-Unis.

Les films du festival

Love & Mercy porte le regard éclairé de Bill Pohlad sur le chanteur des Beach Boys Brian Wilson, en se concentrant sur son ascension vers la gloire dans les années 1960 et sa carrière en solo dans les années 1980.

Les meilleures parties de ce film émouvant sont les performances de Paul Dano interprétant le jeune Wilson et de John Cusack jouant le rôle du chanteur plus tard dans sa vie, avec Paul Giamatti et Elizabeth Banks dans des seconds rôles.

L’actrice Amy Schumer fera son apparition à l’écran avec LeBron James dans Crazy Amy (Trainwreck), le dernier film de Judd Apatow qui traite d’une écrivaine dans sa trentaine qui se cherche.

Sa collègue comique Sarah Silverman joue dans I Smile Back, un drame sérieux sur une femme au foyer et mère américaine aux prises avec la dépression et la désillusion de la banlieue. Les critiques ont noté que Silverman avait montré d’importantes capacités d’actrice dans ce drame déchirant.

Préparez-vous à des déhanchements sexuels et à des angoisses d’adolescentes dans The Diary of a Teenage Girl, qui parle de Minnie, une adolescente dans les années 1970 à San Francisco.

L’adolescente se lance dans une histoire d’amour torride avec le petit ami de sa mère, exprimant ses émotions à travers des dessins du style des bande dessinée des années 1970 entrecoupés de sa Sundance favorite. Mettant en scène Alexander Skarsgard et Kristen Wiig, c’est aussi un grand film pour les amateurs de bandes dessinées.

Il y a aussi Before I Disappear, un long métrage de Shawn Christensen inspiré de son court métrage primé Curfew de 2012, sur un homme déprimé ayant la trentaine dont la nièce de 11 ans, l’envoie dans un voyage surréaliste, toute une nuit.

Sur le front des documentaires, signalons Amy, du réalisateur Asif Kapadia, un film saisissant sur la vie et la mort de la talenteuse Amy Winehouse, qui est morte d’empoisonnement à l’alcool à l’âge de 27 ans.

Le film a fait l’objet d’une certaine controverse, puisque sa famille a estimé qu’il induisait en erreur à propos de l’abus de la drogue et d’alcool chez Winehouse. La famille a contibué à une exposition itinérante sur Amy Winehouse qui était presenté en octobre au Musée Beit Hatfutsot de Tel-Aviv.

Dans le registre des familles juives, ne manquez pas Grandma de Paul Weitz, une belle occasion de voir Lily Tomlin à la langue bien affilée jouant une lesbienne qui passe une longue journée à essayer d’aider sa petite-fille adolescente à rassembler 600 dollars pour un avortement, retrouvant ainsi des amis et amours perdus de vue depuis longtemps.

A l’intérieur d’Israël

Les films israéliens offrent l’occasion de voir le pays de l’intérieur, d’avoir un aperçu des différents mondes vivant ici. Six d’entre eux sont en compétition pour le Prix Haggiag pour le cinéma israélien.

Il y a JeruZalem de Yoram et Doron Paz, un film d’horreur sur une apocalypse biblique se déroulant pendant le voyage de deux vacanciers à travers la ville sainte, avec Yael Grobglas (de la série acclamée par la critique Jane the Virgin).

A.K.A Nadia de Tova Ascher raconte l’histoire de Maya, une femme juive, épouse et mère qui est née Nadia, une musulmane, alors que le film de Hadar Morag, Why hast thou forsaken me, décrit l’histoire du fils d’un collaborateur palestinien qui rencontre une espèce de Lone Ranger qui aiguise les couteaux pour gagner sa vie, et montre un aspect sombre de la coexistence israélo-arabe.

Il y a aussi une pléthore de documentaires israéliens en compétition dans la catégorie du Prix Van Leer pour les documentaires israéliens. Parmi eux Pennies de Badran Badran, qui suit deux jeunes frères palestiniens qui sont forcés de devenir des mendiants dans les rues de Tulkarem.

La rue israélienne est en vedette dans Hotline de Silvina Landsmann, qui se plonge dans le monde d’une petite ONG de Tel Aviv et de son travail en faveur des réfugiés et migrants africains; et Strung out de Nirit Aharoni, qui suit des jeunes femmes vivant dans la rue, consommant de l’héroïne et la prostitution formant le noyau de leur vie.

Mr Gaga de Tomer Heymann, sorti l’année dernière, plonge dans le monde de Ohad Naharin le chorégraphe et directeur de la troupe de danse Batsheva, un film dont la fabrication a duré huit ans.

De Loin

Les premiers films, réalisés dans des pays et des cultures loin d’Israël abordent des sujets et des peuples beaucoup moins familiers et d’autant plus exotiques. Land and Shade est un film sur un homme qui revient après des années à sa femme et à sa famille pour prendre soin de son fils malade, dont la première a eu lieu lors de la Semaine de la Critique à Cannes.

Un film guatémaltèque, Ixcanul – Volcan, raconte l’histoire d’une jeune fille Maya qui aspire à échapper à la plantation de café de sa famille, tandis que Les Chansons que mes frères m’ont apprises de Chloé Zhao offre un portrait de la vie dans une réserve amérindienne, avec des acteurs non testés et des territoires éloignés.

Il y a des films en compétition dans la catégorie Spirit of Freedom, réalisés par des cinéastes du monde entier, et mettant l’accent sur ceux qui cherchent l’indépendance.

A recommander, Qu’Allah bénisse la France ! sur un adolescent qui excelle à l’école et gagne sa vie de vols à la tire et de trafic de drogue, ou Le bouton de nacre – l’hommage de Patricio Guzman aux Patagons raconté à travers les secrets de la mer chilienne.

Il y a aussi les Masters, les chefs-d’œuvre cinématographiques réalisés par des cinéastes aimés.

Knight of Cups de Terence Mallick met en scène Christian Bale dans le rôle d’un scénariste égocentrique, observé de l’intérieur du système hollywoodien. Sous Sols d’Ulrich Seidl marque le retour du réalisateur au cinéma documentaire avec un regard sur les sous-sols autrichiens et les secrets gardés sous terre.

Le réalisateur français Arnaud Desplechin offre Trois souvenirs de ma jeunesse, un prequel à son Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) de 1996 sur deux adolescents à Paris.

The Assassin du réalisateur taïwanais Hou Hsiao-Hsien est une incursion dans le genre des arts martiaux, relatant l’histoire de la fille d’un général enlevée par une religieuse et transformée en un assassin d’élite.

La liste est longue, avec des films pour enfants, des films cultes en fabrication, des documentaires sur le cinéma, des films classiques, un hommage au cinéaste américain disparu Albert Maysles, des films juifs, un programme distinct présentant des films du Festival du film de Munich, des documentaires internationaux et des court metrages internationaux.

Sans mentionner les masterclass, les conférences et les ateliers qui ont lieu tout au long du festival.

Rendez-vous dans les salles.

Pour plus d’informations, les horaires et les ventes de billets, visitez le site du Festival international du film de Jérusalem.